Cf. Gélestin Port, la Vendée angevine
me'j qui parut extraordinaire en 1790. Ce n'est point d'aujourd'hui que, dans les questions libres, les évêques agissent selon leur conscience et leur tempérament, ce qui 'produit d'inévitables divergences. On peut signaler, à l'époque qui nous occupe, des différences de langage et de conduite. N'oublions pas que, parmi les cent quarante-huit membres de l'assemblée nationale qui protestè- • ' rènt, le 15 septembre 1791, contre l'acceptation de la "constitution faite la veille par le roi, figuraient onze évêques députes K Comment pouvaient-ils revenir sur un serment déjèi prêté solennellement? Le 4 février 1790, la constitution n'était pas encore terminée. Depuis, certains articles sur les vœux, sur le mariage considéré corn-
1. La protestation était ainsi foi'mulée: « Les soussignés, respectivement députés par les trois ordres, déclarent qu'ils ne peuvent regarder comme un acte libre, l'acceptation donnée par un monarque ramené avec violence dans son palais, suspendu de l'exercice de son pouvoir royal, constitué prisonnier par un décret, placé enfin entre la déchéance et l'acceptation ; mais que cette acceptation fut-elle vraiment libre, ajouterait à leur douleur sans altérer des principes religieux et des droits po' iniques, qu'il n'est pas au pouvoir des rois de France d'abandonner, et qu'il est du devoir de leurs fidèles sujets de réclamer avec persévérance. » Cette protestation était signée d'une quarantaine de députés ecclésiastiques la plupart curés, et en outre de onze évêques : M. de Beruis, coadjuteur du cardinal de Bernis, archevêque d'Albi, et les évêques de Châlons-sur-Marne, Uzès, Oleron, Saint-Flour. Condom, Dijon, Montpellier, Nîmes, le Mans, Perpignan. Cf. Déclaration d'une partie des députés aux Etats généraux de France, sur l'acceplation donnée par le roi à l'acte constitutionnel, du 15 septembre 1791, 13 p.in-8°. Bib. nat. L b 39 5372. — On ne s'étonnera pas que l'abbé Maury fût parmi les protestataires et poussât le roi à la non acceptation, lui qui avait dît dans son discours sur le droit de paix et de guerre : « La nation nous a chargés de faire reconnaître les anciens di-oits constitutionnels du peuple français, mais elle ne nous a point autorisés à bouleverser le gouvernement, à lui rédiger une constitution absolument nouvelle et par conséquent arbitraire. El c a confié à notre patriotisme le soin de réformer, de concert à noire excellent roi, les abus du gouvernement, mais non pas de créer un gouvernement qui n'a aucune analogie avec l'ancien. Nul de nous. Messieurs, n'eût été honoré de la confiance de la nation, si nous eussions professé dans nos bailliages les étranges principes qu'o.i nous étale ici tous Its jours. Qu'est aujourd'hui, la France ? un triste objet de pitié pour toutes les nations. Le palais solitaire de nos rois... Le peuple le plus docile de Vunivei's !... Je m'ari'ète,,. »
me « contrat civil, » sur la force exécutoire donnée aux lois non comprises dans la constitution, telles que les dispositions relatives à la constitution civile du clergé, avaient encore aggravé, au point de vue religieux, l'œuvre de l'Assemblée. Au point de vue politique, l'acceptation du roi consacrait définitivement la ruine de son pouvoir. Telle était sur ce point la conviction des esprits clairvoyants, que Malouet, de concert avec Barnave, Duport et Lameth, avaient tenté, au nom du comité de révision, un dernier et inutile effort pour faire rapporter certains articles. Barnave avait même réussi à faire décider que la nation était représentée par la législature et par le roi, ce qui était modifier essentiellement le caractère de premier fonctionnaire public qu'on lui avait donné, et lui assurer un titre à l'inviolabilité ainsi qu'une part du pouvoir législatif.
Si telle était l'impression d'un Malouet, des constitutionnels, sur la valeur de l'œuvre accomplie par la Constituante, comment s'étonner que des prélats aient été encore plus frappés de ses vices au double point de vue religieux et politique. Remarquons cependant. que, parmi les évêqucs fidèles jusqu'à la fin à leur mandat de député, un tiers seulement signa le manifeste du 15 septembre 1791, et que, parmi les protestataires, nous ne trouvons f)as les prélats les plus considérables et les plus influents de l'Assemblée, tels que les arcbevêques d'Aix, d'Arles, de Toulouse, le cardinal archevêque de Rouen.
