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Tableau moral du clergé, 17S

pi'esion,Treilliard résume eii ces termes les abus de l'Eglise de France: «Des établissements sans objet et sans utilité, des évêchés et des cures d'une étendue démesurée ou d'une petitesse extrême, des grâces versées sans discernement et sans choix, des hommes oisifs largement salariés, des hommes utiles négligés et dans l'indigence, tel est le tableau que nous offrait l'organisation du clergé. » Un antre réformateur, l'abbé Laurent, veut « mettre en fuite cette nuée de frelons avides et paresseux », ces ecclésiastiques étrangers au ministère, « dont Paris est

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Aussi, ce qui tombera tout d'abord sous les coups de ces censeurs impitoyables, ce seront les situations inutiles, les bénéfices simples, titres sans charge d'âmes, emplois sans responsabilité, créés, semble-t-il, pour assurer à quelques privilégiés l'opulence dans l'oisiveté. On oubliait que ces bénéfices simples, en procurant des loisirs aux titulaires, leur avaient souvent donné le moyen de servir, la religion par leur savoir. Tandis que dans « l'Eglise primitive », à laquelle il s'agit de ramener le clergé

français, il n'y avait gaèrc que des offices sans bénéfices, les siècles ont créé, disait-on, une foule de bénéfices sans office. De là, dans toutes les provinces et sur le pavé de Paris, cette nuée de prêtres et de clercs libres, abbés commendataires, abbés do cour, prieurs et chapelains, dignitaires, chanoines et prébendes de tout genre, véritables parasites de l'Eglise, plus occupés à manger ses revenus qu'à édifier les fidèles.

La réaction contre un mal réel mais dépeint sous les couleurs les plus sombres, va emporter les chapitres même de cathédrale. Ni leur possôssion de dix siècles, ni la perpétuité de la prière, ni l'éclat du culte par eux as-

•1. TreilliarJ, discours du 30 mai 1790. — Abbé Laurent, Essai sur la réforme du clcrgd 1789, p. 198, 199.

sures dans les grandes basiliques, ni leur privilège de gouverner le diocèse pendant la vacance du siège, ne peuvent les sauver de la ruine. Les promoteurs de la constitution civile ne veulent voir dans les chanoines que des personnages encombrants et oisifs, plus occupes de leur costume et de leur hermine que de l'office public, possédés d'un esprit processif qui en fait plutôt les adversaires que les collaborateurs de Févêquei-Ici l'imagination du comité ecclésiastique, servie par l'étude de l'histoire religieuse, se porte vers ces âges reculés, où l'église cathédrale n'était pas seulement l'église mère de tout le diocèse, mais encore la seule église paroissiale de toute la ville, avec l'évêque comme pasteur immédiat, l'évêque prêchant, baptisant, confessant, administrant les- sacrements, conduisant, en un mot, son troupeau comme un simple curé, ayant autour de lui ces prêtres, ces diacres, qui ont constitué depuis le chapitre de la cathédrale, mais qui alors étaient les collaborateurs de son ministère dans la ville épiscopale, et son conseil pour la direction du diocèse. Le comité ecclésiastique, désirant ressusciter cette antique discipline, fait de l'évêque le pasteur immédiat de l'église cathédrale, et lui donne pour vicaires les anciens curés des paroisses de la ville qui, unis aux prêtres choisis par lui, l'assisteront, au nombre de douze ou de seize, à la fois dans l'administration de l'église cathédrale et dans le gouvernement du diocèse. Le premier vicaire épiscopal exercera la juridiction, qui jusqu'alors était dévolue au chapitre après la mort de l'évêque. Il n'y a désormais pour tout le diocèse qu'un seul séminaire, établi à l'ombre de l'église mère. Là, les jeunes lévites viendront se former à leur futur minis-

1. Les chanoines sont attaqués notamment par Marlineau (rapport cité), par Treilhard (discours du 30 mai 1790;. « Ce relâchement est si public et SI notoire, dit Trcilhard, qu'on représente communément l'insouciance, la mollesse et l'oisiveté, sous l'emblènie d'un chanoine. »

tère, et « essayer leurs forces k l'école de l'évêque et de son clergé. »

