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d'échouer ou de n'être point élus les premiers. Ils durent même çà et là assister à des scènes oii le respect, que leur avaient toujours témoigné leurs prêtres dans l'Eglise de France, subit plus d'une atteinte en ce temps de fièvre, dans cette surexcitation des esprits. Ce triomphe des curés eut une grande influence sur la marche de la Révolution. Longtemps et des points les plas divers, on repro-« cha à Necker d'avoir machiné l'écrasement de l'épiscopat*. , Le résultat des élections fut la nomination de quarantesept évêques, de deux-cent huit curés, de trente-cinq abbés ou chanoines. C'était pour les curés un triomphe excessif et véritablement inespéré, si on songe qu'ils n'avaient jamais paru jusqu'alors dans les Etats généraux, ni dans les assemblées provinciales, ni dans les assemblées du clergé. Il était d'autant plus important que l'épiscopat fût largement représenté dans les comices de la nation, que les événements allaient amener les résolutions les plus graves, où il conviendrait que la mission du député empruntât une nouvelle autorité au caractère de l'évêque.
Parmi les prélats élas figuraient heureusement la
L'abbé de Boulogne écrivait plus tard : « Maître de la composition des Etats généraux, il (Necker) prépara non seulement l'oppression du clergé par 1^ doublement du tiers, mais il en consomma la ruine en y introduisant la démocratie presbytérale, en le peuplant de ces dignes pasteurs, à un grand nombre desquels la vapeur des éloges, jointe au poison de l'égalité, avait fait tourner la tète. L'on vit alors toute la hiérarchie brisée, et le clergé devint la proie d'une poignée de curés fanatiques, qui se liguèrent aVec les impies pour écraser le corps épiscopal, sans lequel le clergé ne peut exister. » Cf. Mélanges de religion etc. par M. de Boulogne, t. II, p. 349, 350. — Soulavie, qui du reste, en 1789, avait travaillé ardemment avec les curés, dit dans ses Mémoires sur le règne de Louis XVI : « Une poignée d'évêques se trouva effacée et neutralisée par une masse de curés qui s'étaient élus eux-naêmes, et qui portaient de tous les coins de la France aux Etats généraux leur jalousie, leur mécontentement, leurs principes égaliseurs, beaucoup de droits lésés, la pauvreté irritée et leur» prétentions contre le haut clergé. » Burcke, dans les Réflexions sur la Résolution française, p* 89, dit également qu'on avait livré le clergé aux curés.
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plupart de ceux que l'opinion publique appelait à la députation. On regretta néanmoins l'absence d'hommes distingués et très versés dans les questions administratives, tels que Dillon, archevêque de Narbonne; Thémines, évêque de Blois ; Séguiran, évêque de Nevers, que la mort enleva presque subitement en 1789.
^ On remarqua tout de suite deux tendances dififérentes dans l'épiscopat. Les écrits, les mandements publiés par les évêques avant et après ce qu'on pourrait appeler la période électorale, faisaient déjà pressentir cette divergence d'attitude. Un prélat, qui ne fut point élu, mais qui était l'un des plus grands personnages de l'Eglise de France ,M. de Marbœuf,ministre de la feuille, archevêque de Lyon, primat des Gaules, laissait déjà voir, dès le 28 janvier 1789, de tristes pressentiments, a Réfléchissez, disait-il, dans sa lettre pastorale à ses diocésains, sur tous les événements lamentables dont vous êtes témoins. Déjà des éclairs échappés de la nue éblouissent nos yeux et glacent nos cœurs: le tonnerre gronde de loin, la foudre va bientôt éclater. Une inquiétude universelle s'est répandue subitement dans la nation ; un esprit de vertige s'est emparé de toutes les tètes ; des idées nouvelles substituées brusquement aux anciennes maximes ont semé la discorde et la défiance parmi nos concitoyens ; une subversion générale semble menacer toutes les intitulions politiques, civiles ou religieuses ; le royaume éprouve une crise redoutable *. »
Quelques mois plus tard, M. de Bonal, évêque de Clermont, exprimait les mêmes alarmes dans un mandement qui fit sensation. «Comment, s'écriait-il, s'est doiic ouvert ce vaste gouffre où la patrie est sur le point de s'engloutir ! Voyez l'esprit d'indépendance et d'insurrection qui éclate
