‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 250 sur 354 · Paiu.ot, Souvenirs d'un grand-père · texte numérisé non relu

Paiu.ot, Souvenirs d'un grand-père

2. Ba-Ston, II, p. 106-168. — Du.MouHiEZ, Mémoires, t. III, p. 2oi. — Hexuv, op. cii., p. 229-231. — Un prêtre qui était à Liège nous parle du sauve-quipeut de ses confrères à l'annonce des soldats français : « Nous ne pouvions manquer, dit-il, d'être égorgés si nous ne fuyions pas à l'instant. » (Six années, etc., p. 41-) Un autre narrateur l'aconte qu'en octobre 1^92, il y avait huit à neuf cents prêtres dans les diocèses de Bruges et de Gand, CJontinuant sa mai'che, le même voyageur ajoute : « La crainte des patriotes

-nous fait chercher un abri sous les murs de Maëstrichl. Le nombre des émigrants est incroyable. Ils fuient dcA^ant les légions victorieuses des sans-culottes. » Jcurnal des pérégrinations de M. Bouic, prêtre du diocèse de Rouen, publié par M. l'abbé Loth, op. cit., p. 409-423.

ET DANS LES PAYS-BAS Ol

réuni àMaëstricht, capitale du duché de LimLourg, quand Miranda, lieutenant de Dumoiunez, vint y metti'e le siège. Il y avait le cardinal de Montmorency; le cardinal de La Rochefoucauld y était arrivé d'Angleterre. On signalait aussi la présence de l'abbé Feller, de l'abbé de Pradt, de l'abbé Baston, etc. La première bombe lancée par les républicains sur la ville tomba dans les appartements de l'archevêque de Rouen. Sa maison fut criblée par les boulets. Pendant le bombardement, M""^^ de Mérode et de Beaufort se tenaient dans une cave, où un gi'and vicaire de Soissons venait les confesser chaque jour; elles passaient leur temps à prier et à regarder par le soupirail la fumée des bombes éclatant en l'air. La plupart des femmes « priaient Dieu, se confessaient, séchaient de fi*ayeur. Quelques folles jouaient à colin-maillard » dans le souterrain. Le cardinal de Montmorency, le duc de Châtillon, faisaient des visites de cave en cave. La peste s' étant déclarée dans la ville, on ouvrit un vaste hôpital : les prêtres français se firent gardes-malades, infirmiers, médecins. Plusiem*s fuirent victimes de leur dévouement. On sait que Miranda dut lever le siège de Maestricht à l'approche de l'armée autrichienne conduite par le prince de Gobourg. Bientôt la bataille deNerwinde enleva à la France la Belgique, que lui avait livrée la bataille de Jenmiapes. Lnmédiatement les émigrés reprennent le chemin de Bruxelles et, croient-ils, de la frontière. Leurs illusions étaient partagées par les habitants des pays qu'ils traversaient. A Maestricht, on lem* livrait la marchandise payable en France.

De Maestricht, le cardinal La Rochefoucauld s'est rendu à Bruxelles. Loin de se mêler au luxe, à l'agitation mondaine des grands seigneurs dont plusieurs étaient ses parents ou ses voisins, il vit dans la retraite et la simplicité du train le plus modeste. Les nouvelles de France l'accablent. Il sait que Louis XVI recevant au Temple, la

veille de sa mort, l'abbé Edge^rortli, lui a dit : « Où est le bon cardinal de La Rochefoucauld ? » On lui demanda de célébrer un service solennel pour la reine Marie-Antoinette. Une vingtaine d'évêques, des princes, des ducs, des cordons bleus, de hauts magistrats, toute une cour, donnèrent, par leur présence, un grand éclat à cette cérémonie funèbre. « L'aristocratie, riche encore d'une partie de ce qu'elle avait emporté et ne prévoyant pas le besoin d'une économie sévère, y déploya autant de grandeur et de faste que d'affliction. »

