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Abbé Fauchet, De la religion nationale, 1789, p

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Nous voyons certains cahiers du tiers état, celui, de Carcassonne, par exemple, interdire aux protestants « l'exercice de la justice et de la police», ainsi que «l'enseignement public. »

Telle est la disposition des esprits, tel est l'état de l'opinion sur ce grave sujet en 1789. L'appareil religieux, qui vint rehausser, au 4 mai, l'ouverture des Etats généraux ; cette procession des trois ordres qui se déroule à Versailles depuis l'église Notre-Dame jusqu'à l'église Saint-Louis ; ce dais porté par les grands officiers et les gentilshommes des princes ; ces cordons tenus par le comte de Provence, le comte d'Artois et ses fils, les ducs d'Angoulême et de Berry ; la présence de la reine entourée des princesses, le roi s'avançant à côté d'elle en habit de drap d'or^ enrichi de pierreries, un cierge à la main; et puis cette messe du Saint-Espiit, célébrée à Saint- Louis par l'archevêque de Paris pour attirer les lumières d'en haut sur tous les députés présents ; le grand discours prononcé en chaire par La Fare, évêque de Nancy ; est-ce que toutes ces pompes n'étaient point un solennel hommage rendu au catholicisme, et une sorte d'engagement pris par les représentants de la nation qu'aucune atteinte ne serait portée à ses privilèges séculaires? La marche en avant de la Révolution ne devait point interrompre les manifestations religieuses. La Constituante mêlera l'ancien culte à ses actes publics. On entendra des Te Deum après la fusion des ordres, après le 14 juillet, après le 4 août. C'est encore à Notre-Dame, le 7 février 1790, que l'Assemblée nationale, la Commune de Paris, Bailly en tête, viennent chanter un Te Deum

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et renouveler le serment à la constitution, après avoir écouté un sermon tout vibrant de patriotisme. Les députés tiendront, en particulier, à s'associer aux fêtes du Saint-Sacrement. Et telle est la popularité de cette dévotion dans la capitale, que la procession de la Fête-Dieu aura lieu encore en plein Paris en 1793, quatre mois après la mort de Louis XVL*.

Cette persistance du règne du catholicisme dans les âmes ne devait pas cependant sauver sa situation de religion d'Etat. Pour mesurer toute la gravité des changements qui se pi'éparent, rappelons en quelques mots quelle était la situation légale de l'Eglise de France au moment de la Révolution.

Le clergé était un corps politique, le premier ordre de l'Etat, privilège que nous avons vu sombrer au début des Etats généraux par la réunion de tous les députés dans une seule assemblée nationale.

La religion catholique était la seule reconnue en France. Les lois de l'Eglise étaient lois de l'Etat. On entrait dans la société civile, comme dans la société religieuse, par le baptême, dans le mariage par la réception du sacrement et saris l'intervention de l'Etat. Ce que nous appelons aujourd'hui les registres de l'état civil, 'étaient entre les mains des curés. Les vœux solennels emportaient la mort civile, étaient exécutoires au for extérieur comme

1. Le 5 Juin 1790, le curé de Saint-Germain l'Auxerrois vint, avec ses marg^illiers, remercier en ces termes l'assemblée nationale qui avait assisté à la fête du Saint-Sacrement : a Non, Messieurs, jamais spectaclîe plus majestueux ne frappa les regards des habitants de cette vaste capitale. Les représentants de la nation unis à notre sage monai'que pour adorer le souverain arbitre de la destinée des peuples et des rois : quelle importante cérémonie ! Qu'il nous soit permis de le dire, sa pompe et son éclat contribuent autant à l'affermissement de notre foi qu'au triomphe de la religion de nos pères. » — Des papiers de police nous ont transmis le rapport du sans culotte Dutard au ministre de l'intérieur Garât, au sujet de la Fête-Dieu qui eut lieu a Paris, avec procession dans les rues, le 30 maï 1793.

