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Lettre au pape, p

de Soissons, M. de La Luzerne, évêque de Langres, M. de Baùsset, évêque d'Alais, M. de Galard, évêque du Puy, M. de Barrai, evêque de Troyes, etc. M. de Bausset, appréciant les résultats de la campagne menée contre le clergé depuis le commencement de la Révolution et, en particulier, la constitution civile, pouvait s'écrier : « On lui a plus rendu qu'on ne lui avait ôté. L^Eglise gallicane a recouvré toute sa gloire en perdant son opulence si enviée, et la nation a reconnu qu'à une époque qui a montré si peu de caractères, il existait une classe d'hommes dignes de lutter avec le malheur, supérieurs à TinjUsticeet résignés à tout sacrifier, hors la vertu. »

Les évêques avaient mieux fait que de se grandir euxmêmes dans l'estime publique, ils avaient préservé la France du schisme. Ils avaient entraîné la grande majorité des curés, et le clergé uni était sûr de garder la masse des fidèles. M. de Bausset faisait gloire aux curés de ce résultat et disait leur résistance plus méritoire que celle des évêques ^, parce qu'ils n'avaient pas pour les

t. « Oui, écrivait-il à son clergé d'Alais, quelque honorable qu'ait été la conduite de cent vingt-huit évêques, c'est à leurs dignes coopérateurs qu'appartient la véritable gloire due aux grandes actions. L'élévation de la dignité épiscopale impose à ceux qui en sont revêtus des obligations plus sévères, et' soutient leur courage en les plaçant, à cette hauteur qui commande de si grands sacrifices; ils sont bien plus dignes d'admiration ceux qui, n'ayant, pour ainsi dire, que le ciel pour témoin de leurs combats et de leurs triomphes, n'ont pas- même à attendre des hommes cette froide estime qui console quelquefois de leur injustice. '» M. ■ de Bausset dit qu'il n'avait pas voulu influer sur la détermination des curés « qui devait être l'expression libre et volontaire de la conscience... C'eût été déshonorer le caractère auguste dont ils sont revêtus, que de paraître douter de leur courage et de leur résignation.» M. de Bausset ajoute : «Ah! si jamais l'Eglise gallicane a mérité l'estime et la considération qu'elle a toujours obtenues dans toute l'Europe, c'est surtout dans ce moment glorieux... Quel tribut d'admiration ne devait-on pas à l'héroïsme simple et modeste de tant de ministres vertueux, qui se sont soumis volontairement à remplir jusqu'au dernier moment des fonctions dont on allait les dépouiller, sans se permettre le plus léger murmure, sans montrer lé plus faible regret... La religion a peut-être été mieux servie par • la haine aveugle de ses ennemis que par le calme trompeur qui inspire la langueur et la sécurité. Il était dans l'ordre de la Providence de mon-

soutenir l'éminence de la dignité épiscopale qui, en exposant celui qui en est revêtu à tous les regards, le met, en quelque sorte, en demeure d'élever ses résolutions et ses vertus à la hauteur de sa situation. Tout en faisant ici la part de la bienveillance chevaleresque de l'évéque d'Alais pour le clergé du second ordre, il faut convenir que les prêtres fidèles méritaient de pareilles louanges. Qu'on se représente l'état d'âme de ces humbles pasteurs dont tant d'influences semblent conjurer la chute, à qui on montre le serment comme, un acte d'obéissance aux lois du pays, obéissance que le pape semble encourager par son silence, auxquels on fait passer des listes frauduleuses de prêtres et évêques assermentés qu'il leur est impossible de contrôler, dont on surveille tous les actes, dont on épie la moindre parole, qu'on cherche à entraîner tour à tour par l'ambition, par l'espérance, par l'intérêt, par la crainte, au besoin par la prière, par les sollicitations éplorées des amis et des proches, et l'on comprendra ce que leur attitude a d'admirable et d'imprévu pour le comité ecclésiastique.