Les exilés célèbrent à l'envi la généreuse hospitalité qu'ils reçurent chez les Flamands et les Belges. Les diocèses de Bruges et de Gand sont remplis de prêtres français. Dans une petite ville du Brabant, c'est à qui aura des ecclésiastiques dans sa demeure. On les distribue de famille en famille. Les hôtes veulent eux-mêmes leur laver les pieds par esprit de foi. Les évêques de Gand, de Liège, fuirent particulièrement accueillants. « Le cardinal-archevêque de Malines, dit un réfugié, ne pouvait voir d'émigré sans verser des larmes, » Il faisait donner aux prêtres « trois sous monnayés de France au-dessus de l'honoraire ordinaire ». Le clergé secondaire s'ins]3ira des mêmes sentiments de compassion et de charité. Les exilés vantent l'accueil qu'ils reçurent dans la plupart des monastères, en particulier dans l'abbaye de Baudeloo. Cent douze prêtres en sont chassés par les soldats français qui pillent, saccagent tout et introduisent des filles de mauA^aise vie dans cette maison sainte. Nos proscrits, quand l'ouragan est passé, retrouvent la même hospitalité chez les bons moines ^.

Les Hollandais furent plus froids, plus réservés, et

I. L'abbé Baston raconte sa réception dans la vaste abbaj^e d'Alost, dans l'abbaj'e d'Afflig-hem. L'abbaye des Prémontrés de ïi'onchienne et une autre ferment leurs portes, ne A'^oulant pas recevoir des Prémontrés français. L'évêque d'Amiens avait reçu l'hospitalité dans l'abbaye des Prémontrés de Saint-Everbode.

certains voyageurs nous représentent ce peuple comme trop occupé de ses affaires de bom^se, de ses opérations mercantiles, pour prêter grande attention à des étrangers. A Flessingue, tel fat obligé ainsi cpie son compagnon, cpii portait tout avec lui comme Bias, de montrer au magistrat cpielques louis pour prouver qu'ils n'étaient pas des mendiants. Plusieurs relations font au contraire l'éloge de la Hollande. La ville d'Utreclit se montra particulièrement accueillante. Six cents exilés, fuyant l'armée fi^ançaise, avaient cherché un refuge dans l'ile de Waleheren. Parmi eux se trouvait M. de Gicé, archevêcpie de Bordeaux. Les autorités, ayant appris son rôle dans la Constitution civile du clergé, portèrent un arrêté d'expulsion contre tous les Français arrivés depuis quelques jours, pour atteindre l'ancien garde des Sceaux de Louis XVI. Celui-ci devine qu'il est particulièrement visé, s'en assure à l'Hôtel de Ville et décampe. Dès lors ses compatinotes ne sont plus inqnîétés ^. Les victoires des armées fi^ançaises vont faire refluer les émigrés vers l'Allemagne, où nous allons les suivre.

I. Baston, t. II, p. iSa-igo. — Relation de l'abbé Traizet, loc. cit., p. 34-4i- — Six ans, etc., pp. 24, 44, j2, 83-89, ioo-io3, 114, 2o5-2i3. — Henry, op. cit., p. 221-227.

I. Admirable accueil en Westplialie. — Le cardinal de La Rochefoucauld à Munster. Sa vie pauvre, son prestige. — Chiiû'e énorme des réfugiés.

— Constance, autre centre très important d'émigrés. — Leur lutte contre

la misère dans cette ville M^'^ de Juigné est leur providence. — Les

lettres envoyées dans toute l'Europe. — Les charités du cardinal de Rolian à Ettenheim. — IL En dehors de Constance et de la Westphalie, aucune demeure fixe pour les exilés en Allemagne. — Ils sont partout eiTants. — Leur réception à Cologne. — Nos prêtres au chevet des soldats français captifs. — Fuites, Aicissitudes des voyages. — Anecdote du chant de la poule après sa délivrance. — Nos prêtres mal accueillis en Prusse et dans tous les pays protestants. — Dans les pays catholiques, Autriche, Hongrie, Bavière, hospitalité précaire et accès souvent interdit. — I[I. Les abbayes, surtout en Souabe, restent fermées.^ Indignation des pi'oscrits.

— Les Capucins admirables ainsi que les religieuses. — Étonnante récep • tion au couvent de Marienborn. — L'attitude des curés est diverse. — Bonté des paysans. — Curieux usages. — Les danses dans les couvents.