Comme tous les évêques députés avaient prêté serment à la constitution, le 4 février 1790, comme leurs exemples avaient été suivis par leurs collègues de la province, l'accord parut si unanime, la conduite si uniforme qu'on ne prit point garde à la protestation tardive des onze. Aussi, dans la question des serments à faire aux diverses constitions que se donna la France jusqu'à celle de l'an VIII inclusivement, les partisans du serment apportaient comme
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grand argument l'attitude du clergé à l'égard de la constitution votée par la Constituante. M. de La Luzerne, évê-' que de Langres, plaide-t-il, quelque temps plus tard, eii faveur du « serment de l'égalité et delà liberté », il rappelle que « le clergé de France a unanimement et sans hésiter j après les plus mûres délibérations, offert de prononcer, dans tout ce qui était civil, le premier serment ordonné par l'Assemblée nationale, qui l'obligeait au maintien de la constitution. » Et cependant, ajoute La Luzerne, les évoques étaient convaincus que cette constitution était « vicieuse, qu'elle dépouillait^iç roi de son autorité, ou plutôt qu'en laissant, le simulacre de roi, elle anéantissait par le fait la royauté. » Malgré ce vice et bien d'autres, ce le clergé de France entier a offert de se lier par un serment à cette détestable constitution, excepté seulement ce qui était dans l'ordre spirituel ^. »
Lorsqu'un prélat distingué entre tous, M. de Bausset, évêque d'Alais, voudra pousser le clergé à faire la déclaration exigée par la loi du 7 vendémiaire an IV, et h ne point prendre partie dans les questions politiques, quel exemple apportera-t-il ? l'attitude de l'Eglise de France sous la Constituante elle soin qu'elle prit de distinguer le temporel du spirituel. « Il n'est pas, dira M. de Bausset, un évêque de France, qui dans ses instructions pastorales publiées en 1791, n'ait reconnu formellement que la religion n'avait aucun caractère pour intervenir dans l'ordre politique. Ce principe est aussi vrai en lui-même que nécessaire au maintien de la religion ; car, pour peu qu'on s'en écarte, les ministres de l'Eglise s'exposeraient à tomber dans les cpntradictions les plus dangereuses et à devenir le jouet de toutes les vicissitudespolitiques... Le moyen le plus sûr comme le plus vrai, pour couper court
1. Opinion sur le serment de l'égalité et de la liberté, par Mgr de La Luzerne. Œuvres, t. VI, p. 574-588.
à toutes les difficultés, pour prévenir tous le dangers, pour conserver la dignité, l'intégrité et l'indépendance du ministère ecclésiastique, enfin pour déjouer la haine, la malveillance et la calomnie, c'est de séparer absolument les principes religieux des principes politiques. Les premiers doivent se concentrer dans le. sanctuaire, et laisser les passions orageuses se disputer l'empire de la terre. C'est h quoi se bornait le clergé en 1790 et 1791.» M. de Bausset se plaît à citer M. de ïliémines, évêque de Blois, parce qu'il « réunit à des connaissances et h des talents distingués, une énergie de caractère qui ne lui a jamais permis demolliret de transiger avec les principes.» Or, que disait M. de Thémines ? « Tout le monde, écrivait-il, professe ouvertement que tout citoyen doit jurer fidélité à la constitution temporelle... Qu'une constitution soit bonne ou mauvaise, dès qu'elle est le vœu commun, elle devient la règle générale... La France fait ses grandes expériences. On peut dire du serment de fidélité, qu'il est insensé de le refuser, et inutile de l'exiger*. » Voilà donc ces prélats de l'ancien régime qu'une histoire incomplète et infidèle nous présente rivés au passé, enchaînés au droit divin, confondant la religion avec la politique, abandonnant leur troupeau pour se ranger derrière leurs princes, les voilà, en 1790 et 1791, distinguant le spirituel du temporel, et proclamant, avec une énergie singulière, que l'Eglise s'accommode de tous les gouvernements, qu'ils sont prêts à jurer fidélité à la constitution la plus libérale qu'ait eue la France, à la constitution de 1791, dans ce qui ne touche point à la constitution religieuse. Bien que la question ne se posât point
1. Lettre de M. l'évèque de Blois aux administrateurs du département de Loir et Cher, 1791, — à M. Adam, à Paris, 1790-1792. —M. de Bausset: Réflexions sur la déclaration exigée des ministres du culte par la loi dul i>endémiaire an IV. Cette importante brochure de M. de Bausset, éditée par M. Emery, parut plus tard considérablement aug°mentéc sous le titi'c à'Exposé, etc.
encore entre monarchie et république, quel chemin déjà parcouru, quel rapide apprentissage de la liberté chez ces prélats que nous avons vus tenir leur place à la Constituante, y parler, s'y conduire en citoyens et, malgré les douloureux sacrifices qu'ils ont dû s'imposer, proclamer généralement, dans toutes les parties de la France, leur adhésion au nouveau régime politique.
Cette ligne de conduite avait été consacrée par l'autorité la plus haute. Le pape Pie VI, dans le bref adressé, le 10 mars 1791, aux prélats de l'assemblée qui avaient souscrit la célèbre exposition rédigée par Boisgelin contre la constitution civile du clergé, a bien soin d'y déclarer qu'il n'avait d'autre but « que de conserver dans leur intégrité les droits de l'Eglise et du Saint-Siège apostolique; que son intention n'est point d'attaquer les nouvelles lois civiles appartenantes au gouvernement temporel, ni de provoquer l'établissement de l'ancien régime de France, ainsi que l'ont publié quelques calomniateurs, dans le dessein de rendre la religion odieuse. »
On le voit, en France, à Rome, les dispositions de l'Eglise étaient des plus conciliantes, quand la Constituante, emportée par je ne sais quel esprit de vertige, voulut, en votant la constitution civile du clergé, lui imposer une dernière loi qui allait se briser, cette fois, contre la résistance inébranlable des consciences. L'assemblée était ici d'autant plus coupable qu'elle était avertie. L'archevêque d'Arles, M. Dulau, que nous avons vu avare de condamnations, de manifestes et dé coups d'éclat, parce que, disaitil, dans « cette explosion la foi n'a pas été jusqu'à présent attaquée d'une manière directe », ajoutait que son attitude changerait, et qu'il «en serait autrement si l'Assemblée réalisait ses projets donnant atteinte à l'autorité spirituelle 1. »