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Lettres inédites de M^-^ de Mercy pour l'année

évêque de Soissons, M. de Bourdeilles, lui qpii avait été si ferme à son poste au moment de la persécution. Il avait dû fiiir dans les Pays-Bas d'où l'avait chassé l'armée û'ançaise. Nos soldats envahissent le duché de Clèves, bombardent la ville d'Emmerich où il résidait depuis trois mois. Il écrit d'Osnabrùck, en décembre 1794 : « Poussé d'asile en asile, par les fléaux continus d'iuie guerre bai^bare, me voici porté bien avant dans les contrées de l'Allemagne, où je me suis trouvé sans amis, sans moyens, sans autre compagnie qne mes infirmités i. » Quelle mélancolie dans cette plainte ! Se trouver seul, à soixantequinze ans, au fond de cette Allemagne dont on ne parle point la langue, sans avoir, comme la plupart des prélats exilés, un compagnon de route en qui verser le trop-plein de son âme et de sa doulem% quelle triste récompense ici-bas d'iuie lutte si glorieuse ! M. de Bourdeilles se demande comment les angoisses que lui causent les malheurs de l'Eglise et de la France l'ont laissé encore vivant.

M. de Bourdeilles n'était pas inconnu du Pape ; mais plus de notoriété, plus d'éclat, plus de sympathie entouraient le nom de l'évêque de Glermont, M. de Bonal. Ses vertus, la fermeté de son caractère, son rôle à la Constituante, qui lui avaient valu en France et auprès de Louis XVI une si grande autorité morale, lui acquirent aussi à Rome une juste renommée. Aussi, quand l'écho de ses malheurs arriva jusqu'au Souverain Pontife, Pie VI s'emj)ressa de lui témoigner son affection et lui envoya des secours, insistant pour qu'il eût avec lui un domestique. En juillet 1794, M. de Bonal vient d'arriver à

I. Theiner, t. II, 286-288. — La correspondance des évêques nous permet de constater la présence du grand nombre d'entré eux en Allemagne. L'évêque de Gap, M. de la Broue de Vareilles, est à Munich en r8oo. M. de Puységur, archevêque de Bourges, est à Brunswick en ij95, ijgô, 1797, à Goslar en 1800, un peu après à Oslank. Il passe l'hiver de 1800 à Wolfenbuttel avec M. de Talleyrand-Périgord, archevêque de Reims. Jérojik, op. cit., p. 108-110. — Brimont, op. cit., 293-347 passim.

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La Haye, contraint par les années françaises d'abandonner Bruxelles et Bréda. Il est forcé de l'envoyer au Pape la lettre de change snr Bruxelles qu'il en avait reçue, faute de pouvoir la négocier. Où va-t-il porter ses pas ? « 11 pourra très bien se faire, dit-il, que je sois obligé, malgré ma répugnance, de passer en Angleterre ; tout cela tient aux progrès que les Français pourront faire dans la Hollande. » Une année plus tard, en juillet 1795, nous trouvons l'évêque de Clermont à Altona, près de Hambourg.

n était impossible aux prélats de l'ancienne Eglise de iFrance de mettre le pied dans une ville étrangère sans y rencontrer quelque grand seigneur, quelque grande dame, poussés, eux aussi, sur les chemins de l'exil. Altona avait attiré, outre l'évêque deClermont, Anne-Paule de Noailles, marquise de Montagu, et sa tante, M"*^ de Tessé. Pendant que M""® de Tessé faisait explorer les environs pour acheter une propriété rurale, M""^ de Montagu aimait à se rendre dans le petit oratoire domestique élevé par une pieuse famille de Beauvais, en l'absence de toute église catholique à Altona. Elle soutenait le courage de W^^ de Damas qui nourrissait son troisième enfant au milieu des alarmes que lui causait son mari, le baron de Damas, parti pour l'expédition de Quiberon, d'où il ne devait pas revenir^ Elle allait voir, dans le voisinage, à Woudsbech, la présidente Le Rebours, dont le mari était mort sur l'échafaud en juin 1794» mi mois avant la duchesse d'Ayen, mère de M""^ de Montagu. Quelles conversations, quels malheurs ! Entre temps, la noble exilée s'occupait à tricoter des bas de laine pour les émigrés, pour les pauvres. Or, « parmi les pauvres réfugiés d' Altona, un des plus pauvres, était M. de Bonal, évêque de Clermont ». Il avait connu à Paris la duchesse d'Ayen et sa fille, M""^ de La Fayette. Dans la correspondance que le prélat entretenait alors de Paris avec Rome, pour éviter la fatale

