‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 197 sur 354 · Lettre pastorale du 7 février · texte numérisé non relu

Lettre pastorale du 7 février

3. Voici la formule de serment proposée par l'évêque de Clermont dans cette séance du 2 janvier 1791 : « Je jure de veiller avec soin sur

duite suivie universellement par les prélats et tracée par eux à leur clergé. M. de Sabran, évêque He Laon, prescrit, par exemple, à ses prêtres de « prêter le serment civique en ce qui concerne la constitution politique de l'Etat » ; ils devront excepter « tous les objets essentiellement de la puissance spirituelle *. » M. do Juigné, archevêque de Paris, écrit de Ghambéry^le 7 février 1791 : « Nous avons prêté le serment civique l'année dernière.» M. de Boisgelin, dans sa lettre au roi du 1®'' décembre 1790, pose ces deux principes : « 1** que la religion ne doit point être mêlée aux discussions politiques ; 2" que l'Eglise doit faire, dans la crainte d'une scission, tout ce qu'elle peut faire. » Quelques mois plus tard, écrivant aux électeurs des Bouches-du-Rhône, l'archevêque d'Aix leur dit: « Nous avons prêté deux fois le serment civique,

nous le renouvelons encore dans toute son étendue

Quand il s'agit des lois civiles, ce sont les législateurs qui décident souverainement » , mais dans la partie ecclésiastique de la constitution, « il s'agit de la discipline de l'Eglise, des règles de la mission divine, des formes de constitution canonique ^ » j ces questions sont le domaine réservé à l'Eglise.

les fidèles dont la conduite m'a été ou me sera confiée par l'Eglise ; d'être fidèle à la nation et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir, en tout ce qui est de l'ordre politique, la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi, exceptant formellement les objets qui dépendent essentiellement de l'autorité spirituelle. »

1. Abbé Pécheur, Annales du diocèse de Soissons, t. VIII, p. 94.

2. Lettre de Boisgelin, du 22 février 1791. Collection ecclésiastique de Barruel, t. X, p. 340-364. — Lettre de Juigné, ibid., t. IX, p. 47. — L'évêque de Béziers écrit le 14 janvier 1791 : « Je commence d'abord par protester hautement de ma soumission la plus parfaite à la puissance civile dans tout ce qui est de son ressort. Je crois que relativement aux objets temporels, elle est souveraine, indépendante, pbsolue, qu'au dessus d'elle il n'y a que Dieu seul. » Collection ecclésidstique, IX, 125. — L'évêque de Digne écrit (Aubert p. 111) : v* J'ai prét^ de bon cœur le serment civique. » — L'archevêque d'Auch écrit le 28 novembre 1790 : « Je professe hautement l'obligation d'être soumis à la puissance temporelle en tout ce qui est de sa compétence ; je donnerai, je l'espère, toujours

Cette prudence, cette correction irréprochable, que les évêques montrent dans leurs écrits, ils l'apportaient également dans leurs relations avec leur entourage et les autorités locales. Les histoires provinciales nous les représentent généralement pleins de réserve dans leurs appréciations, s'enfermant dans une discrétion absolue, lorsque pourtant les événements, les graves nouvelles apportées de Paris par chaque courrier, sembleraient provoquer des commentaires aigre-doux et même des récriminations, s'associant, au besoin, aux manifestations civiques, gardant enfin avec les magistrats improvisés et parfois mal appris que la nouvelle organisation venait de faire sortir des entrailles du peuple, cette urbanité et même cette bienveillance qui siéent à des évêques gentilshommes *.

La singulière prudence de l'épiscopat, sa vigilance extrême à se renfermer dans les limites de ses attributions, à rendre, comme il le répète dans tous les mandements, à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, contrastent avec l'intrusion inouïe de la Constituante dans le domaine ecclésiastique. Au fond, dans cette grave question de la constitution civile, ce n'est point l'Eglise qui fait de la politique, c'est l'Etat qui fait de la religion.

Il semble bien ressortir de toute l'histoire de la Révolution, que les démocraties n'aiment pas plus que les mo-

l'exemple de respecter l'ordre public. » L'évêque de Bayeux dit: « Je déclare que, quelque attaché que je sois aux droits de cette Eglise, pour la défense de laquelle je verserais mon sang, je. n'en serai ni moins soumis aux lois du royaume, ni moins zélé pour ma patrie. » Collection ecclésiastique, III, 100.

1. Voir, par exemple, l'extrême prudence de Mgr d'Aviau, arctevêque de Yienae, Lyonnet, op. cit., I, p. 280, 304-308, 322-329.

366 LES ÉVÉQUES

narchies la distinction du spirituel et du temporel que le christianisme a mis sa gloire à faire triompher dans le monde. Durant presque tout le cours de cette époque tourmentée, les maîtres qui se succèdent sur la scène politique, entendent bien gouverner tout l'homme. A la Constituante, les légistes trouvaient cette ingérence ecclésiastique dans leurs traditions. Les députés philosophes, sans vouloir revêtir la défroque des parlementaires, avaient appris de Rousseau que l'Etat peut imposer une sorte de religion civile. Ils ne manquèrent pas de s'inspirer de ces principes.