On objecta au comité ecclésiastique qu'il accablait l'évêque sous prétexte de l'occuper, que les vastes diocèses modernes ne ressemblaient guère à ceux de la primitive Eglise. Ces difficultés ne pouvaient arrêter des législateurs convaincus de l'excellence de leur œuvre. Ils s'applaudissaient d'avoir substitué « l'évêque-curé » à l'ancien évêque gentilhomme, trop étranger aux occupations du ministère pastoral. Cet « évêque-curé » était dans les vœux, nous l'avons vu, de beaucoup de cahiers, de beaucoup de réformateurs en 1789. Nous l'avons établi, dit Durand de Maillane, et nos adversaires lui font mauvais accueil. «Un évêque-curé leur a paru une sorte de monstre dans la hiérarchie de l'Eglise. Un évêque, disent-ils, n'est qu'un intendant, un inspecteur de son diocèse. Cette intendance, elle seule, lui donne assez à faire pour qu'on le surcharge encore de fonctions curiales qui l'empêcheront de vaquer aux fonctions propres de son épiscopat. » Si, ajoute Durand de Maillane, on n'a pas encore pour ce nos curés-évêques » tout le respect qu'on donnait à leurs prédécesseurs, ce n'est point que ceux-ci fussent plus pieux, plus savants, mais « ils étaient nobles, ils étaient riches, brillants, fastueux. » L'esprit public se fera vite à ce changement et, pour l'y aider, Durand de Maillane ^ rappelle ces belles paroles de Grégoire de Nazianze, accusé lui. aussi d'avoir un train épiscopal trop modeste : cr Je n'avais pas compris que je dusse disputer de magnificence avec les consuls, avec les gouverneurs, les généraux d'armée ; ou qu'en abusant des biens des pauvres pour contenter mon luxe, je pusse dissiper en superfluités les richesses dont je suis l'économe. Je n'avais pas compris

1. Durand de Maillane, Histoire apologétique du comité ecclésiastique, p. 268, 269, 271.

qu'an évêque dût se faire porter clans un cliar pompeux, et se faire suivre par une si grande foule, que sa marche fût aperçue de bien loin. »

La simplicité des nouveaux pontifes, est donc dans la pensée de l'Eglise et dans l'esprit de l'Evangile. Désormais r évêque, avec sa double attache de premier pasteur du diocèse et de curé de sa cathédrale, ne pourra plus être tenté de manquer à la résidence. Les anciens chanoines, plaideurs et inutiles, ont cédé la place aux vicaires épiscopaux chargés d'assister l'évêque dans son gouvernement comme dans son ministère. Avec les chanoines, les vicaires épiscopaux font disparaître ces légions de grands vicaires dont les prélats encombraient leur évêché, moins pour en faire des conseillers que des commensaux, des charmeurs de leur solitude et une sorte de décor ecclésiastique, ces abbés de grande naissance prenant pour la plupart un brevet de vicaire général, moins pour s'attacher à la besogne administrative que pour s'ouvrir les portes de l'épiscopat ^.

Voilà donc les bénéfices simples, les titres sans fonctions, les canonicats, les abbayes commendalaires, les situations créées pour la fortune des abbés de condition, désormais anéantis. Les chapitres même de cathédrale sont frappés à mort ~. Robespierre avait dit dans la

1. Treilhard, qui attaquait naguère les chanoines des cathédrales, ne pouvait épargner les grands vicaires. «De grands emplois, dit-il, étaient confiés à des mains inhabiles ; l'incapacité traînait à sa suite le dégoût des dcToirs et l'aversion pour le lieu où on devait les remplir. "On citait comme des modèles un petit nombre de prélats qui résidaient exactement. Il fallait donc des grands vicaires ; et comme on les choisissait encore le plus souvent dans la classe exclusivement destinée aux grands offices ecclésiastiques, ces coopérateurs s'occupaient encore plus du soin de solliciter des grâces que de celui de les mériter; et enfin le diocèse était souvent livré à quelques secrétaires obscurs qui, après de long travaux, trouvaient heureux d'obtenir un petit bénéfice ou une pension. » Treilhard, discours du 30 mai 1790. — Durand de Maillane, loc. cit. p. 266, attaque aussi les grands vicaires.

