ETAT D ESPRIT DE L EPISCÔPAT
Quel langage ! Ce ton de liberté, cette invitation a Louis XVI d'être « roi des Français » plutôt que « roi de France, » causèrent quelque surprise à la cour. Mais le clergé était en plein dans le mouvement, a Toutes les classés, dit Talleyrand^, se portaient avec enthousiasme vers les idées nouvelles. Le clergé, qui devait être immuable comme le dogme, courait au-devant des grandes innovations, et avait demandé au roi les Etats généraux. »
Nous retrouvons la même inspiration, la même confiance, la même largeur d'idées généreuses, dans beaucoup de harangues prononcées par les évêques aux réunions électorales de 1789. Le lecteur ne sera point étonné que le nouvel évêque d'Autiin, Talleyrand, trace dans son discours un véritable programme de gouvernement, et félicite « Sa Majesté » d'avoir « voulu rétablir la nation dans ses droits. » Les autres prélats parlent du même ton, ton de liberté et de patriotisme. « Messieurs, dit La Fare, évêque de Nancy, à ses prêtres électeurs, l'Eglise est dans l'Etat et, avant d'être ses ministres, nous sommes citoyens et Français. » Bientôt La Fare ne craindra pas de s'écrier, dans son sermon à Saint-Louis de Versailles, en présence de la cour et dé tous les députés réunis : « Sire, le peuple sur lequel vous régnez a donné des signes non équivoques de sa patience. C'est un peuple martyr, à qui la vie ne semble avoir été laissée que pour le faire souffrir davantage. » Le discours de Boisgelin à son clergé d'Aix est plus remarquable encore, a La nation^ s'écrie-t-il, recouvre aujourd'hui ses privilèges et le clergé n'en a plus... Il semble que les privilèges donnent des avantages. On voit à quel point ils étaient devenus une source de privations. Il ne faut pas se sèpa,'rer de la nation, parce qu'on ne peut pas emprunter toute sa force quand on ne s'unit pas à elle. C'est là l'avantage