Loc. cit. p
3. « 1° Que Sa Sainteté autorise et confirme la division des métropoles et des évèchés, telle qu'elle est établie par le décret de l'assemblée nationale sur la constitution civile du clergé. 2° Qu'elle exhorte les métropolitains dont la métropole est supprimée ou restreinte, ou les évêques dont les diocèses sont supprimés ou démembrés, à donner leur consentement à cette nouvelle division, par les voies de sagesse et de cbarité qui doivent tendre au maintien de la religion catholique et de
nis avait été chargé, en sa qualité d'ambassadeur de France à Rome, de demander les mêmes concessions à Pie VI. Il est à remarquer que tous les prélats qui furent en relation plus directe avec le pouvoir, et qui virent peutêtre de plus près la grandeur des difficultés, Cicé, Pora- -pignan, Bernis, Boisgelin, acceptèrent de se faire les organes de propositions qui pouvaient sembler au pape une abdication. Une partie de Topinion se montra, en particulier, très sévère pour les archevêques de Vienne et et de Bordeaux, Lefranc de Pompignan et Champion de Gicé, que Pie VI avait demandé à Louis XVI de consulter, et auxquels op reprocha de n'avoir point fait connaître la lettre du 10 juillet adressée par le pape au roi, d'avoir même prêté leur concours à la constitution civile du clergé. M. Emery n'a point de peine à justifier Lefranc de Pompignan sur tous' ces points contre les inculpations de l'abbé Barruel. L'archevêque de Vienne avait simplement conseillé au pape une acceptation provisoire des décrets K Le cas de Cicé était bien plus grave. Loin
la tranquillité publique. 3° Qu'elle donne son autorisation à l'érection de nouveaux évêchés, avec le consentement des évoques diocésains et métropolitains. 4° Qu'cl/e autorise également les viétropolitains à donner l'Institution canonique aux nouveaux évêques, en attendant qu'il soit fait un arrangement définitif, "i" Qu'elle donne son approbation à l'établissement qui sera fait par les évèques, d'un nombre da vicaires qui rempliront les fonctions paroissiales dans l'église cathédrale, et qui formeront, comme dans les anciennes églises, le conseil habituel et permanent de l'évéque, sans que l'évêque puisse perdre la juridiction propre qui lui appartient, ainsi qu'aux réunions des curés qui doivent former la paroisse de l'église cathédrale. G» Qu'elle exhorte les évoques à donner l'institution et collation des cures vacantes à ceux qui lui seraient Jprésentés par voie d'élection, à moins qu'ils n'aient des raisons pour les refuser pour cause de moeurs ou de doctrine, sans rien préjuger^^^ur la forme des élections, en témoignant le vœu d'établir des élections^conformes à^l'esprit de la primitive Eglise, se réservant de faire une^réponse ultérieure sur les différents articles non répondus, ou répondus provisoiremenî. » Armoire de fer, N» 212. Mémoire mis sous les yeuxjdu roi, et envoyé au pape, écrit de la main de Boisgelin, en date du i'"' décembre 1790.
1. La lettre de Pompignan au pape, 29 juillet 1790, est donnée^ par Theiner, I, 282, 283. « M. de Pompignan, dit M. Emery,[|tomba'malade le 17 août, ne sortit plus de son appartement que pour aller au toinbeau.
de détourner Louis XVI d'adhérer à la nouvelle loi, on l'accusa de l'avoir poussé à la sanctionner. Ce qui est certain, c'est qu'il revêtit le décret de son sceau. Il se reprocha plus tard amèrement cette défaillance. Bien qu'il ait toujours énergiquement refusé de prêter serment à celte constitution civile qu'il avait promulguée, cette malheureuse complaisance restera une tache dans sa vie et fera son tourment. Dans les tristesses de l'exil, les émigrés et les déportés, sauront lui faire cruellement, expier ce qu'ils appelaient sa double trahison de l'Eglise et de la monarchie.