2. Le décret fut voté en ces termes : « Les dignités, canonicats, prébendes, demi-prébendes, chapelles, chapellenies, tant des églises cathé-

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discussion : « Il ne peut exister dans la société aucune fonction qui ne soit utile. Devant cette maxime disparaissent les bénéfices, les cathédrales, les collégiales. » Robespierre poussait les conséquences du principe jusqu'à la proscription des archevêques et des cardinaux,

La suppression des ministres inutiles a 'déjà simplifié l'armée ecclésiastique. Le remaniement des paroisses et des. diocèses va permettre de la réduire encore. Comment, en effet, n'être point frappé de l'anomalie des circonscriptions anciennes ? « Nous voyons, disait le rapporteur du comité, Martineau, des diocèses qui ne comprennent pas plus de quatre-vingts, soixante, cinquante, quarante, trente, vingt et même dix-sept paroisses ; tandis que d'autres en renferment jusqu'à cinq, six, huit, et même quatorze cents. Il en est de même de la distribution des paroisses. Celles-ci s'étendent à des distances fort éloignées et sur une très grande population ; celles-là comprennent à peine quinze ou vingt habitants, et semblent n'avoir été établies que pour quelques familles privilégiées. )) Voidel accusa les papes d'Avignon d'avoir peuplé d'évêchés la Provence et le Dauphiné, moins dans l'intérêt des peuples que dans le leur. L'abbé Grégoire insista sur l'inégalité des paroisses. A Paris, disait-il, Saint-Sulpice, Saint-Euslache, comptent quatre-vingts à cent mille âmes, tandis que Sainte-Marine, Saint-Pierreaux-Boeufs, Soint-Denys-du-Pas, et plusieurs autres, égalent à peine une paroisse de campagne. Sur les quatorze paroisses que compte Lj^on, celle de Saint-Nizier c(miprénd à elle seule la moitié des habitants. Laon a seize paroisses, Saint-Quentin onze, Noyon neuf, alors que trois suffiraient. Cahors en avait neuf, réduites depuis à

drales que des églises collégiales; et tous, cliapitres réguliers ou séculiers de l'un ou l'auli-e sexe; les abbayes et prieurés en règle ou en commeude; et tous autres béaéiices et prestimonies quelconques. ..sont éteints et supprimés sans qu'il puisse jamais en être établis de semblables. »

trois. D'autres abus appellent une réforme. Tel hameau est partagé entre deux paroisses, ou appartient alternativement clans sa totalité à l'une d'elles. Là, telle métairie, telle enclave, sont séparées de 1-a paroisse par plusieurs autres. Parfois la ligne de démarcation, coupant la maison, « répartit à diverses cures, les divers ménages qui la composent. » Il était possible et utile de corriger ces anomalies, qu'explique la formation des paroisses avec l'accroisse tiient des populations à travers les âges. Grégoire met en garde les législateurs contre la manie du bouleversement. « H y a incontestablement, dit-il, plus de paroisses à ériger qu'à supprimer l. » Il réussit à modérer les projets destructeurs du comité quant aux paroisses. Celui-ci se donna libre carrière sur les évêcliés.

Taillant dans la carte ecclésiastique comme dans la carte politique et administrative, rassemblée déclara qu'il y aurait désormais quatre-vingt-trois diocèses, comme il y avait quatre-vingt-trois départements de même étendue et de même nom. Les nouvelles appellations empruntées aux fleuves, aux montagnes, n'avaient ni consonnance, ni parfum d'Eglise primitive. Cinquante-trois évêcliés étaient brutalement supprimés. En retour, la loi décrétait des évêcliés dans des villes qui n'en avaient jamais eu; savoir, Sedan, Colmar, Vesoul, Laval, Versailles, Cliâteauroux, Guéret et Saint-Maixent. Neuf métropoles ecclésiastiques étaient érigées; une nouvelle était créée. L'extinction

