I. Lettre du 16 janvier 1795. (Theixer, t. II, p
4o LE CLERGÉ RÉFUGIÉ EN SUISSE
mains, et voulant peut-être excuser leur inaction ou leur maladresse, jugèrent, dit Baston, que ce labeur presque féminin né convenait point à l'état dont nous étions décorés ; mais nos censem-s les plus prononcés fm^ent les ecclésiastiques du pays, au moins pendant quelque temps. Ils criaient à la dégradation en voyant nos mains sanctifiées s'occuper d'mi travail mécanique. « Et eux, quel délassement connaissaient-ils autre que la pipe, les cigarettes, la cruche de bière et le flacon de vin i ? »
Si les prêtres brodeurs, tricoteurs, produisaient ainsi quelque étonniement dans le public, qu'am^ait-on dit des évêques occupés à une joareille besogne? Nous n'avons pas connaissance qu'ils se soient livrés nulle part, même sous la j)i"ession de la misère, à un travail manuel. A Londres, M. de Grimaldi, évêque de Noyon, des princes de Monaco, s'assure quelques ressources par son talent de miniatui'iste. A Constance, un prélat français ne dédaigne pas de se mettre au dévidoir pom' donner l'exemple. Dans une promenade, l'archevêque de Paris charge de chouxfleur& son charmant petit-neveu, tandis que la comtesse de Pont va elle-même acheter des fruits à la place, et les emporte ostensiblement poiœ encourager ceux qui n'ont pas les mêmes ressources ^. Mais c'était là effleurer à peine du bout d€s doigts le travail des mains. Nous aurions, du reste, quelque peine à nous représenter ces grands seigneurs, les évêques de l'ancienne France, un Montmorency, un La Rochefoucauld, un Clermont-Tonnerre, occupés à broder, à tricoter, ou même à faire des tentes, comme saint Paul. Ils vont du moins imiter le grand apôtre dans l'exercice de sa charité, en organisant sui' la plus vaste échelle des quêtes j)our leurs malheureux prêtres.
En Suisse et dans le voisinage, à Constance, le travail