‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 182 sur 354 · Lettre du 28 avril 1790, loc. cit · texte numérisé non relu

Lettre du 28 avril 1790, loc. cit

308 LES ÉvÈQtES

Dans la séance du 9 juillet 1790, trois jours avant que r Assemblée consacrât, par un vote irrémédiable, la constitutioncivilcduclergéjl'évêque de Clermont,M. deBonal, l'avertit solennellement de son imprudence, et de la résolution où était le clergé de rejeter toute disposition contraire à ses droits dans le spirituel. « Nous allons, Messieurs, s'écria-t il avec émotion, renouveler, de concert avec tous les individus de la nation, le serment de lui être fidèles, ainsi qu'à la loi et au roi. Quel est le Français, que dis-je! quel est le chrétien qui puisse hésiter sur un engagement que les principes consacrent. Je me déclare ici prêt à le signer de mon sang, s'il est besoin. Nous allons promettre en même temps, mais dans des circonstances bien différentes de celles où nous nous trouvions le 4 février dernier, de maintenir de tout notre pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale. Ici, Messieurs, en me rappelant tout ce que je dois rendre à César, je ne puis me dissimuler ce que je dois rendre à Dieu. Oui, dans tout ce qui regarde les objets civils, politiques et temporels, je me croirai fondé à jurer de maintenir la constitution : mais une loi supérieure à toutes les lois humaines, me dit de professer hautement que je ne puis comprendre dans mon serment civique les objets qui dépendent essentiellement de la puissance spirituelle, que toute feinte à cet égard serait un crime, que toute apparence qui pourrait la faire présumer serait un scandale de ma part. Je déclare, en conséquence, que j'excepterai très expressément de mon serment tout ce qui concerne les objets purement spirituels, et je vous supplie de considérer que cette exception elle-même doit vous paraître le plus sûr garant de ma fidélité à ce que j'aurai juré. »

L'Assemblée, en entendant ce langage d'un prélat universellement respecté et qui, dans cette circonstance, reçut les applaudissements et l'adhésion des autres évê-

ques, ne put se méprendre sur la sincérité et sur le caractère inébranlable de leur résolution. Que ne se leva-t-il pas dans son sein un de ces orateurs puissants sur ses décisions, pour l'arrêter au moment où elle allait consacrer d'un dernier vote une loi à jamais néfaste. L'évêque de Clermont, en s'offrant à signer au besoin de son sang la partie civique des nouvelles institutions, promettait et donnait plus qu'on n'a coutume de demander aux auteurs et aux défenseurs des constitutions. Que voulait-on davantage ? Le clergé, bien qu'il eût payé jusqu'alors, à peu près seul avec le roi, toys les frais de la Révolution, se fût vite accoutumé au nouvel ordre de choses. Nous avons déjà entendu ses chefs tenir le langage de citoyens libres. Le temps aurait pansé bien des blessures. L'Etat et l'Eglise pouvaient reprendre leur marche avec des institutions qui, bien qu'imparfaites et en les ébranlant l'un et l'autre, les avaient cependant rajeunis. Mais voilà qu'après avoir atteint le clergé dans son rôle politique par la suppression des ordres, dans ses troupes d'avantgarde par la suppression des corporations religieuses, dans sa bourse par la suppression des dîmes et des biens, dans sa religion d'Etat par la proclamation de la liberté des cultes, dans son cœur par toutes les tribulations infligées au bon et pauvre Louis XVI, on veut maintenant le frapper dans sa foi et dans sa conscience en bouleversant la discipline et la. constitution ecclésiastique. Ces prêtres, qu'on avait fait citoyens, on veut maintenant en faire des martyrs. Ils le seront, mais tout en abordant a;v^ec fierté une des plus belles luttes de l'Eglise de France, comment ne pas déplorer les faits qui la remplissent.

L'un des prélats de l'Assemblée nationale, M. d'Esponchez, évêque de Perpignan, faisant, dans un écrit de mars 1792, un retour sur les événements qui venaient de s accomplir, rappelait les enthousiasmes de la premières heure, puis décrivait la voie suivie par la Constituante

dans l'accomplissement de son œuvre, voie que le clergé ne trouva point toujours semée de fleurs. Il ajoutait avec mélancolie du fond de son exil : « Après deux ans de troubles et d'orages, après deux ans de combats et de peines, nous avions conçu la douce espérance, N. T. C. F., nous nous étions flattés qu'à l'ombre de cette liberté qui nous était promise, il nous serait permis du moins de nous retrouver enfin au milieu de vous, pauvre de biens, mais riche de votre foi, et d'y porter, comme les apôtres au sortir du conseil des Juifs, la joie de nos humiliations et la gloire de nos disgrâces. La divine Providence n'a pas daigné nous accorder une aussi grande consolation.» Nous avons été « forcés de fuir loin de cette terre qui dévore ses habitants i.» Hélas ! cette terre qui dévorait ses habitants parut aussi engloutir pour longtemps cette confiance, cette émulation, ces élans généreux, qui avaient fait battre le cœur du clergé avec celui de la nation. La constitution civile, qu'on voulut lui imposer à tout prix, inaugura ces persécutions, ces violences qui devaient donner h la Révolution je ne sais quelle allure satanique, détourner d'elle ses victimes ensanglantées, créer enfin, au grand détriment de l'une et de l'autre, un trop long divorce entre la religion et la liberté.

1. Lettre pastorale du 12 mars 1792. Cf. abbé Torreilles, op. cit. p.315-316.

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