1. Cf. abbé Gi'égoirè, Observations sur le cléerei de l'assemblée nationa' le qui ordonne une nouvelle circonscription n'es paroisses'. 1790. — Le premier projet de- décret ne reconnaissait qu'une paroisse dans les villes audessous de 10 000 âmes, et statuait que toutes les paroisses de la campagne non distantes de plus de trois quarts de lieu, seraient réunies à la paroisse de la ville. Le décret portait que chaque paroisse rurale devrait avoir au minimum trois quarts de lieu en tout sens. — Devant les réclamations des habitants et autres, on abaissa le chiffre des Ailles de 10 000 à 6 000 âmes, et on ne fixa point de limites pour I33 paroisses rurales, dont la circonscription dut être dét-erminée par les autorités administratives et l'évêque.

brutale de cinquante-trois églises, dont plusieurs remontaient aux âges les plus reculées, fondues désormais, au nombre parfois de cinq, de six, dans un nouveau et unique diocèse, fit pousser des cris de douleur à ceux qui ne voulaient pas mourir. Ce qui était plus grave, c'est que ces mesures, où il s'agissait d'un transfert de juridiction religieuse, étaient prises par le pouvoir civil à l'exclusion de la puissance ecclésiastique. Mais rien n'arrêtait les constituants dans leur beau zèle de législateurs spirituels.

Maintenant que les membres inoccupés du corps ecclésiastique ont été extirpés comme une excroissance inutile, maintenant que la carte des diocèses et des paroisses va être remaniée, de façon à établir entre eux plus de proportion et d'harmonie, il s'agit de déterminer le mode de nomination aux bénéfices. Les pères du comité ne peuvent rappeler ici la pratique de l'ancien régime sans se voiler la face. Qu'est-ce qui réglait alors les nominations? le concordat, « ce concordat, disait Mirabeau, profane et scandaleux», passé « entre un pape immoral et un desposte, à l'insu de l'Eglise et de l'empire », pour partager entre les « deux usurpateurs les droits et l'or des Français. On vit la nation, le clergé à sa tête, opposer à ce brigandage tout l'éclat d'une résistance unanime, redemander les éleclions, et revendiquer avec une énergique persévérance la Pragmatique, qui seule avait fait jusqu'alors le droit commun du royaume. Et c'est ce concordat irréligieux, cette convention simoniaque qui au temps où elle se fit, attira sur elle tous les anathèmes du sacerdoce français, c'est cette stipulation criminelle de l'ambition et de l'avarice, ce pacte ignominieux qui im-

primait, dépuis des siècles, aux plus saintes fonctions, la tache honteuse de la vénalité, qu'aujourd'hui nos prélats (les prélats députés qui avaient signé l'Exposition des principes) ont l'impudence de réclamer au nom de la religion, à la face dé l'univers, à côté du berceau de la liberté j dans le sanctuaire même des lois régénératrices de l'empire et de l'autel ! » Mirabeau assombrit le tableau et accumule h plaisir ses anathèmes contre cette convention entre François P"^ et Léon X, qui régit pendant trois siècles l'Eglise de France. « Il y avait, dit-il, des sièges pontificaux à remplir et le roi les donnait ; il y avait des titres de riches abb.ayes à conférer, et la cour les conférait. Une très grande partie des bénéfices-cui'es étaient à la disposition des patrons ou des collateurs laïcs, et ces laïcs en disposaient. Un non catholique, un juif, par la simple acquisition de certaines seigneuries, devenaient les arbitres de la destinée de la religion et de l'état moral d'un grand nombre de paroisses. Ainsi les grands titres et les grandes places de l'Eglise se distribuaient sans la participation et même à l'insu du clergé *. »

Pendant que Mirabeau déchargeait ainsi sa colère contre le concordat, contre les nominations royales, contre la feuille des bénéfices, qu'il appelait « un des plus puissants moyens de corruption », Martineau attaquait dans son rapport tout le système de collation en usage dans l'ancien régime. Quel enchevêtrement, quelle complication étrange de droits et de privilèges ! droits de patronage laïc et ecclésiastique, droits de nomination royale et seigneuriale, résignation et permutation, induits, courses ambitieuses en cour de Rome, « une foule d'autres inventions bizarres, dit Martineau, attachaient à la possession d'une terre, d'un office, ou à la vitesse d'un cheval, le

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