Un des amis de l'archevêque de Bordeaux, M. de Mercy, évêque de Luçon, eut occasion de tracer, en quelques pages très remarquables, l'histoire des « grandes fautes )) de M. de Cicé et des terribles épreuves qui en furent la conséquence. M. de Mercy ne dissimule pas qu'en M. de Cicé « le ministre ne se souvint pas assez qu'il était archevêque », et qu'ayant gardé le pouvoir après la promulgation de la constitution civile du clergé, — promulgation faite à son insu, et qui ne devait avoir lieu, disait l'archevêque de Bordeaux pour sa défense, qu'après l'assentiment du pape, — il paraissait avoir sacri-
après quatre mois de maladie ; nous avons sur ce point des témoignages irrécusables. Or, la sanction de la constitution civile ne fut donnée que le 24 du même mois. Il est donc évidemment faux que M. de Pompignan ait assisté, le 24, au conseil et qu'il y ait opiné pour la sanction. Il y a plus : c'est M. de Saint-Priest, alors ministre de l'intérieur, qui lui apprit cet événement; et un ecclésiastique respectable, attaché à la personne du prélat, et qui était alors dans son appartement, fut témoin des larraes amères qu'il répandit à cette nouvelle. Loin d'avoir coopéré à celte sanction, il est très probable a'si contraire que s'il avait assisté au conseil le même jour, elle n'aurait point eu lieu, parce qu'il aurait fortement rappelé au roi la promesse que le prince lui avait faite de ne jamais l'accorder... Trois ou quatre jours après la mort de M. l'archevêque de Vienne, le bref (du pape) ayant été trouvé dans ses papiers, et communiqué auxévêquesde l'assemblée, les plus zélés, tels que M. l'évêque de Glermont, jugèrent d'après sa teneur qu'il serait imprudent de le rendre public. » Notice par M. Emery. Œuvres de Mgr de Pompignan, I, p. 15, 16.
fié « sa conscience à son ambition on du moins à sa sûreté. » Quand M. de Cicé eut quitté le ministère, il demanda à signer l'Exposition des principes, et à s'unir à ses collègues des Etats généraux avec qui il avait rompu toute communication. Depuis ce moment, il marcha constamment et résolument avec eux, lançant, pour prémunir le clergé et les fidèles de son diocèse, des mandements où il joignait « à ses instructions ses gémissements sur ses fautes l. » Cette conduite rassura sa conscience, lui valut l'estime du pape et de ses collègues ; mais plu-
1. M. de Cicé eut plusieurs fois occasion de parler de sa conduite . Dans une lettre, il se montre indulgent pour ceux qui tout d'abord, et avant que l'Eglise eût parlé, ayaient prêté le serment à une loi traitant de matières délicates et confuses pour certains esprits. Il ajoute que lui-même avait cru devoir s'associer aux vues de paix qui avaient dirigé le roi, dans l'espoir qu'un accord interviendrait sur ces matières entre l'Eglise et l'Etat. Cf. Collcct. Eccl. XIII, 35-65. — Mais à mesure que les événements se déroulent, M. de Cicé se reproche de plus en plus amèrement ses complaisances. Il écrit le 10 février 1792 : « A la vue de ces scènes de sang et du schisme qui m^enace la France, qu'ils sont douloureux les souvenirs de ceux qui, comme moi, mêlés aux affaires publiques, ont cru pouvoir détourner la tempête par le moyen des tempéraments ! qui, loin de prévoir qu'une nation religieuse, renommée par son amour pour ses rois et par la douceur de ses mœurs, voudrait renverser le trône et l'autel,., ont été conduits par les circonstances à paraître céder pour un temps au torrent dans l'espoir de détourner plus sûrement ses ravages ; qui, engagés dans les liens d'un pénible ministère, frappés de terreur à l'aspect des plus éminents dangers (et plût au ciel qu'ils n'eussent menacé que ma tête I) ; pressés entre le double devoir de préserver l'oint du Seigneur et son arche sainte, se sont vus entraînés comme moi à prêter leurs noms à des actes qui répugnaient également à mes principes et au caractère dont je suis revêtu. » Le 9 août 1792, M. de Cicé accentue encore son repentir . a A Dieu ne plaise, s'éorie-t-il, que je veuille déguiser ou pallier mes erreurs ou mes fautes. Que sont les illusions devant les grandes pensées dont je suis pénétré !... Si parmi nos frères qui se sont voués à l'erreur, il en est qui, séduits par des apparences trompeuses, ont pu trouver dans ma conduite des prétextes pour colorer leur rébellion, qui n'auraient pas été désabusés par ma fidélité à la tradition apostolique, par mon adhésion aux principes des évoques français, par ma soumission filiale au Souverain Pontife, par mon enseignement constant, par la préférence que j'ai donnée sans balancer un moment aux privations et à l'exil, plutôt que de trahir la foi de mon Eglise et la miennne, que du moins cette manifestation de mes sentiments et de ma douleur dessille leurs yeux. »