rupture de l'Assemblée constituante et du Saint-Siège, la mère recevait les lettres du prélat et les donnait à sa fille qui les faisait parvenir à Rome. Les réponses revenaient par la même voie. M. de Bonal avait en vénération la duchesse d'Ayen, dont la mort tragique rendait le souveiiir plus poignant. A Altona, il fit à sa fille, M""^ de Montagu, un accueil paternel. « La sagesse de son esprit, ses grandes manières, son usage du monde, l'art avec lequel il savait tempérer, sans la perdre ou la faire oublier, sa gravité épiscopale », avaient rapidement conquis même la peu dévote M""^ de Tessé, grande admiratrice de Voltaire. Dans une visite au prélat, celle-ci fut si û'appée du délabrement de sa demeure et de tout ce qui y manquait, qu'elle engagea sa nièce à lui tricoter, aux approchés du fi?oid, une couverture de laine. Le travail de la noble ouvrière fut souvent interrompu, tantôt par le départ en France de M. Adrien de Mun, auquel elle voulut remettre de longues lettres, tantôt par une missive de la princesse d'Hénin, écrivant d'Angleterre à M""^ de Montagu, que sa sœm% M"* de La Fayette, allait venir avec ses enfants. Elle arrive en effet. Un coup de canon annonçant qpi'un navire entre en rade fait tressaillir celles qui l'attendent avec impatience. M"*^ de La Fayette se jette dans les bras de M""® de Montagu qui rompt la première le silence ^Dour lui demander en parlant de leur grand'mère, de leur mère et de leur sœvœ tuées pendant la Terreur : « Les avez- vous vues ? » Non, elle ne les avait pas vues mourir. Mais quel temps ! Quelle entrevue que celle de ces deux dames portant l'un des plus grands noms de France, naguère heureuses, adulées, enviées dans lem' pays, maintenant se racontant, dans un coin obscur de l'Allemagne, le terrible drame où a sombré leur famille après leur fortune ! Pour que rien ne manque à l'ironie des événements et des contrastes, l'une d'elles est devenue, par son mariage, la femme du

grand champion de la Révolution, La Fayette, maintenant vomi par elle, jeté à l'étranger qui l'accueille à son tour et le punit comme un révolutionnaire en le jetant dans la forteresse d'Olmûtz. Sa femme arrivait eii toute hâte pour le rejoindi'e et demander son élargissement à l'empereur. En attendant, elle racontait à sa sœur sa détention en France, sa correspondance avec les révolutionnaires, avec Brissot, par exemple, qui avait reçu d'elle une lettre se terminant par ces mots de sublime impertinence : « Je consens à vous devoir ce service », sa fière réponse devant les tribunaux, sa déteiition dans les prisons de la Terreur, sa délivi'ance.

On devine qu'en entendant ces récits, la marquise de Montagu - avait forcément ralenti son travail d'aiguille pour l'évêque de Clermont. La couverture remise sm* le métier était délaissée au moment des gi^andes émotions, quand, par exemple, M. de Montagu fut sur le point dfr s'embarquer pour Qiiiberon, à Hambourg, où il fut arrêté par la nouvelle du désastre. Le chef-d'œuvre enfin terminé, M"*^ de Montagu l'offrit au prélat, en lui disant que ce travail lui avait porté bonheur, et qu'il se rattachait aux plus doux moments de son exil. M. de Bonal reçut le présent avec infiniment de gi'âce, avouant qu'il avait besoin de la couvertui'e, et promit de s'en servir. « Mais quant à ce dernier point, dit l'historien de sa vie, M™^ de Montagu n'est pas bien sûre qu'il ait tenu parole. Le bon prélat ne savait rien garder, et il trouvait, parmi ses compatriotes, quelqu'un de plus frileux que lui i. »

