‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 162 sur 354 · Arck. pari. î · texte numérisé non relu

Arck. pari. î

férence, cà et là au mépris public. L'opinion ne supportait plus la vue de quelques religieux épars dans d'immenses monastères, y jouissant de dotations et de richesses que les donateurs n'avaient point destinées à nourrir l'oisiveté. Le paysan, avide d'agrandir sa propriété, ne passait pas sans dépit devant ces vastes domaines immobilisés, et qu'il n'avait aucun espoir de réunir à son champ à cause de leur caractère de biens d'Eglise. Aussi nombre de cahiers demandent la suppression des oidres religieux et la négociation de leurs domaines. C'est par là que s'ouvre une large brèche dans la propriété ecclésiastique.

La possession de l'Eglise avait d'autres causes de faiblesse. Ses terres immenses passaient, aux yeux du peuple peu initié au fonctionnement des décimes et de la taille, pour être exemples de toute charge publique. L'ardeur avec laquelle les évêques venaient de défendre leurs immunités foncières contre les projets de Galonné, n'avait fait que confirmer et irriter encore les préventions du public. Depuis, le clergé avait accepté dans tous ses cahiers l'égalité de l'impôt ^. Mais cette concession tardive venait après ces polémiques ardentes qui avaient passionné l'opinion, et tourné vers les richesses d'Eglise les regards inquiets et avides de ceux qui regardaient avec effroi l'abîme creusé dans les finances'.

Ce qui contribuait encore à affaiblir le caractère d'inviolabilité attaché à ces biens, c'est l'abus de leur répartition. Un polémiste pouvait écrire en 1789: « Le seul corps de la noblesse est intéressé dans le crédit,

1. Mgr de Boisgelin dix-a ù la Constituante dans la discussion sur les biens ecclésiastiques ; « Déjà depuis longtemps nous ayions entendu ces murmures jaloux qui nous faisaient sentir quel était le triste résultat de tous nos privilèges. Nous les avons abandonnés pour partager également et les intérêts et les droits de tous les citoyenst » Discours du 31 octobre 1789. — Le 24 octobre, Dupont de Nemours avait dit avec exagération : « Si le clergé eût payé, même sur le pied du second ordre, il y aurait dans vos finances une somme de 2 milliards 750 millions. »

l'opulence et les privilèges du clergé ; c'est un surcroît assuré à son patrimoine. Les trois quarts et plus des gens d'Eglise en sont exclus ^. » Cette anomalie sera exploitée contre l'Eglise et servira de prétexte à la spoliation. Treilhard s'écriera à la tribune de la Constituante "~ : « Qui de vous n'a pas été frappé de cette répartition odieusement inégale, qui voue à l'indigence d'utiles pasteurs pour maintenir dans la mollesse des hommes souvent inutiles » et parfois scandaleux. Ces « utiles pasteurs » n'avaient point attendu Treilhard pour protester contre une situation dont ils étaient victimes. La vue d'abbayes, de couvents dégénérés, dépeuplés et riches, de chapitres oisifs et opulents, d'abbés de cour dévorant dans la capitale les revenus de toute une contrée, l'exagération de beaucoup de dotations épiscopales auxquelles étaient affectés les plus riches bénéfices, ce spectacle irritait les curés qui regardaient avec dépit des étrangers tondre leurs brebis et enlever la dîme de leurs paroisses, ce Peut-on, dit un écrit de 1789, se garantir d'un mouvement d^indignation, lorsqu'on voit un prieur, un chanoine, un abbé, nager dans l'abondance et le luxe, et un malheureux curé congruiste prêt à tendre la main ? Quel contraste ou plutôt quelle injustice ! car la dîme n'est-elle pas le patrimoine des curés ? Les décimateurs ne retiennent-ils pas injustement le salaire des pasteurs ? C'est une usurpation manifeste contre le droit des curés que la possession des dîmes par des religieux, des chanoines, des abbés commanditaires et des prieurs ^. » Ces citations, qu'il serait facile de multiplier, nous montrent en 1789, les curés aigris par une inégalité de répartition qui leur paraît autant une humiliation qu'une misère. Ils demandent fréquemment dans les cahiers

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