— Unefraûlein et un Capucin. — IV. Existence des évêques réfugiés en Allemagne. — Les prélats politiques soutenus par le roi. — Pour beaucoup d'autres long défilé de misères. — Le cardinal de Montmorency est du nombre. — Plainte déchirante de M. de Bourdeilles, évèque de Soissons. — M. de Bonal, évêque de Soissons, retiré à Altona. — Comment les grandes dames réfugiées dans cette ville, les Noailles, lui tricotent une couverture, au milieu des sanglots proA'oqués par l'exécution de leurs pi'oches.

Les évêques, les prêtres déportés s'étaient naturellement dirigés vers les I3ays les plus rajDprochés de la France : l'Angleterre", la Suisse, la Belgique, la Hollande, la Savoie, le Piémont et l'Espagne. Ils jouissaient avec bonheur, dans les Pays-Bas, d'une hospitalité généreuse. Bientôt la bataille de Fleurus (aS juin 1794), en donnant définitive-

ment la Belgique à la France, poussa vers l'Allemagne le flot des exilés. Ce fut le second courant d'émigration.

La Westphalie s'honora par l'hospitalité qu'elle accorda aux j)roscrits. Le prince-évêque de Munster, capitale de la Westphalie, était un archiduc d'Autriche, frère de Marie-Antoinette. Il régnait sur un vaste territoire comprenant une douzaine de villes, et entretenait sept régiments avec son revenu de 1,200,000 florins. Ce prélat grand seigueur résidait à Bonn et surtout à Vienne. Une loi du pays de Munster interdisait aux émigrés français de séjourner dans ce diocèse plus de vingt-quatre heures. Mais le baron de Furstenberg, conseiller intime et vicaire général du prince-évêque, grand chantre de la cathédrale de Paderborn, sut tourner la difficulté. Par ses lettres aux habitants du pays, aux curés, aux monastères des deux diocèses de Munster et de Paderborn, il stimula le zèle de tous, dirigea l'assistance et mérita, par son activité généreuse et infatigable, la reconnaissance, l'admiration des prêtres français qui nous ont transmis par leurs récits le souvenir de ses bienfaits. Le baron de Furstenberg fut assisté dans cette œuvre par M. de Lagey, vicaire général de l'évêque du Mans.

Munster abrita des réfugiés de marque. A un moment, cette ville compta dans ses murs deux cardinaux, deux archevêques et douze évêques. Le doyen de ce brillant clergé était le cai'dinal de La Rochefoucauld, archevêque de Rouen. Arrivé à Munster en i'j^^,Hj résida jusqu'à sa mort. Accueilli avec empressement par le prince-évêque, archiduc d'Autriche, il déclina noblement les offres de ce prélat opulent i. Le cardinal, qui naguère occupait un des

I. « L'évêque de Rouen n'usa qu'une fois, et sobrement, de cette bonne volonté, la banqueroute de son correspondant ayant tari tout à coup ses moyens de subsistance. » Ce ne fut qu'un prêt. Les ressources lui étaient venues de la vente de son mobilier, somme mise à fonds perdus. « Mon évêque, dit l'abbé Baston (II, 385-333), ne faisait qu'un repas, déjeunant et soupant avec un morceau de pain et un verre d'eau. A dîner, la soupe et deux ou trois mets qui se succédaient sur la table à l'ancienne mode.

plus beaux sièges de France et jouissait d'énormes revenus, exerçant une hospitalité magnifique dans le splendide château de Gaillon, se contenta à Munster d'une petite maison de location. La table y était plus que modeste. M. de La Rochefoucauld ne faisait qu'un repas par jour. Au dîner, toujours très simple, on ne buvait du vin que dans les ^"ands joiu'S. Le noble exilé s'accommodait de cette situation. « Mon ami, disait-il à un visiteur, j'ai eu 400,000 livres de rente, et j'étais moins heui'eux que je ne le suis avec 10 ou 12,000 qui me restent. » Mais il avait beau réduire son train et écarter toute représentation, il n'en était pas moins à Munster un très grand personnage. Lorsque, dans ses promenades autom' de la ville, où il se montrait infatigable marcheur, il passait devant un corps de garde, on battait aux champs. Le prince-évêque, souverain de la ville, avait ordonné qu'on lui rendît les mêmes honneurs qu'à lui-même. Quand le prélat-archiduc ou les nobles habitants d'alentour venaient le visiter dans son humble demeure, il savait les recevoir comme xm La Rochefoucauld, comme un des plus gi^ands seigneurs de l'ancienne Eglise de France.