Il serait trop long de présenter la statistique des prêtres qui refusèrent le serment et de ceux qui le prêtèrent. La proportion fut très variable de diocèse à diocèse i. Dans plusieurs la presque généralité des curés rejeta le décret, dans quelques-uns ce fut le contraire. Beaucoup de ceux qui s'étaient soumis se rétractèrent devant l'éclatante condamnation de l'Eglise. Tout prouve que la grande majorité du clergé, les deux tiers au moms, refusa de

trer à un siècle, où toutes les âmes sont retrécies par de si petites passions, qu'il appartenait à la religion seule d'imprimer cette énergie forte et courageuse qui rend à l'homme sa véi'itable dignité. » Bausset, loc. cit., p. 4-7, 70.

1, On trouvera une revue des provinces, à ce point du vue, en Ludovic Sciout, Histoire de la constitution civile du clergé, t. II, vicomte de Broc, la France pendant la Révolution^ 1891, 2 vol. in-8o, t. JI, p. 238 et suiv. ; Picot, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du dixhuitième siècle, t. YI; abbé Jager, op. cit,, et l§s histoires loçaleg.

jurer*. Quant au tiers constitutionnel, on pourrait diviser en cinq groupes les prêtres qui en firent partie. Rangeons tout d'abord dans cette catégorie les ambitieux et les cupides, qui virent dans l'acceptation d'un serment refusé par d'autres le moyen de prendre leur place. Ajoutons-y, en second lieu, les ecclésiastiques tarés ou avides d'émancipation, les moines fatigués de la règle, qui saisirent avec empressement un prétexte légal à la désobéissance aux supérieure-, et des facilités de relâchement. Une troisième classe comprendrait les prêtres si nombreux, qui avaient cru à la Révolution et lui avaient donné tant de gages, qui avaient combattu pour elle dans les assemblées électorales de 1789, avec les Etats généraux, dans les provinces, qui, pris d'une haine vigoureuse contre l'ancien régime, contre la répartition arbitraire et inégale des honneurs et des biens ecclésiastiques, reconnaissants envers la Constituante d'avoir porté-la faux dans cette moisson d'abus séculaires, ne voulurent pas se séparer d'elle lorsque manifestement elle s'ingérait dans le domaine spirituel, crainte peut-être de se trouver en compagnie de ces évêques, de ces chanoines, de tous ces membres du haut clergé la plupart réfractaires, et qui depuis deux ans se débattaient dans un autre camp politique que le leur. On pourrait rapporter à un quatrième groupe les faibles, qui par crainte de destitution, d'expulsion, par amour du repos, pour ne point perdre avec leur situation tout moyen d'existence, vivement sollicités d'ailleurs par les amis et les proches, par les autorités administratives, se laissèrent entraîner à un serment que condamnait leur conscience. Nommons enfin, en cinquième lieu, les prêtres de bonne foi, plus ou moins imbus, consciemment ou à leur insu, d'idées jansénistes, réellement convaincus que le clergé de France avait besoin d'une réforme et que l'omnipotence des évêques devait être contenue, alléchés par les belles promesses d'un re-

tour à la primitive Eglise, tranquillisés par le long silence du pape, par la protestation si souvent répétée qu'il ne s'agissait que de discipline- Ces hommes se rencoritrèrent dans le rang du clergé constitutionnel. Les rétractations nombreuses qu'on vit se produire quand il n'y eut plus moyen de s'illusionner sur la condamnation portée par l'Eglise, prouvent que ces illusions mêmes avaient existé. Quand on voit, par exemple, égaré parmi les prêtres assermentés un prêtre ^ aussi honoré pour ses vertus, aussi universellement estimé que M. Mohtault, futur évêque d'Angers, comment ne pas croire à la bonne foi d'un certain nombre d'entre eux.

Quoi qu'il en soit des motifs qui entraînèrent dans le schisme un tiers du clergé français, cet insuffisant résultat étonna, confondit les meneurs. Tous les témoignages du temps, nous redisent leur surprise. Les curés, dont la masse avait marché avec la Révolution, l'abandonnent, maintenant qu'elle se fait schismatique. Leur foi, le sentiment de l'unité catholique, font taire toutes les autres considérations. Devant une telle attitude, les promoteurs des décrets ne dissimulent pas leur déconvenue. Durand de Maillane est scandalisé de rencontrer de la résistance chez des hommes que la Constituante, dit-il, a tirés de la misère et de l'abjection. Il signale le danger de ces ennemis invincibles contre lesquels on ne peut tirer le canon i. Mirabeau, dans son projet d'adresse