402 LES ÉVÊQTJES
sieurs d'entre eiix lui demeurèrent hostiles. Un évêque l'attaqua publiquement. Chassé de France par les exécuteurs des décrets sur la constitution civile, honni d'un autre côté, malgré son repentir, par une partie du clergé fidèle, M. de Cicé ne savait où reposer sa tête, a M. l'archevêque de Bordeaux, écrivait M. de Mercy, n'a cessé d'être persécuté. Partout où il a été, il a été poursuivi ; partout on l'a regardé comme un déserteur de sa religion, comme l'auteur de tous les malheurs de la patrie. On avait voulu qu'il ne trouvât aucun asile. On lui a envié jusques aux. ressources, jusques aux consolations les plus ordinaires et les plus communes, dans tous les lieux où il a été forcé de traîner son exil », alors qu'une santé délabrée venait encore aggraver les étreintes de la misère. Le cardinal de Bernis ayant écrit à Cicé, en 1794, de ne point venir à Rome parce qu'il « y trouverait des confrères qui lui feraient la mine », l'archevêque de Bordeaux s'étonne de la haine persistante, de « l'odieuse conspiration », qui poursuivent jusqu'au siège de la catholicité un homme qui n'a pas craint « de s'humilier devant l'Eglise », et auquel le pape a témoigné une bonté si paternelle. « Ainsi, s'écrie-t-il, tout asile me sera fermé sur la terre ! car quel est celui auquel je pourrais aspirer si les bras du père commun sont fermés pour moi? ^ » M. de Cicé devait trouver plus tard des jours meilleurs, comme archevêque d'Aix, sous le Consulat et l'Empire.
Mais nous n'avons point ici à raconter les infortunes de Cicé. Ce que nous voulons retenir de la conduite des prélats plus directement mêlés aux négociations relatives à la constitution civile du clergé, c'est l'extrême modération dont ils étaient animés et qu'ils auraient apportée dans
1. Ces documents sont donnés par Theiner, op. cit. I, 425 - 429 ; I, 54 - 58.
Et LA dÔNSTÎTtÎTION CIVILE DU CLERGE 403
un concile national. Un document officiel, la lettre adressée au pape par les trente évoques de l'assemblée, nous les montre prêts à « tenter tous les sacrifices dans l'ordre delà discipline comme celui des intérêts temporels, »
Il ressort de ces pages et de l'Exposition des principes que l'accord eût pu se faire sur la démarcation des diocèses, sur les élections épiscopales, en exigeant des électeurs « le serment et la profession de la religion catholique », ou en appelant, comme l'avaient décrété les Etats d'Orléans, des citoyens élus à concourir à la nomination des évêques. Les prélats, sans sacrifier leur droit de collation des cures, sont disposés à tenir grand compte du suffrage populaire. Ils acceptent une transformation profonde des chapitres de cathédrale. Ils se rassurent au sujet du conseil que leur donne la constitution nouvelle, parce'que le décret «n'énonce pas que les délibérations seront prises à la pluralité des voix, » et que la consultation du conseil n'implique pas l'obligation pour l'évêque de suivre ses décisions. Ils admettent que le choix des vicaires, fait par les curés « parmi les prêtres approuvés, présente aux fidèles tous les motifs qui peuvent mériter leur confiance. » Ils disent enfin que toute leur résistance à la constitution civile du clergé a consisté, « tantôt h rappeler les formes canoniques qui manquaient aux articles susceptibles d'exécution, tantôt à substituer à des innovations que l'Eglise ne pouvait admettre des changements qui peuvent s'accorder avec ses principes, tantôt à prêter l'interprétation la plus favorable aux décrets K »
Ces dispositions si conciliantes des prélats dans leurs manifestations collectives, se retrouvent dans leurs publications particulières. L'évêque de Perpignan, M. d'Esponchez, se déclare prêt à organiser avec son synode diocésain « la nomination des curés par l'élection » ; il