1. Mandement de Mgr l'aj-chei-êque et comte de Lyon, 28 janvier 1789, p. 10.
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de toutes parts, les citoyens armés les. uns contre les autres, une efFervescence générale, les principes les plus sacrés livrés à l'arbitraire, l'autorité confondue avec le despotisme, et là licence avec la liberté ; sous le nom de fraternité, les défiances et les haines ; sous le nom d'égalité, la confusion et l'anarchie. Le voilà donc ce règne tant vanté de la philosophie ! Telle est la révolution que nous devons attendre des nouvelles lumières. Valait-il donc la peine de nous rendre si éclairés, si ce n'était que pour nous avilii" ! » L'évêquc de Clermont, après avoir déploré a le mépris des anciens principes, le dégoût de toute subordination, la fureur d'innover sans fin, » rappelle la parole d'un grand homme (c que l'art d'ébranler les trônes est d'en creuser les. fondements. Craignons, pour nous servir des expressions de Bossuet, que ces terres trop remuées, devenues incapables de consistance, ne tombent enfin de toutes parts, ne laissent plus voir que d'effroyables précipices, et tenons-nous-en à notre forme de gouvernement. »
C'est également la monarchie qui éveille la sollicitude de M. de Juigné. Dans le mandement donné à l'occasion des Etats généraux, tout en proclamant sa joie de voir « enfin le vœu de la nation s'accomplir » , il se montre « alarmé de la fermentation des esprits », et d'entendre « retentir de toutes parts les noms de patrie, d'humanité, de restauration, de régénération. » Pressentant qu'une grande épreuve attend la monarchie et la dynastie, il s'élève contre « les écrits téméraires qui oseraient tenter de refroidir le respect et l'amour » du pays pour le roi. Plaidant alors une cause facile à gagner, il fait l'éloge de « l'auguste maison de France », et montre en elle « ce caractère de bonté et de clémence qui l'a toujours distinguée entre les maisons souveraines, et qui a inspiré au Français une si tendre affection pour le sang de ses rois. » L'archevêque de Paris fait ressortir les avantages de la
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forme monarchique ^. Il espère que « plus le roi adoucira le joug de son autorité, plus son autorité deviendra vénérable. La nation lui proposera les précautions nécesaires ponr le préserver des surprises qui environnent les rois. Les abus de l'administration seront prévenus, mais les principes de l'autorité monarchique demeureront toujours sacrés et inviolables, et la modération du roi deviendra encore un nouveau rempart pour le trône.» L'archevêque dc: Paris réclame ensuite « les droits essentiels de chacun des ordres de l'Etat », le « respect inaltérable pour tous les anciens et vrais principes du gouvernement français. » Mais enfin il laisse échapper un cri qui marque bien la date de 1789. « Les intérêts du peuple, le salut du peuple, voilà la loi suprême, voilà le principe et comme la fin dernière de tout gouvernement juste. Nous ne craindrons pas de dire que les grands, que les rois eux-mêmes n'existent que pour le bonheur du peuple. Il fut des temps où ces principes furent peut-être méconnus. »
Ces appréhensions mal dissimulées par M. de Juigné, font place à une généreuse confiance dans les mandements publiés, le 14 février par M. de Cicé, archevêque de Bordeaux, le 7 mars par M. duTillet, évêque d'Orange.
M. de Cicé, sans nier « l'agitation des esprits, l'inquiétude du moment, les doutes de l'avenir, le combat des
1. « Nous ne développerons point ù des Français, dit M. de Juigné, les motifs qui doivent les attacher à l'heureuse forme de leur gouvernement, gouvernement mionarchiquc le plus ancien de tou^, le plus confor-r me à la nature, puisqu'il lire son origine de l'autorité paternelle; gouvernement le plus avantageux pour les grandes nations, par les troubles et les discordes dont il les préserve ; gouvernement cher à la religion, qui vénère en lui l'unité et la puissance de son Dieu. Avec quel zèle et quel saint respect elle consacre la majesté des rois ! Elle ne craint pas de nommer la fidélité qui leur est due la religion de la seconde majesté, reZi^to secundœ majestatis (TertuUien) . » M. de Juigné se demande ensuite comment, « sans l'inégalité des conditions, sans la sage gradation de la hiérarchie politique, pourraient subsister les sociétés humaines. » Il parle même des devoirs des petits envers les grands,vciot qui commençait à être un anachronisme. Cf. Mandement de Mgr l'archevêque de Paris qui ordonne des prières pour les Etais généraux, 24 avril 1789.
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opinions et des intérêts », snlue avec bonheur « ce jour où se portent toutes les espérances. » Il loue en Louis XVI cet « amour du souverain pour ses peuples, amour qui l'emporte sur les séductions enivrantes du pouvoir absolu, qui en fait mépriser les trompeuses amorces, et se plaît à régner, non plus par l'asservissement et le silence, mais par le concert et l'acclamation des volontés. » Tandis que M. de Juigné insistait sur les droits et la séparation des trois ordres, l'archevêque de Bordeaux fait assez pressentir qu'il sera l'ardent instigateur de la réunion au tiers état, lorsqu'il écrit : « Si chacun s'isolant en luimême, si chaque corps, se renfermant dans ses prétentions, si chaque ordre se concentrant dans ses intérêts, ne voyait qu'en lui seul la patrie, bientôt elle n'offrirait plus que les débris et les ossements dispersés d'un grand corps privé de mouvement, de chaleur et de vie. La subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général peut seule prévenir cette dissolution. » M. de Cicé termine son mandement en prescrivant à ses prêtres un mois de prières pour demander à Dieu une paix bien nécessaire : Ut cuncto populo christiano pacem et iinitatem largiri digneris ^ .
