‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 213 sur 354 · Collection ecclésiastique^ X · texte numérisé non relu

Collection ecclésiastique^ X

Tout a été dit sur cette fameuse séance du 4 janvier, 1791, où des prélats, des prêtres, qui n'étaient pas orateurs, interpellés sur le serment, surent trouver des paroles simples mais admirables, parce qu'elles partaient de l'âme. L'évêqued'Agen,M. de Bonnac, appelé lepremier,s'écria: « Je ne donne aucun regret à ma place, aucun regret à ma fortune ; mais j'en donnerais à la perte de votre estime. Je vous prie donc'd'agréer le témoignage de la peine que j'ai de ne pouvoir prêter le serment. » Aussitôt Fournetz, curé du diocèse d'Agen, se lève : «Vous voulez, ditil, nous rappeler aux premiers siècles de l'Eglise ; avec la simplicité des premiers chrétiens, je vous dirai que je me fais gloire de suivre mon évêque, comme Laurent suivit son pasteur. » Le vénérable évêque de Poitiers, M. de Sainte-Aulaire, put faire entendre ces paroles, au milieu de l'émotion provoquée par cette résistance inattendue : « J'ai soixante-dix ans, j'en ai passé trente-cinq dans l'épiscopat où j'ai fait tout le bien que je pouvais faire. Accablé d'années et d'infirmités, je ne veux pas déshonorer ma vieillesse, je ne veux pas prêter le serment ; je prendrai mon sort eu esprit de pénitence *. »

Quelle différence entre cette journée mémorable et celle

du 4 février 1790, où tous les évêques avaient prêté un

"serment spontané à la constitution civique 1 C'est qu'il

s'agissait alors de politique, et ils n'avaient qu'à s'incliner

devant la volonté de la nation. Mais, le 4 janvier 1791, la'

1 . Le clergé secondaire fut moins ferme; mais, par suite des rétractations, le nombre des ecclésiastiques membres de l'Assemblée qui prêtèrent le serment lut réduit à cinquante ou cinquante-cinq (Mercure d\x 15 janvier 17'Jl).

religion était un cause ; ce fut aussi la première fois que l'épiscopatprononça son non possumus , et opposa une véritable résistance aux décrets d'une assemblée toute-puissante. Ni les prières, ni les menaces, ni les cris de fureur d'une populace entassée dans les galeries pour arracher le serment par la terreur, ne purent arrêter sur les lèvres des évêques la protestation que nous venons d'entendre. Dès lors la situation change de face et le caractère des évêques grandit. Jusqu'ici ils ont suivi de décret en décret la Constituante, dans une course précipitée, sur une route semée partout de leurs ruines. Ils s'arrêtent enfin, parce que pour la première fois s'est dressée devant eux la barrière de la conscience. Le 4 janvier 1791 marque leur première victoire.

Le lendemain, l'un des témoins et acteurs de cette scène grandiose, M. de Béthisy, évêque d'Uzès, ne dissimulait pas sa satisfaction. « Le jour d'hier, écrivait-il, sera fameux dans les fastes du clergé de France. C'est le premier où j'ai eu quelque consolation. Si nous avions combattu pour la gloire, nous pourrions dire que nous n'avons rien à désirer ; mais un intérêt d'un ordre bien supérieur était réservé à notre courage. Je ne suis pas sans espoir que cette journée ne sauve la religion en France ; mais je sais au moins qu'elle l'a glorifiée. » Elle l'avait glorifiée en eiïet, et Mirabeau ne put s'empêcher de dire à un complice : « Nous avons pris leurs biens, mais ils ont gardé leur honneur ^.^ Les évêques avaient sauvé leur honneur : mieux encore, ils avaient sauvé l'unité catholique.

On est frappé de la sage conduite des prélats députés à la Constituante. Sur quarante-cinq évêques, une quinzaine, soit maladie, fatigue de l'âge, ou dégoût d'une as-

Page 1