‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 152 sur 354 · Abbé Birôt · texte numérisé non relu

Abbé Birôt

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fice de grandeur temporelle élevé par les âges à l'Eglise de France, est sapé dans l'opinion et ne résistera pas à la premièi'e tempête. La pièce touche à son dernier acte. Les évêques, que nous avons vus une dernière fois sur la scène, dans les villes, les provinces, aux pays d'Etats, à l'assemblée des notables, avec toutes les. grâces, tout le prestige de leur rang et de leur race, vont faire place à d'autres acteurs, au tiers-état impatient de jouer son rôle. Le rideau tombe, nous dérobant à jamais cette parure mondaine que les âges avaient donnée par surcroît à l'épouse du Christ.

Il nous faut donc prendre congé de ces prélats, dont le commerce créé par cette enquête historique nous a présenté tant d'intérêt. Ce n'est pas sans regret que nous les quittons. Ces figures d'évêques d'autrefois, ce mélange de prélat et de gentilhomme, ce parfum exquis de grâce ecclésiastique et d'urbanité noble, ce rayonnement discrètement mondain, ont le charme qui nous ramène sans cesse à l'étude du XVIIP siècle. Mais il fallait pour cadre à ces prélats une société brillante et aristocratique, une France que n'eût point touchée la main de l'égalité, que il' eût point encore nivelée une ombrageuse démocratie. Leur tête dix-huitième siècle, avec ce teint rose, cette expression de bonheur calme que leur donnent les portraits du temps, no convient plus à ceux qui ont failli mourir. C'en est fait du luxe, du faste, des pompes, de la représentation, des seigneuries temporelles, des princeries nobiliaires.

Les historiens qui ont étudié cette époque, tout en prenant volontiers leur parti de l'amputatiori que la

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Révolution a fait subir sous ce rapport à l'Eglise de France, n'ont pu contenir leurs sympathies pour les victimes. Ces évêques d'autrefois que leurs traditions de jfamille et leurs relations, leurs goûts et leurs instincts de race aiguisés encore par l'esprit du dix-huitième siècle, leur qualité même de pasteurs des peuples, mêlaient alors à toutes les questions sociales et politiques, à tous les grands intérêts du pays, ces prélats, hommes d'Eglise et hommes d'Etat, théologiens et administrateurs, ont séduit ceux qui, à notre époque, les ont étudiés en historiens, comme ceux qui purent les observer de leur vivant.

On sait l'impression que Tocqueville avait rapportée de son long commerce avec l'ancien régime. « Je ne sais, dit-il, si, à tout prendre et malgré les vices éclatants de quelques-uns de ses membres, il y eut jamais dans le monde un clergé plus remarquable que le clergé catholique de France au moment où la Révolution l'a surpris, plus éclairé, plus national, moins retranché dans les seules vertus privées, mieux pourvu de vertus publiques, et en même temps de plus de foi ; la persécution l'a bien montré. J'ai commencé l'étude de l'ancienne société plein de préjugés contre lui, je l'ai finie plein de respect l. »

Ce jugement, auquel une étude approfondie a conduit l'illustre penseur, concorde avec celui qu'un grand orateur anglais, un contemporain, portait sur l'ancien épiscopat français. « Lorsque j'eus l'occasion d'aller en France, a dit Burke dans ses Réflexions sur la Révolution p'an^ çaise, c'est presque à la fin du siècle dernier ; le clergé sous toutes ses formes attira une grande partie de ma curiosité. Bien loin de recueillir contre ce corps des plaintes et des mécontentements, comme j'avais lieu de m'y attendre, d'après quelques ouvrages que j'avais lus, je n'entendis aucune déclamation ni publique, ni privée,

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