1. « Je n'ai jamais tant craint dans tout le cours de la Révolution, dit Durand de Maiilane (op. cit. p. 152, 273), que cette sorte d'ennemis invincibles, contre lesquels les canons et les bombes ne font rien. La raison seule peut espérer de les convaincre. Ne nous flattons pas que ce soit de ai tôt. » Durand de Maillane explique ainsir' lés motifs qui font agir les réfractaires : « Des curés, dit-il, des religieux,que nous avons tirés, les uns de la misère, les autres de l'avilissement et de la contrainte, se joignent à eux (aux évoques), ceux-ci par une piété que l'habitude entraîne, ceux-là parce qu'ils sont gagnés ou séduits, ceux-ci par une piété fausse ou mal éclairée, plusieurs par le malaise du changement, et enfin le plus grand nombre par une sorte d'orgueil et de haine contre

ET LA Constitution civile du clergé

aux Français, s'étonne de voir ainsi se refroidir le civisme chez des pasteurs qui devraient nourrir dans l'âme de leurs ouailles la flamme révolutionnaire.

On ne tarda pas à les châtier. Les curés acclamés, tant qu'ils ont été dans le mouvement, se heurtent déjà aux fureurs populaires dès qu'ils refusent de marcher dans la voie schismatique où on veut les conduire. Grégoire, qui a été curé et qui, à travers toutes ses fautes^ déploya souvent un grand courage pendant la Révolution, nous montre déjà en 1790, et avec plus de force encore en 1791, ses anciens confrères poursuivis avec un «c acharnement aussi lâche que cruel. » Gravures, comédies, chansons, couplets, rien, dit Grégoire, n'a été épargné par les libellistes, pour attiser la haine du peuple. On s'est fait un plaisir barbare d'agiter sur eux « les grelots du ridicule», de déverser à pleines mains le fiel de la calomnie. On les a livrés presque partout à la dérision, aux insultes, à la rage. Eux, les pères du peuple, sont poursuivis jusque dans les temples, devenus en plusieurs départements, depuis que l'on y fait les élections, le « théâtre des cabales, des blasphèmes, des lureurs sanguinaires. » Quelle tristesse de voir tant de «curés et de vicaires sans ressources, sans crédit, en proie à la misère, à la dérision insultante ! » Si ces malheureux ont rencontré protection dans quelques administrations municipales, « dans mille autres, dit Grégoire, ils n'ont trouvé que des bourreaux en écharpe ^. » Quel tableau ! et il n'est pas chargé. Les

des réformes qui, entreprises sans eux et malgré eux, par des laïques, les humilient et les privent soit de leur aisance, soit de leur domination absolue. »

1. Cf. Grégoire, Obseroations sur le décret qui ordonne une nouvelle cireonscription des paroisses, 1790, p. 6. — Légitimité du serment civique, 1791. — Un contemporain, l'abbé Barruel trace ce tableau delà pression exercée sur les curés, « Pendant plus de deux mois, dit-il, dans toute l'étendue de la capitale ou des provinces, les jours de fête furent pour les pasteurs de vrais jours de supplice. L'imagination né suffit pas à se faire une idée de toutes les tentations, de toutes les sollitûtations,

mémoires du temps font foi que les meneurs ne reculaient pas devant le crime. A Fertans, dans le Doubs, pendant que le curé est en chaire expliquant les raisons de son refus, un des assistants tire sur lui et le manque. A Septsaux, en Champagne, l'assassin fut plus habile. Le curé qui développait les motifs qui l'empêchaient de prêter serment, reçut une balle en plein cœur et tomba raide mort.

C'est par de telles épreuves que le clergé de France rachète, avec ses propres fautes, son peuple et l'enfante de nouveau en quelque sorte, à Jésus-Christ, h son Eglise. Les fidèles, déjà enclins à suivre le prêtre de leur baptême et de leur première communion, celui qui a célébré leur mariage, béni leurs enfants et dit les prières sur la tombe des ancêtres, sentent grandir encore

