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Rapport de Voidel, séance du 2G novembre

316 LES ÉVÊQTJES

ne de l'indépendance de l'Eglise; les politiques, au nom de la toute puissance de l'Etat; tous, par tradition de l'ancien régime, qui avait habitué le roi, les cours de justice, à intervenir dans les affaires ecclésiastiques, s'attribuaient le droit de se mouvoir dans le domaine religieux comme en champ propre. Dans la discussion, les orateurs laisseront échapper des propositions qui révoltent notre sentiment très vif de la distinction du spirituel et du temporel. « Nous sommes une convention nationale, dira Camus ; nous avons assurément le pouvoir de changer la religion, mais nous ne le ferons pas. » « Un Etat, ajoutera Treilhard, peut admettre ou ne pas admettre une religion. » Malouet lui-même laissera échapper ces paroles : « Il ne dépendrait pas plus de nous d'abolir le catholicisme en France que le gouvernement monarchique ; mais la nation peut, s'il lui plait, détruire l'un et l'autre... par un vœu unanime, légal, solennel, exprimé dans toutes les subdivisions territoriales du royaume ^. » Comment, avec de telles dispositions, de tels principes, être arrêté par des questions de mission, d'institution canonique, de primauté pontificale? Quand, selon le mot de Camus, on pouvait changer la religion, comment n'avoir pas le droit de tailler à son gré les limites des diocèses, et de mettre des prélats à leur tête, sans trop s'inquiéter du pape, de faire, en un mot, une nouvelle Eglise et un nouveau clergé ? Mais cette nouvelle Eglise, cenouveau clergé, ne voyez-vous pas, s'ëcrie-t-on, que l'opinion les réckfmc à grands crisPLe mot abus ^ qui a retenti si souvent dans la bouche des constituants occupés à réformer l'Etat, n'est-il pas aussi très justement appliqué à l'Eglise ? Telle est ici la force de la vérité que les prélats les plus qualifiés, et parfois les plus atta-

1. Malouet, discours du 13 octobre, 1789. — Treilhard, discours du 30 mai, 1790. — Camus, discours du 1"' juin, 1790.

chés au passé, en conviennent. Nous recueillons l'aveu qu'il y avait des abus, non seulement dans la bouclie d'un Boisgelin, archevêque d'Aix, mais dans celle d'un Bonal, évêque de Clermont, d'un Le Mintier, évêque de Tréguier ^. Ce mot d'abus, ainsi échappé timidement des lèvres épiscopales, sera, répété avec l'éclat du tonnerre par la voix de tribuns tels que Mirabeau, et c'est à ce cri de ralliement que les pontifes laïcs du comité ecclésiastique vont entreprendre de refaire l'Eglise, en lui rendant sa virginité primitive. Voidel s'écriera avec emphase à la tribune de la Constituante : « Vous avez foudroyé les abus. » Quelles que fussent la témérité, l'audace des réformateurs, ils lï'auraient pas pu se jeter dans cette étrange aventure, sans le prétexte et l'excuse d'abus véritables à corriger dans le clergé de France. Malheureusement, comme dans le protestantisme, pour améliorer ils commencent par tout détruire, et, en définitive, c'est l'Eglise qui opère la réforme.

Qu'est-ce qui frappera tout d'abord les regards du comité dans l'ancienne organisation ecclésiastique ? Un publiciste de 1789 avait écrit: « Quand je réfléchis sur le clergé, sur le nombre infini des membres qui le composent, je pense aussitôt à un arbre touffu, embarrassé, écrasé sous le poids de ses branches, dont le nombre est presque infini, dont la plupart usent toute sa sève et ne portent aucun fruit ; je pense au figuier de l'Evangile et à l'usage qu'il faut en faire ~. » S'inspirant de la même im-

1. « Réservous notre indigaation pour les abus qui ont défiguré Ic^ beauté de l'Eglise. » Mandement de l'évèque de Saint-Claude.

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