Quels étaient les plus avisés parmi ces prélats, de ceux qui, défiants des nouveautés, alarmés des emportements de l'opirfion et des théories avancées des meneurs, ne dissimulaient pas leurs craintes, ou de ceux qui, confiants dans l'avenir, convaincus de la nécessité de réformes capitales, attendaient des Elats généraux une œuvre féconde, une vraie régénération politique et sociale ?
A voir le résultat, le caractère tragique des événements qui vont se précipiter pendant la Révolution, il semble que la prudence, l'instinct prophétique, aient été du côté des premiers. Satisfaits des lois du pays, redoutant
1. Mandement et instruction pastorale de Mgr l'archevêque de Bordeaux, qui demande des prières pour les Etats généraux, 14 février 1789. -
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pour la vieille machine gouvernementale le contact de mains novices et téméraires, ils préféraient la stabilité au bien hypothétique d'une transfoi-mation dont ils apercevaient plutôt les périls que les avantages. Les seconds, à l'intelligence plus ouverte, aux idées plus avancées," au caractère plus entreprenant, croyaient que les changements profonds opérés dans l'esprit public durant le XVIIP siècle, appelaient une modification correspondante dans les institutions. Ils pensaient que le danger était plutôt dans l'immobilité que dans le mouvement, qu'il appartient aux conducteurs des peuples de tenir compte de leurs aspirations, de leurs exigences légitimes, qu'il n'était que temps de reprendre le cours des mesures réformatrices qui ont valu à Turgot tant de gloire, sous peine de voir le tiers état, de plus en plus instruit de ses droits et conscient de sa puissance, prendre de haute lutte ce qui ne lui serait pas octroyé de bon gré.
Au point de vue particulier des intérêts de l'Eglise, les plus clairvoyants parmi les prélats libéraux, entrevoyaient pour elle une autre force que celle qui lui venait de la royauté, c'est celle qu'elle pouvait puiser dans un contact plus intime avec le peuple. Nous avons entendu M. de Boisgclin adresser ces paroles profondes à son clergé d'Aix : « Il ne faut pas se séparer de la nation, parce qu'on ne peut pas emprunter toute sa force quand on lie s'unit pas à elle... La religion sera le premier intérêt du peuple quand l'intérêt du peuple sera la loi des ministres de la religion. » Il y avait quelque hardiesse sans doute, mais aussi une opportunité singulière, à se tourner vers ce peuple que l'Eglise semblait avoir ignoré politiquement depuis deux siècles. Le roi, cet évêque du dehors, avait fait payer sa protection intermittente par assez de servitudes, pour que le clergé se prêtât à l'établissement d'un régime qui ferait arriver l'Eglise à la liberté avec la nation même, où son expan-
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sion religieuse aurait plus d'air, plus de franchises, où désormais les évoques seraient moins courtisans que citoyens. Quelques-uns, parmi les prélats députés, avaient le sentiment de ces destinées nouvelles. S'ils montraient plus d'illusions sur le résultat immédiat que leurs collègues partisans de la tradition, ils faisaient certainement preuve de plus de connaissance de l'état des esprits et des exigences des temps.
Disonsrle cependant à l'honneur des évêqucs qu'on appellerait aujourd'hui réactionnaires, ils ne prétendaient point se renfermer dans une sorte d'immobilité, ni opposer une fin de non recevoir à toute espèce de réforme. Nous avons entendu l'assemblée du clergé de 1788 demander haute-
ment les Etats généraux, ce qui était relativement hardi de la part d'un corps si prudent, si essentiellement conservateur. Ce fut un archevêque, le ministre Brienne, qui annonça leur réunion, et accorda une liberté presque illimitée de la presse. Avec les Etats généraux, le clergé réclamait du roi le droit pour la nation de ne payer que l'impôt qu'elle aurait consenti, ce qui entraînait la périodicité de ces Etats. De 1788 à 1789 le clergé a fait un pas de plus, et dans les assemblées électorales, dans les cahiers, il s'est prononcé nettement pour l'égale contribution aux charges publiques. Pas un évoque, même parmi les plus timorés, qui n'arrivât à Versailles avec ce programme minimum: l'impôt commun à tous les citoyens français, des Etats généraux périodiques chargés de le voter, la responsabilité des ministres, une meilleure organisation de la justice, la liberté individuelle, l'inviolabilité de la propriété. Mais il y avait là toute une révolution. L'égalité dans l'impôt par la suppression des privilèges, était le preniier intérêt du peuple. Le reste, toutes les libertés, devaient sortir à la longue de la périodicité des Etats généraux, car celui qui tient la bourse fiait toujours par imposer ses volontés.