auxquelles il fallait résister pour n'être pas parjure. Aux approches marquées pour la fatale épreuTe, tantôt c'étaient des bandes enToyées par les clubs pour apprendre au pasteur le sort qui l'attendait s'il refusait, tantôt c'étaient les prières, les instances de parents, d'amis intéressés cherchant à le séçluire. Dans son propre cœur, c'était l'affection même, l'habitude de vivre avec une paroisse dont il avait jusqu'alors la confiance et qui l'aimait encore, mais que les décrets avaient séduite, et qui allait ne voir en lui qu'un ennemi. » Barruel, Histoire du clergé pendant la Révolution, I, 75. Un écrivain du temps (1791) s'adresse en ces termes aux membres de l'assemblée nationale : « Plusieurs curé» ont été, sous vos yeux, interrompus, outragés au milieu de leurs fonctions; ils ont été sur le point d'être massacrés dans le temple et vous n'avez pas puni les auteurs de ces forfaits. D'autres se sont présentés, cette instruction (àe l'assemblée nationale^) à la main, pour continuer leurs fonctions, mais ils ont vu que la fuite était un moyen plus sûr pour conserver, leur vie que les phrases si touchantes de votre instruction pastorale. D'autres eufin, malgré vos lois, ont été chassés honteusement de leur presbytère et de leur paroisse avec défense d'y reparaître sous peine de mort. » Collect. eccL, X, 113. M. de La Luzerne (VI, 397j disait : « Quel temps prend-on pour exciter contre les ecclésiastiques l'effervescence populaire ? Celui où le fer est à la main d'une multitude d'assassins, où un grand nombre de curés ont été menacés d'une mort cruelle et ignominieuse jusque dans le sanctuaire, où le respectable curé de Saint- Sulpice a vu le pistolet appuyé sur sa tète... Si on ne veut pas le massacre des ecclésiastiques, pourquoi par des imputations violentes, courir le risque de susciter conti'e eux des furieux armés. Si on ne veut que les effrayer par l'aspect de ces phalanges, est-on sûr de pouvoir toujours arrêter des tigres déchaînés à qui on a fait goûter le sang. »

leur attachement et leur respect quand ils le voient malheureux et persécuté. Les premières années de la Révolution avaient pu, par la nouvelle organisation des pouvoirs publics, par la suppression des dîmes et des biens, élever entre l'Eglise et la nation la barrière des intérêts ou même la divergence des opinions politiques. Mais maintenant, qu'est-ce qui viendrait séparer la foule d'un clergé qui n'a plus rien et qui, manifestement, ne combat point pour le pouvoir, pour la fortune, mais pour les autels. Dans la lutte entre les prêtres constitutionnels et les réfractaires, les fidèles, peu initiés aux distinctions théologiques, reconnaissent d'instinct leurs vrais pasteurs en ceux que plus de vertus, plus de sacrifices supportés pour leur foi, leur montrent comme les plus dignes de les conduire au ciel. Une cause qui trouve de telles sympathies, de telles complicités, si l'on veut, dans l'âme d'un peuple, est assurée de son triomphe. Maury disait aux promoteurs de la constitution : Il est dangereux défaire des martyrs. Ces martyrs, qu'une persécution implacable multiplie sur toute la face du territoire, donnent à l'Eglise une nouvelle jeunesse avec un nouveau baptême, celui du sang. Le sentiment de la compassion pour tant d'innocentes victimes vient communiquer une force nouvelle à l'impulsion de la foi. On accourt aux prêtres fidèles, tandis que les constitutionnels sont délaissés. « Autour de l'ancien curé, dit M. de Taine, sont rangés tous ceux qui sont ou redeviennent croyants, tous ceux qui, par conviction ou tradition, tiennent aux sacrements, tous ceux qui, par habitude ou foi, ont envie ou besoin d'entendre la messe. Le nouveau curé n'a pour auditeurs que des sceptiques, des déistes, des indifférents, gens du club, membres de l'administration, qui viennent à l'Eglise comme à l'hôtel de ville ou à la société populaire, non par zèle religieux,mais par zèle politique, et qui soutiennent l'intrus pour soutenir la constitution. » Il était déjà évi-

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dent, dès 1791, que la masse des fidèles n'abandonnerait pas le clergé attaché à Rome pour passer aux constitutionnels.

