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CHAPITRE QUATRIÈME

Modération extrême de l'épiscopat

I. Les évoques disposés aux plus grandes concessions. — La solution de Mgr de la Tour-du-Pin. — Combien juste était la demande formulée par l'épiscopat de se concerter avec l'autorité spirituelle en matière spirituelle. — Conduite des archevêques de Vienne et de Bordeaux. — Défaillance de M. Gicé. — Lettre très large de M. de Boisgelin au pape. — II. Comment on peut présumer qu'un concile national eût accepté, non seulement la réduction dès diocèses, mais encore un mode d'élection, une transformation profonde des chapitres et des conseils épiscopaux, des synodes périodiques. — L'évèque de Perpignan offre déjà d'entrer dans cette voie. — L'évèque de Saint-Claude, dans un mandement étonnant, appelle les curés à délibérer en synode. — Enfin, les évêques siégeant à la Constituante, donnent une preuve suprême de leur désir de conciliation, en offrant en corps leur démission au pape. — Comment lissé sacrifient eux-mêmes pour faciliter le rétablissement de la paix dans l'Eglise de France. — Admirable langage. — La grande difiiculté de la constitution civile était l'institution canonique des évêques, qui est un des droits de la primauté pontificale-. — Les évêques, sans vouloir prendi'é partie, insinuent que la pape pourrait céder cette prérogative aux métropolitains. — III. Temporisation de Pie VI. — Il est -pressé d'intervenir par les évêques de France et les cardinaux de Rome. — Extrême prudence de la papauté, a laquelle on avait reproché d'avoir perdu l'Angleterre par trop de précipitation. — Il était habile de laisser, se' former un mouvement de résistance en France. — Comment Louis XVI consulte Rome et agit sans attendre la réponse. — Les événements se précipitent et rendent toute conciliation impossible. — Bref du pape portant condamnation de la constitution civile.

L'épiscopat résiste parce qii'onveut l'acculer au schisme et le séparer du pape ; mais quelle modération dans cette résistance même ! Quand on suit, à l'aide des documents contemporains, la marche de l'Assemblée et celle des évêques, dans cette triste campagne de la constitu-

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tion civile du clergé, on est frappé de l'emportement de la Constituante et de la prudence de l'épiscopat. L'opinion des prélats sur la législation nouvelle est rapidement formée, mais quel esprit de conciliation les anime ! Qu'on relise le très important Mémoire présenté au pape, dès le 7 août 1790, par l'arcllevêque d'Auch, M. de la Tour-du-Pin-Montauban. Ce prélat signale avec force et précision les vices de la constitution ; mais sur chaque article il indique les concessions qu'on pourrait faire. Au point qu'on sort de cette lecture avec la conviction que l'acceptation presque totale de la constitution civile du clergé est possible, et même probable, avec l'assentiment du pape ^. Tel est alors le désir de paix dans l'épiscopat et sa confiance dans une entente ultérieure, que nous voyons un des prélats les plus fermement attachés à l'Eglise et à la monarchie, celui-là même qui devait trouver la mort dans l'expédition de Quiberon, M. de Hercé, évêque de Dol, conseiller à Michel de Vauxponts, chanoine de sa cathédrale, d'accepter l'évêché du Mans auquel il venait d'être élu dans les lormes établies' par la constitution civile ~.

Au début de la discussion sur ces nouvelles lois, M. de Boisgelin avait demandé la convocation d'un concile national, et ce vœu fut formulé plus tard avec instance par l'évêque de Clermont, par tous les prélats signataires de l'Exposition des principes. Cette requête ne fut point accueillie par l'assemblée qui, convaincue de son omnipotence en matière, ecclésiastique comme en matière civile, ne voulait pas plus conférer avec l'Eglise de Frçince qu'avec le pape. Elle eut tort ; car en suivant les voies canoniques, elle aurait obtenu presque toutes les

1. Ce mémoire de l'arclievêqua d'Auch est donné en entier par Theiner, op. cit. I, 284-297.

2. Cf. dom Piolin, l'Eglise du Blans pendant la Re'colution, t. I, p. 95-99.

concessions, réalisé presque toutes les reformes qu'elle avait préféré décréter brutalement. Nous ne prétendons pas que la constitution civile du clergé, telle qu'elle était formulée, fût acceptable, puisqu'elle fut condamnée par deux brefs du Saint-Siège.. Nous disons simplement que par voie de négociation, on serait arrivé à s'entendre, et que beaucoup de changements, réclamés h tort comme des droits par la Constituante, auraient pu devenir légitimes avec le consentement de la papauté.

L'Exposition des principes établissait avec force, aunom de l'unanimité de l'épiscopat, la doctrine et, selon son titre même, les principes, a Nous n'avons pas fait notre religion, disaient les' évêques députés dans ce grave document, nous l'avons reçue de nos pères, telle qu'ils l'avaient reçue des leurs, jusqu'à remonter aux apôtres. » Tout esprit impartial, tant soit peu au courant de l'enseignement théologique, sait que le remaniement des diocèses, le nouveau mode d'institution établi par la Constituante, impliquaient des questions de juridiction, qui ne pouvaient être résolues sans l'intervention et l'agrément de l'autorité ecclésiastique, puisqu'elle seule avait qualité pour accorder ou retirer des pouvoirs spirituels. Or, que déclarent les signataires de l'Exposition ? Opposent-ils une résistance absolue aux décrets de l'assemblée ? Non, ils demandent l'avis de l'autorité spirituelle en matière spirituelle. Ils disent : « Nous avons réclamé la convocation d'un concile national... Nous avons réclamé, pour les objets purement spirituels le recours aux formes canoniques, et pour les objets mixtes, le concours de la puissance civile et de la puissance ecclésiastique. » Les évêques ne dissimulent pas qu'ils sont disposés aux concessions les plus larges. Ils avouent qu'ils ne songent nullement à « maintenir des institutions qui ne sont pas de première nécessité.» S'ils demandent que l'Eglise soit représentée comme la nation», dans une négociation où il s'agit si manifestement

de l'intérêt de rEglise,ils protestent de leur désir de concorde et de paix.«Nous voulons, s'écrient-ils, éviter le schisme... Il n'y a pas de moyens légitimes d'examen, de conciliation et de décision, que nous n'ayons proposés *.» Ce n'étaient point là de vaines paroles. C'est avec raison que le cardinal de Bernis pouvait écrire de Rome : « Si l'on se décidait à s'entendre avec le pape et avec les évêques du royaume, au lieu de jeter à bas toutes les lormes de la catholicité, on parviendrait avec un peude temps à tout concilier et arranger. » Loin que la demande d'un concile national fût un moyen dilatoire, loin que ce concile fût réuni pour tout rejeter, comme le prétendit Durand de Maillane ^, les écrits du temps nous disent assez quel large esprit de conciliation eût animé une pareille assemblée;. Dès le mois d'août 1790, le Mémoire de l'archevêque d'Auch suggère le moyen pour les évêques de consentira la nouvelle circonscription des diocèses. Il suppose le cas où le pape donnerait sa délégation aux métropolitains, « pour qu'ils puissent accorder validement et légitimement l'institution aux évêques. » Le l"*" août, les archevêques de Bordeaux et de Vienne, qui étaient dans les conseils du roi ; cinq mois plus tard, le l*^"^ décembre, l'archevêque d'Aix, adressaient au pape, toujours au nom de Louis XVI, des Mémoires concluant à ce qu'il autorisât la nouvelle division des évêchés et métropoles, l'élection des évêques et des curés, l'institution par les métropolitains, etc ^. On sait que le cardinal de Ber-

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