‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 177 sur 354 · PLUS DE RELIGION D ETAT · texte numérisé non relu

PLUS DE RELIGION D ETAT

La voix de Rabaud Saint-Etienne devait être entendue. Au fond, nombre de députés très influents avaient plus de sympathie pour le protestantisme que pour le catholicisme. Mirabeau écrivait dans le Courrier de Provence, que la conséquence de la liberté des cultes pouvait être « qu'on donne moins de prix aux dogmes qu'aux vertus, que le mot d'orthodoxie perde un peu de sa force magique, que les controverses tombent dans l'oubli, que l'on fasse plus attention aux œuvres des hommes qu'à leur symlDole, qu'en général on les juge comme bons ou méchants plutôt que comme pieux et impies, » résultat qui n'était pas pour déplaire à l'incrédulité du grand orateur. Mirabeau se tournait alors vers les protestants, a secte paisible par essence, favorable à la raison humaine et à la richesse des nations, amie de la liberté civile, dont le clergé n'a point de chef et forme un corps de citoyens, d'officiers de morale stipendiés par l'Etat*. » La Constituante donna une preuve éclatante de ses sympathies pour les protestants, en faisant pour eux une exception au décret prescrivant la vente des biens ecclésiastiques. Les défenseurs de l'Eglise reprochèrent souvent à l'assemblée nationale une telle partialité, et firent observer que les capitulations, qu'on invoquait en faveur des propriétés du clergé protestant en Alsace, devaient protéger également celles' du clergé catholique.

^'en France, au XVIII° siècle.., on a regardé comme un des progrès de la législation qu'il fût permis à des Français proscrits depuis cent ans d'exercer leurs professions, c'est-à-dire de vivre, et que leurs enfants ne fussent plus illégitimes... Proscrits dans leurs pensées, coupables dans leurs opinions, ils sont privés de la liberté de professer leur culte. Les lois pénales contre leur culte n'ont point été abolies : en plusieurs provinces ils sont réduits à le célébrer dans les déserts, exposés à toute l'intempérie des saisons, à se dérober comme des criminels à la tyrannie de la loi, ou plutôt à rendre la loi ridicule par son injustice, en l'éludant, en la violant chaque jour. » Séance du 23 août, 1789. Archives parlementaires, t. VIII, p. 478-479.

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