L'Eglise de France était sauvée du schisme. Qui ne saurait s'applaudir de la voir ainsi échapper à tous les outrages, à toutes les servitudes qui auraient payé sa défection? Qui eût pu défendre un clergé séparé de l'unité catholique, désormais livré à lui-même, contre les caprices de ses nouveaux maîtres, contre la faiblesse de ses propres chefs. Dans un pays comme le nôtre, où depuis cent ans on n'a pas encore pu acclimater un véritable respect de la liberté de conscience, nous savons trop quelles servitudes et quelles intrusions devrait subir une Eglise nationale, qui ne pourrait pas appuyer son non possiimus sur un chef resté hors de l'étreinte des politiques et des passions de la multitude.

Les auteurs de la constitution civile pouvaient déjà voir les résultats de leur entreprise. Elle avait pitoyablement échoué. Il s'agissait d'établir en France une sorte d'Eglise presbytérienne, démocratique, placée par les élections sous l'influence populaire, une Eglise où le curé serait, non seulement maître chez lui, mais aurait par les synodes une part prépondérante dans le gouvernement du diocèse. Il s'agissait en second lieu d'émanciper les évêques de la puissance papale. Sur tous ces points, la constitution obtiendra le contraire de ce qu'elle voulait atteindre.

Les curés, qui étaient peuple avant la Révolution, tout en continuant à sortir plus que jamais de ses rangs, paraîtront désormais, par suite de la politique inaugurée

précisément dans la constitution civile du clergé, lier leur cause à celle des classes supérieures, des nobles et des rois. C'est que, associés étroitement au mouvement de 1789, ils ont été dupes et victimes de leur généreux enthousiasme. Je les vois chassés, traqués, pour n'avoir point voulu franchir la limite tracée par leur conscience. Et que leur restera-t-il en définitive des fameuses franchises promises par la constitution civile du clergé? Les synodes qu'elle voulait remettre en honneur sont plus rares encore qu'avant la Révolution. Les conseils délibéra/iZs, qu'il s'agissait d'imposer aux évêques, ne délibèrent pas plus que dans l'ancien régime. En un mot, l'espèce de gouvernement représentatif rêvé pour les diocèses, et dont quelques prélats paraissaient disposés à accepter la forme dans une certaine mesure, succombera avec la constitution civile du clergé- Plus de concours pour les cures, plus de droits pour les gradués, plus de la liberté laissée aux curés jusqu'en 1789 de choisir leurs vicaires. Enfin, échec plus grave encore pour le clergé secondaire, plus de cette inamovibilité curiale, que la royauté aidée des parlements avait mis un siècle à imposer à la répugnance des évêques. C'est bien, nous l'avons dit, la Constituante qui, en décrétant la révocation en masse des réfractaires, a ruiné, la première, Tinamovibilité assurée aux curés par le concile de Trente.

En même temps, le mode électif que l'assemblée nationale avait tant à cœur d'établir dans le choix des curés, des évêques, et qu'elle eût sans doute fait triompher en le modifiant, sera écarté sans retour. Le pouvoir exécutif,, qu'il s'agissait d'éliminer, nomme tous les- évêques, agrée les principaux curés. Les évêques disposent absolument des autres charges, héritant des droits de tous les collateurSj de tous les patrons ecclésiastiques ou laïcs, de sorte que l'intervention des fidèles dans le choix de leurs pasteurs est plus nulle encore qu'en 1789.

La Constituante voulait augmenter l'indépendance des curés, et ils en ont moins qu'avant elle, diminuer la puissance des évêques, et ils en ont plus qu'avant elle. Elle voulait surtout atteindre le pape, et sa politique aura précisément pour conséquence de mettre à ses pieds les évêques. Ces prélats qui étaient deux fois français, et par leur patriotisme séculaire, et par la grande place qu'ils tenaient dans la propriété foncière, dans l'administration de leur pays, on a tout fait pour briser les liens sociaux, politiques, qui les attachaient au sol. Leurs biens'leur sont enlevés, la terre même qui les porte semble se dérober sous leurs pas. Quand on les a ainsi enfermés dans le domaine spirituel, on veut encore, sur ce terrain réservé, bouleverser la constitution du clergé, et leur faire une Eglise qu'ils n'ont jamais connue. Leur Toi^l^ur conscience, le sentiment de l'unité catholique, aussi vivant en eux qu'en Bossuet, les arme contre cette oppression. Us luttent, eux gallicans, pour le pape jusqu'au martyre. Leurs convictions s'échauffent, s'affermissent encore de toutes les protestations de fidélité, d'obéissance, qu'amènent les péripéties du combat. La Constituante, qui a décrété tout d'abord la suppression de cinquante sièges, et puis la révocation en masse des évêques réfractaires, donne la première le spectacle de la guerre, de la chasse à tout l'épiscopat d'une grande nation qui est la fille aînée de l'Eglise. Telle est la secousse imprimée à ce grand corps que, dès 1791, nous avons vu ces évêques inamovibles, intangibles, amenés à déposer leur démission aux pieds du pape, démission volontaire, non acceptée par Pie VI, mais qui prépare les voies à la démission acceptée, imposée, par Pie Vil.