Les chrétiennes populations de ces contrées secondaient admirablement les intentions généreuses des chefs. « Il n'y avait pas un seul villageois qui n'eût au moins un émigré français chez lui ^. » Mais les événements mettaient

plalatim, disait-il en riant. On ne buvait un verre de vin que dans les grands jours; on ne présentait de café qu'à ceux à qui l'habitude de ce liquide en avait lait un besoin. » On compta, à Munster, deux cardinaux: M. de La Rochefoucauld, archevêque de Rouen, et M. de LaA-al-Montmorency, évêque de Metz ; en outre, MM. de Puységur, archevêque de Bourges; Cicé, archevêque de Bordeaux; Cicé, évêque d'Auxerre; du Plessis d'Argentréj évêque de Limoges; -de la Ferronaj^s, évêqi e de Lisieux; de Nicolaï, évêque de Béziers; de JouflTroy-Gonssans, évêque du Mans; de LubersaCj évêque de Chartres ; du Plessis. d'Argentré, évêque de Séez ; de Lastic, évêque de Gôuserans; de Sabran, évêque-duc de Laon; de Machault, évêque d'Amiens; Asseline, évêque de Boulogne; de Chambre, évêque d'Orope, suflfragant de Metz; Phuieurs n'y restèrent pas.

I. Mémoires de Vabbé Traizet, p. i8. « Le peuple est pauvre en Westpha-

lie. » Mais ces bons paysans donnaient de tout cœur, sans réussir d'ailleurs

à procurer à leurs hôtes le bien-être qu'ils avaient en France. « Plusieurs

EE CLERGÉ RÉFUGIÉ EN ALLEMAGNE Sj

parfois ces âmes généreuses dans l'impuissaiice de satisiaire la foule des soUiciteTirs. La conquête de la Hollande parPichegru, dans l'hiver de 1794 à i^gS, j)oussa enWestphalie une nouvelle légion de Français accrue de Hollandais et de Brabançons. Impossible, cette fois, de recevoir ce flot sur un territoire qui regorge d'cmigrés et où toutes les places sont prises. Un témoin nous signale « plus de dix-huit cents prêtres » obligés de chercher ailleurs un refuge. Sur-les routes rendues impraticables par le dégel ou par le verglas se traînent tous ces malheui'eux, « le sac sur le dos, les souliers pleins de neige, les jDieds. ensanglantés, l'estomac vide..., les membres raidis par le froid, tout le corps abattu par l'épuisement ». Ce qui achève de les accabler, c'est l'incertitude du lendemain et la nécessité de reprendre leur course sans savoir où elle s'arrêtera et où elle doit les conduire. « A peine réchauffés, ces pauvres prêtres oubliaient leui's misères; leui'S lèvres pouvaient à peine se j)rêter à c[uelques mots, qu'on y voyait éclore le sourire et les actions de gi'âces ^. »

Pour trouver en Allemagne en dehors cle laWestphalie une légion permanente d'émigrés ecclésiastiques, il faut nous transporter à Constance. M. de Juigné, archevêque de Paris, expulsé de Chambéry, y avait cherché refuge. Avec lui, envoyait les évêques de Largres, de Nîmes, de Saiht-Malo et l'ancien évcque de Commiuges. Les prêtres y vinrent en grand nombre de 1792 à 1798. Ils étaient 3oo en 1792, environ 200 en 1798, et dépassaient le chiffre de 5go en 1798. « Tout fourmille de prêtres dans la ville, écrivait l'un d'eux 2, en 1792. Les vivres et les logements

prêtres élevés dans leur famille au sein de l'abondance, peu faits d'ailleurs au régime allemand », étaient obligés de faire des sacrifices. (F. D*", etc., p. 242») — ^i«. Cette ville de 25,ooo habitants eut à loger, à vêtir et à nourrir pendant six ans plus de 2,000 prêtres français, dont nous possédons la liste exacte, et elle le fit avec une éclatante générosité. » Loth, op. ci7., p. 606.

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