Cf. Les éfêques pendant la Résolution p
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souvent avec bonheur, se laissa cette fois surprendre. Il en est de la défense de la foi comme de celle d'un pays. Il faut renouveler sans cesse les armes, et bien choisir le champ du combat ; il faut ensuite être mené en guerre par de bons capitaines et, s'il en existe, par des soldats de génie. Le clergé du XVIIP siècle dépensa de nobles efforts dans la lutte contre les philosophes. Malheureusement l'ennemi ne vint guère le rejoindre sur la redoute théologique où ses docteurs, ses évêques maîtres en Sorbonne, eussent été inexpugnables. On l'attaqua sur le terrain de l'exégèse, de la philosophie et des sciences. Il riposta; mais embarrassé, dans la lourde armure du syllogisme, il ne sut guère parer les mille traits dont le camp volantdes philosophes, armés de rire, de sarcasme, d'ironie, d'éloquence, le perçaient de toutes parts aux applaudissements de tout un siècle. Il est toujours bien dangereux pour une cause d'avoir contre elle les hommes qui sont arrivés à dominer l'opinion. Tel fut le cas au XVUP siècle. L'hégémonie intellectuelle exercée dans l'âge précédent par Bossuet, était passée à Voltaire et à ses acolytes. Chose étrange ! les apologistes du XVIP siècle déploient contre des adversaires médiocres un génie qui ne leur était point nécessaire pour vaincre. Les rôles sont renversés au dix-huitième. Aussi peut-on dire que ce qui a manqué, pour triompher, à l'épiscopat dont nous écrivons l'histoire, c'est moins les vertus que les talents, moins la sainteté que le génie.
Ce qui aussi fit défaut, c'est la clairvoj^ance attentive à surveiller les mouvements de l'opinion, à les arrêter, les diriger, à s'en emparer quand ils se forment, au lieu de lès laisser gran Jii^, et de courir après le tourbillon quand sa violence renverse tous les obstacles. 11 est facile de suivre le sillon paroissial et diocésain, la tradition ou la routine. L'accoutumance suffit à ce labeur de chaque jour. Ce qui est plus malaisé, c'est de changer, selon les besoins
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du temps, ses batteries et son plan de campagne, c'est de deviner, à.e déjouer les hostilités qui se préparent en pleine paix, de distinguer par un ciel serein le nuage qui se forme sur les hauteurs, et qui porte dans ses flancs l'orage qui s'abattra bientôt sur les tranquilles promeneurs de la plaine. L'épiscopat du dix-huitième siècle maintint les paroisses, les diocèses, cadres séculaires de l'action de l'Eglise ; garda les écoles, les collèges, les biens, héritage positif; tua le jansénisme qu'il pouvait atteindre par l'autorité des juges de la foi, par les armes de la tradition ; mais il laissa échapper l'esprit de la nation, parce qu'il ne sut pas se poster sur les issups nouvelles qu'il se frayait dans son ardeur d'émancipation religieuse. Hélas ! l'Eglise du dix-neuvième siècle n'a-t-elle point connu de ces surprises ?
Ce qui, à défaut du génie, lequel est assez rare dans les deux camps, aurait pu tout sauver, ce qui manqua encore aux apologistes du XVIII" siècle, ce fut l'ardeur passionnée, l'entrain irrésistible qui gagne les batailles. Une conviction enflammée, un dévouement chevaleresque à une cause, savent enfanter des merveilles et ' communiquent parfois à des écrivains, qui ne sont ni des Bossuet ni des Pascal, unevibration puissante et contagieuse. On cherche la jeunesse plus encore que le talent dans les défenseurs chrétiens du XVIIP siècle. Ils servent avec fatigue et des armes vieillies une cause immortelle. Leur polémique, languissante et affaissée dans son imprudente quiétude , donne l'impression de quelque chose qui finit. Ils frappent au hasard, sans plan arrêté, flottant au gré d'un siècle qui les absorbe et les entraîne, quand ils devraient le dominer. Leur plume, depuis longtemps deshabituée des combats de la liberté, n'a rien du glaive. Leur bras ne sait plus ni parer ni porter les coups.
La royauté absolue, qui avait rendu le corps social
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anémique en attirant tout le sang à la tête, fut pour beaucoup dans cette impuissance. L'enchevêtrement de l'Eglise dans tous les ressorts de la machine administrative et politique, lui causa de graves embarras dans la lutte pour la foi et pour la vie. Cet organisme compliqué, démodé, paralysait l'agilité de ses mouvements, quand il s'agissait de courir, avec un poids de servitudes, après des adversaires insaisissables. Habituée à beaucoup recevoir de l'Etat et à beaucoup lui donner, elle eut le malheur, d'un côté, de s'en rapporter trop facilement à lui dans une œuvre de défense religieuse où il ne pouvait ni ne voulait la suppléer, de l'autre, de recevoir une partie des coups destinés à cet Etat même, dont elle paraissait être la complice intéressée et épouser les abus. Les évêques ont beau déployer un surcroît d'activité et se poser en bienfaiteurs, en initiateurs philanthropes de cette société étrange, aux prises avec l'enfantement d'un mondenouveau, où, comme on l'a dit, « tout semble à la fois trembler de décrépitude et tressaillir de jeunesse ^, » ils iie peuvent rendre la vie à ce qui meurt ni assurer la durée d'une organisation artificielle, vieillie, dont le mécanisme craque de toutes parts. Les anciens cadres sont usés. La vitalité populaire déborde les barrières légales mises à son expansion. Le clergé subira le sort des autres ordres privilégiés. Il ne peut jouer, en dehors de la mission spirituelle qui lui incombe essentiellement, d'autre rôle temporel, social ou politique, que celui qui lui est déféré par la confiance, par le consentement tacite d'un peuple trouvant en lui plus de lumières, plus d'autorité, plus de désintéressementque partout ailleurs. Si ce peuple arrive à se convaincre qu'il lui est avantageux de conduire ses affaires lui-même, c'en est fait à bref délai des prérogatives séculières du clergé. Au XVIIP siècle, on peut déjà prévoir que l'édi-