La constitution civile du clergé, qui aura tant d'influence sur les destinées de l'Eglise de France, va exercer une action fatale sur la marche de la Révolution. Les esprits vraiment politiques de la Constituante voyaient très bien

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la criminelle folie qui avait inspiré une pareille législation. Mirabeau, dont l'intervention violente dans la discussion, au moment où il négociait avec la cour,ne s'explique que par le désir de recouvrer sa popularité et de discréditer l'assemblée, Mirabeau écrivait, le 27 janvier 1791 : « Voilà une plaie nouvelle, mais la plus envenimée de toutes, qui va ajouter encore un foyer de gangrène à tous ceux qui rongent, corrodent et dissolvent le corps politique. Nous nous étions fait un roi en effigie, sans pouvoirs, et un corps législatif qui administre, qui infirme, qui juge, qui punit, qui fait tout, excepté ce qu'il doit faire. A présent nous arrangeons le schisme religieux à côté du schisme politique. Nous n'avons pas assez de difficultés, nous en suscitons à plaisir; de dangers, nous évoquons le pire ; d'embarras, nous soulevons le plus inextricable. C'est de quoi amener la fin de tout si l'Assemblée ne se lasse pas bientôt d'obéir aux anarchistes.» Mirabeau estimait que la constitution civile du clergé était pour Louis XVI un terrain très favorable pour rallier touis les mécontents, retrouver la popularité, engager la lutte avec l'assemblée nationale et ressaisir le pouvoir.

C'était demander à Louis XVI un effort dont il n'était pas capable. Mais cette afifaire de la constitution civile inspira au roi une révolte qu'il n'avait point encore ressentie. Forcé de sanctionner, le 26 décembre 1790,1e décret qui condamnait tout le clergé de France à prêter serment sous peine de suspension, il s'écria : « J'aimerais mieux être roi de Metz que de demeurer roi de France . dans une position pareille ; mais cela finira bientôt. » A partir de ce moment, la résolution fut très arrêtée dans sa pensée d'appeler l'Europe à son secours. Le chrétien se montrait en lui plus résolu que le roi, et les alarmes de sa conscience semblaient le tirer d'une apathie que n'avaient pu secouer les désastres de sa couronne. On le vit

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dès lors signer tous les décrets sans résistance, ne se regardant plus responsable d'approbations imposées parla force, s^abandonnant avec la reine à une sorte de pessimisme qui attendait le bien de l'excès du mal, comptant enfin sur l'intervention de l'étranger pour sa délivrance et pour la ruine d'une constitution détestée.

La résistance du clergé était autrement grave que celle du roi, parce qu'il était suivi par la France catholique. Dans ces conditions, l'assemblée, nationale n'avait que deux partis à prendre : ou retirer le décret sur la constitution civile, ou se lancer en pleine persécution. Elle était trop fière, trop confiante en sa force, et aussi trop passionnée, pour revenir sur ses pas. Restait la voie de la persécution. « Telle est, disait l'évêque d'Alais, la conséquence nécessaire d'une fausse démarche. Les esprits des hommes sont en attente de ce qu'on fera » et semblent prévoir « quelque chose de tragique. Le feu est allumé devant nous, et nous y courons *. » Oui, on cour rait au feu, à la guerre civile, aux haines fratricides qu'inspirent toujours les querelles religieuses. La constitution civile du clergé a creusé un abîme sous les pas de la Constituante et des assemblées qui lui succèdent ; elle a ouvert la' voie aux plus grands crimes de la Révolution.

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