Les législateurs furent avertis du danger d'une telle usurpation. « L'expérience de tous les siècles et de tous les pays, leur disait M. de Bausset, démontre que rien n'est plus fatal au repos des sociétés que la réunion des pouvoirs qui doivent régir l'homme dans l'ordre de la religion et dans le rapport de leurs actes civils. > L'évêque d'Alais montrait le grand péril qu'il y a toujours à envahir le domaine de la conscience. « Que de malheurs, disait-il, on aurait épargné à cet empire, déjà déchiré par tant de haines et de passions, si l'on eût du moins respecté le seul asile où les hommes, affranchis de la domination de leurs semblables, recouvrent leur indépendance et leur liberté primitive, pour n'obéir qu'aux lois et à la voix de Dieu qui leur a transmis ses préceptes... La conscience résiste à toutes les contradictions qui changent si souvent les intentions humaines ; et ce n'est jamais sans produire les plus violentes convulsions, que l'on hasarde ces tristes combats de la force avec l'opinion, pour usurper des pouvoirs distincts et séparés, ou exercer des droits qu'il est aussi facile de concilier que dangereux de confondre. * »

1. « La religion catholique, ajoute M. de Bausset, destinée à devenir la religion du monde entier, ne devait point suivre les révolutions des empires, ni les caprices des passions humaines. C'est bien assez que les

L'évêque de Sisteron, M. de Bovet, venait confirmer rargamentation de M. de Bausset. L'on a cru, disait-il, qu'on « commanderait aux opinions religieuses comme aux opinions politiques », et Ton est venu ajouter à « l'agitation, violente mais passagère, des esprits, les inquiétudes plus durables de la conscience *. »

Cette argumentation irritait les promoteurs de la constitution civile du clergé. Ils ne voulaient pas convenir qu'en la décrétant la Constituante eût mis la main à l'encensoir. « Mais montrez-nous donc, disait Grégoire, quel est le dogme qu'on attaque, quelle est la vérité qu'on ébranle, quel est le sacrement dont on prive les fidè-

hommes soient condamnés à subir dans toutes les relations sociales les effets des vices et des imperfections de cette prétendue sagesse humaine qui crée, détruit .élève, abat et rétablit, sous mille formes différentes, des institutions fragiles auxquelles chaque législateur attache toujours la trompeuse et magnifique promesse d'un bonheur durable. Il faut au moins qu'au milieu de tant d'agitations, les hommes puissent reposer leurs pensées et placer leurs espérances dans l'ordre immuable d'une religion invariable dans ses préceptes, uniforme dans son culte, constante dans sa discipline. Pourquoi ces idées simples et naturelles ne seraient-elles pas alliées avec toutes les expériences politiques, dont la France subit en ce moment le pénible et dangereux essai. » Mgr de Bauàset, loc. cit. p. 13-17.

1. « Quelle main ennemie, dit l'évêque de Sisteron, est venue semer un nouveau sujet de discorde, et joindre à l'agitation, violente mais passagère, des esprits, les inquiétudes, moins actives mais plus durables, de la conscience ! Dans l'ordre politique, l'homme plie et se façonne sous le joug de la loi : sa religion est à lui. C'est la propriété de son cœur, et celle qu'il défendra avec plus de raideur et de persévérance contre l'autorité et la force. A-t-on cru que l'on changerait les opinions religieuses comme l'on commanderait aux opinions politiques ? N'était-ce pas assez d'avoir à ramener les unes, sans se créer le gratuit et périlleux embarras de subvertir et de contraindre les autres ? Que résultera-t-il de cette lutte si impolitiquement établie entre la religion et la loi, et, — osons le dire, puisqu'enfin il est notoire que la France est catholique, et qu'il n'est pas certain qu'elle veuille cesser de l'être, — entre la religion de la majorité et la loi qui ne devrait exprimer que son vœu, entre la croyance qui reste nationale et le culte devenu constitutionnel. Voyez déjà les peuples alarmés sedemanderà qui désormais, dans leurs besoins spirituels, ils pourront recourir. Voyez dans les assemblées électorales ellesmêmes le grand nombre de ceux qui s'éloignent et évitent de participer à des actes que leur foi condamne. » Lettre de M . l'évêque de Sisteron aux électeurs du département des Basses-Alpes, 14 mars 1791.

les, quelle est la vertu dont la pratique leur soit interdite K » On sait que la question fut portée à la tribune. On entendit Grégoire protester solennellement que l'assemblée n'avait pas voulu toucher, Mirabeau, quelle n avait pas touché au spirituel. Survenait alors l'évêque de Cbâlons-sur-Marne qui répondait avec vigueur : Vous prétendez qu'on n'a pas touché au spirituel, qu'on n'a pris que des « arrangements temporels. Mais quoi! n'estce pas un dogme catholique que la nécesssité de l'institution canonique? N'est-ce donc pas un dogme catholique que la supériorité des évêques sur les ministres inférieurs ? N'est-ce donc pas un dogme catholique que le droit exclusif des premiers pasteurs à l'enseignement et à l'exercice de leur juridiction spirituelle ? N'est-ce pas un dogme catholique ique la primauté exercée de droit divin par le successeur de saint Pierre, primauté qui n'est pas un vain nom, mais un vrai titre de surveillance et de gouvernement, qui ne le place ainsi au sommet de la hiérarchie, que pour en faire le suprême modérateur de l'Eglise universelle ~. » L'évêque de Troyes, après avoir fait la même démonstration que l'évêque de Châlons, s'écriait : « C'est là ce qu'on appelle une constitution civile, qui ne porte aucune atteinte au gouvernement

Page 1