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au for de la conscience. Enfin il existait un crime d'hérésie comme un crime de lèse«majesté. On pouvait être poursuivi pour manquement à Dieu comme au roi, pour hérésie comme pour révolte, pour désobéissance à un canon de concile, aune bulle du pape, comme pour infraction à une ordonnance. Que de fois des livres touchant à la religion furent condamnés par le parlement à être brûlés par la main du bourreau!

Puisque le roi est ainsi l'exécuteur des lois de l'Eglise, il s'en fait le collaborateur. Il demande la convocation des conciles œcuméniques, y assiste par ses théologiens et ses ambassadeurs, fait examiner par son parlement les bulles du pape avant de donner l'exequatur, nomme depuis le Concordat aux dignités ecclésiastiques, a en un mot le titre, les fonctions « d'évêque du dehors »; il est aussi l'oint du Seigneur, et se tient l'épée à la main à la porte du sanctuaire *.

C'était l'accord de deux puissances, l'Eglise et l'Etat, étroitement unies, lout en restant distinctes; c'était la concorde du sacerdoce et de l'empire. Les écrivains de l'ancien régime aimaient à emprunter ces paroles de la Bible pour caractériser la situation : « Le roi, revêtu de gloire, sera assis et dominera sur son trône; le pontife sera sur le sien, et il y aura entre eux un conseil de paix. »

La Révolution se chargea de secouer ces deux potentats majestueusement et paisiblement assis sur leur trône, le roi et le pontife. A la rapidité des coups qui s'abattent sur l'un et l'autre, on a de la peine à reconnaître lequel des deux est le plus meurtri. Nous avons déjà compté les blessures du clergé. L'une des plus douloureuses fut de

l . Voir sur cette question M. Emile Oilivier, Le Concordat et la séparation de l'Eglise et de l'Etat; — 1189 et 1889, 1 vol. in-12, p. 263-266.

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perdre son privilège de religion dominante, de religion d'Etat. Disons comment lui fut imposé ce sacrifice. Lors de la discussion des droits de l'homme, l'article 18, présenté par la commission, maintenait implicitement au catholicisme son ancienne situation et introduisait très discrètement la tolérance des autres cultes. « Tout citoyen, disait cet article, qui ne trouble pas le culte établi, ne doit pas être inquiété. » Dans la discussion ouverte à ce sujet, le 22 août 1789, l'évêque de Clermont, M. de Bonal, s'écria: « Je demande que les principes de la constitution française reposent sur la religion comme sur une base éternelle. » La droite se heurta à la violente opposition de Mirabeau qui réclama la liberté illimitée des cultes. « Je ne viens pas, dit le tribun, prêcher la tolérance. La liberté la plus illimitée de la religion est à mes yeux un droit si sacré que le mot tolérance, qui essaye de l'exprimer, me paraît en quelque sorte tyrannique lui-même, puisque l'existence de l'autorité, qui a le pouvoir de tolérer, attente à la liberté de penser par cela même qu'elle tolère, et qu'ainsi elle pourrait ne pas tolérer. » Le lendemain, 23 août, Mirabeau ajouta: « On vous parle sans cesse d'un culte dominant ! Messieurs, je n'entends pas ce mot... Rien ne doit dominer que la justice; il n'y a de dominant que le droit de chacun. » Dans la même séance le ministre protestant, Rabaud Saint-Etienne, appuya les protestations de Mirabeau contre l'expression de tolérance. « La tolérance ! s'écria-t-il, je demande qu'il soit proscrit, et il le sera, ce mot injuste qui ne nous présente que comme des citoyens dignes de pitié, comme des coupables auxquels on pardonne i. »

1. Dans la même discussion, Rabaud Saint-Etienne dit que l'édit deno- Tembre 1787 n'accorde aux non-catholiques « que ce qu'on n'a pu leur refuser... Cette loi fixe les formes d'enregistrer leurs naissances, leurs mariages et leurs morts; elle leur permet en conséquence de jouir des efifet civils et d'exercer leurs professions.., et c'est tout C'est ainsi

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