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L'ancien régime et la Récolution

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si ce n'est cependant dans une certaine clasSc d'hommes, JDCxi nombreuse, mais bien active. Allant plus loin dans mes rcclierclies, j'ai trouve, en général, le clergé composé d'hommes d'un esprit modéré et de mœurs décentes i Je ne fus pas assez heureux pour avoir des relations avec Tin grand nombre de curés ; mais, eu général, je reçus les meilleures informations sur leurs principes de morale et sur leur zèle à remplir leurs fonctions. J'ai été lié avec quelques personnes du haut clergé, et j'ai eu sur le reste de cette classe les meilleures sortes d'informations. Presque tous ceux qui le composent sont des hommes de naissance ; ils ressemblaient à tous ceux de leur rang, et, lorsque j'ai remarqué quelques différences, j'ai trouvé qu'elles étaient en leur faveur ; leur éducation était plus accomplie que celle de la noblesse militaire, en sorte qu'il s'en fallait de beaucoup qu'ils ternissent l'éclat dé leur profession par leur ignorance, ou par aucun manque d'aptitude dans l'exercice de leur autorité... Je les ai réellement considérés comme une classe tout à fait supérieure... J'ai vu dans le clergé de France (et nulle part on ne peut en rencontrer beaucoup de cette sorte) des hommes d'un grand savoir et d'une parfaite candeur... Vous aviez avant votre Révolution cent vingt évêques environ. Un certain nombre parmi eux étaient remarquables par un savoir éminent et par une charité sans bornes... Lorsque j'étais en France je suis certain que le nombre des prélats répréhensihles n'était pas considérahle. Quelques individus parmi eux, s'ils étaient moins réguliers dans leurs mœurs, rachetaient par des qualités nobles, ce qui- manquait à la sévérité de leurs vertus. Ils avaient les grands talents qui rendent les hommes utiles à l'Eglise et à l'Etat. J'ai entendu dire qu'à bien peu d'exceptions près, Louis XVI avait été plus attentif que son prédécesseur immédiat à bien choisir les caractères avant de les élever à cette dignité, et je croirais assez, d'après

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l'esprit de réforme qui a dominé tout ce règne, que cela doit être vrai. » Nous avons voulu reproduire tout ce long passage de Burke h cause de son importance. Manifestement, l'illustre orateur anglais est sous le charme. Il n'a pu voir de près l'épiscopat français sans être séduit par la noblesse de son caractère, la distinction de ses manières, par les vertus de la presque généralité de ses membres, par la charité de tous. Durant la Révolution, Burke resta fidèle à son admiration pour l'Eglise de France, et se montra en Angleterre le plus ardent promoteur des mesures prises pour secourir les prêtres exilés.

Il nous semble que le lecteur de cet ouvrage en rapportera l'impression que viennent de formuler avec tant d'autorité Burke et ïocqueville. Les hommes valaient mieux que les institutions. Les évêques de l'ancien régime nous ont apparu dans ces pages admirablement doués de toutes les vertus sociales. Les vertus privées, \es vertus épiscopales leur ont moins manqué qu'on ne pense, et si un petit groupe ne menait point une conduite édifiante, si une importante minorité n'était pas fidèle au devoir de la résidence et aux visites pastorales, la majorité comptait de bons évêques, de nombreux apôtres, et la vie de presque tous était irréprochable au point de vue des mœurs.

Vienne la Révolution: la persécution fera apparaître au grand jour des vertus un pou voilées par la parure du siècle. Le gentilhomme laissera mieux voir Tévêque; le seigneur, l'administrateur temporel, s'eJBfacera devantl'homme d'Eglise. Ce qui était grâce, douceur de vivre aux temps heureux,, deviendra force, sacrifice, dans les jours sombres. La violente secousse imprimée h ce grand corps, montrera avec éclat quelle sève puissante circulait encore dans ses veines. Dieu réserve à cet épiscopat de l'Eglise gallicane, qui va disparaître, la gloire de grandir dans l'adversité, de racheter ses quelques taches en rachetant

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son peuple par la souffrance, de prouver enfin au monde la sincérité de ses convictions religieuses, car pour sauver la foi des autres il faut commencer par croire. C'est dans l'épreuve que l'homme donne la mesure de sa valeur morale. L'Eglise de France va rencontrer dans sa mort violente le secret de sa résurrection. L'ébranlement que lui prépare la Révolution se communiquera jusqu'aux âmes, et l'épiscopat du XVIIP siècle, qui avait vu la nation distraite, indifférente à son apologétique, la trouvera sensible à l'argument suprême, celui du sang.

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