‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 24 sur 354 · I. Haro SUT la feuille des bénéfices · texte numérisé non relu

I. Haro SUT la feuille des bénéfices

(Pompignan, arclievêqiie de Vienne), de B. (Durfort, archevêqne de Besançon), d'A. (dn Lan, archevêque d'Arles)* ?» C'est cette habitude invétérée qu'il s'agit enfin d'extirper. Tout en reconnaissant qu'entre « les prélats pluralistes », il en est beaucoup qui « font un excellent usage de leur richesse », on demande avec énergie le retour à la règle du concile de Trente. Gomment! des cadets de famille, que leur évêché met « dans un état d'opulence auquel ils ne seraient jamais parvenus dans le monde et dont leurs frères aînés ne peuvent approcher...., ne cessent d'importuner les ministres des grâces jusqu'à ce qu'ils aient obtenu une abbaye ». Et je ne comprends pas encore, ajoute un j)ubliçiste de 1789, dans le chiffre de leur fortune, « les j)ensions, prieurés et autres menus broutilles, qu'ils ont pu d'abord se procurer en entrant dans la carrière de l'ambition, et dont ils ne se défont guère lorsqu'ils sont arrivés au terme de leurs vœux. Ils ai)pellent cela modestement le premier morceau de pain, et ils le conservent avec soin, comme un témoignage toujours subsistant de leur ancienne misère. » Le critique multiplie les traits et les arguments. Il montre des évêques possédant en même temps des abbayes en Champagne, en Quercy, en Picardie, mettant, en quelque sorte, à contribution toutes les provinces du royaume. Tout cet argent va à Paris, au loin, alors qu'il devrait rester sur place. Necker n'a-t-il pas fait ressortir, dans son Traité de l'administration des finances, l'importance, « pour une ]3rovince, que ses revenus ecclésiastiques soient dépensés chez elle » ? Arrivé au terme de sa démonstration, notre écrivain n'y tient plus. « Dans le moment où j'écris, dit-il, je reçois la Gazette de France ;

I. Essai sur la réforme du clergé, p. 366, 872. — Le Gamds (Lettres, p. 261) écrit, en i6:j6, au sujet de nouvelles faveurs accordées à M. de Coislin, évêque d'Orléans : « Je plains notre ami, M. d'Orléans, sur ses nouveaux béne&ces. » Bossuet, qui avait d'autres revenus gue ceux de son évêché (abbaye de Saint-Lucien et deux petits prieurés), eut l'occasion d'expliquer qu'ils lui étaient nécessaires pour secourir les protestants qui s'adressaient à lui en grand nombre « non seulement en France, mais <le toutes les parties de l'Europe, qu'il était non seulement obligé de les recevoir chez lui pour leur donner une retraite, mais encore de leur donner des secours sans lesquels ils seraient exposés à des regrets ou à des séductions dont la charité voulait qu'on les garantît. » Cf. Bausset, Histoire de Bossuet, t. II, p. 24, 25.

je l'ouvre à l'article Versailles et j'y trouve trois excellentes abbayes données à qui ? à trois évêques ! Tout mon sang bouillonne dans mes veines *. »

Il était facile d'émouvoir sur ce point l'opinion publique . Le fait d'attribuer les abbayes les plus opulentes aux prélats déjà pourvus des plus riches évêchés, était un abus criant. Les observateurs tenaient note de ces largesses, de cette prodigalité des richesses d'Eglise à quelques privilégiés, alors que la masse du clergé était dans une situation fort modeste, et que les canons interdisaient la pluralité des bénéfices. Une correspondance supposée entre évêques fait parler en ces termes DiUon, archevêque de Narbonne : « M. de Rennes (Girac) évalue à un million ses jouissances illicites ; les miennes, les vôtres et celles de M. de Toulouse font trembler. J'ai été sacré en 1753, fait archevêque de Toulouse en 1768 et de Narbonne en 1762, abbé de Saint-Etienne de Caen en 1777, etc. Il faudrait donc que je restituasse près de trois miUions... M. de Toulouse (Loménie de Brienne) a été sacré évêque de Gondom en 1761, abbé de Basse-Fontaine en 1765, etc. Il serait donc redevable de plus de deux millions... M. d'Aix (Boisgehn) a été sacré évêque de Lavaur en 1765, abbé de Saint-Maixent en 1772, de Saint- GiQes en 1774? àe Ghaalis en 1779 : malgré ses petites jouissances, il serait tenu de rendre son million. Gela peut-il entrer dans une tête d'évêque? Et vous-même. Monseigneur, qui en êtes encore à votre première femme (Marbeuf qui en est encore à son premier évêché d' Autun), vous ne vous êtes appliqué l'abbaye du Bec qu'en 1782 ; cependant vous seriez comptable de près d'un milhon ". »

Le temps est venu où ces attaques, jusqu'alors réduites à la demi-publicité de brochures plus ou moins anonymes, vont être reprises par les représentants de la nation, vont bientôt retentir à la tribune de la Gonstituante. En 1789, au moment de la négociation entre les trois ordres

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