Cet épisode de l'émigration, choisi entre tant d'autres, nous a paru intéressant à raconter. Cet évêque, l'une des

I- et. Anne-Paule-Dominique de Noailles, marquise de Montagu, 1890, in-i2, P- 149-168. — Il fallut quitter Altona, chassé par la rigueur du climat. Tandis que la famille Montagu s'enlbnce plus avant dans l'Allemagne, M. de Bonal revient en Suisse pour se rapprocher de son diocèse et tombe malade. Dans une lettre datée de Fribourg, 16 octobre ijgS, il attribue l'altération de sa santé à « une longue et cruelle captivité en Hollande » où il fut fait prisonnier par l'armée française. Les événements devaient

plus pures gloires de l'épiscopat, jeté parles événements, par le flot envahisseur des armées françaises, dans un coin de l'Allemagne ; ces grandes dames qu'il a connues à Paris, le retrouvant là après des événements qui ont fauché leur famille ; l'une d'elles, berçant sa. douleur en tricotant pour le vieux pontife exilé et dénué, interrompant son travail pour entendre les récits poignants de sa sœur, M""^ de La Fayette, le prélat recevant avec reconnaissance de ces mains patriciennes une couverture cpi'il donna peut-être à plus pauvre et plus frileux que lui, voilà le tableau que nous présenta la petite ville d'Altona en 1795.

conduire à nouveau M. de Bonal en Allemagne. Il mourut à Munich le 3 septembre 1800. Son métropolitain, l'archevêque de Bourges, apprenant sa lin prochaine, écrivait : « Mes yeux se baignent de larmes quand je pense à la perte dont nous sommes menacés. » Il sentait qu'en M. de Bonal allait s'éteindre l'un des prélats les plus considérables et les plus respectés de l'Église de France. — Theiner, op. cit., 106-122. — M. dePaységnr, par le vicomte de Brimont, 189:;, in-S", p. 344-345-

I. Comment et de quels pays les exilés affluent de tous côtés en Espagne par terre et par mer. — Réceptions triomphales, harangues. — Les plus grandes familles honorées de les recevoir. — Le roi bon, mais timide.

— A la différence de l'Angleterre, c'est le peuple qui, en Espagne, est particulièrement enthousiaste. — IL Bien reçus par le clergé, mais quelques jalousies chez les prêtres espagnols très ignorants. — Attaqués par un éA'êque comme mondains. — Suspects de gallicanisme et de jansénisme. — Tout ministère paroissial interdit à nos prêtres. — III. Réception dans les monastères. — Nos prêtres soumis à la règle très dure et punis s'ils y manquent. — Les évêques retirés, à Montserrat. — Curieuse existence de l'évêque de Tarbes dans son ermitage. — La pitance de Boyer d'Anti dans un douvent. — I"V . Très bien reçus par les évêques. — Prodiges de charité de l'évêque d'Orense. — Misère, métiers divers pour viA're. — L'exclusion de tout ministère plus cruelle encore que la misère.

— aialgré tout, hospitalité mémorable en Espagne. — La réception en Portugal.

L'Espagne, si voisine de la France, devait attirer plus encore que l'Allemagne les malheureux proscrits à la recherche d'un refuge. C'était une nation essentiellement catholique; prêtres et évêqu-es, en débarquant sur cette terre hosiDitalière, étaient sûrs d'y retrouver leur Dieu et les cérémonies de leiu* culte.

Nous les voyons, en effet, quand furent portés les décrets de déportation, et, une seconde fois, après le coup d'Etat de Fructidor, se diriger en masse vers ce pays. Ils n'arrivaient point seulement des départements limitrophes. Les provinces plus éloignées, comme l'Albigeois, le Quercy, la Guyenne, le Périgord, le Rouergue, le Gévaudan, le

Velay, l'Auvergne,, le Limousin, le Poitou, envoient des légions de fugitifs. Il n'est pas jusqu'à la Vendée, la Bretagne, qui ne fournissent un contingent important à cette émigration ecclésiastique. La voie la plus natm-elle était le passage des Pyrénées. Il se fait à travers ses gorges, ses routes, ses sentiers, une infiltration incessante. En une seule nuit, on voit passer treize voitures remplies de prêtres déportés dans les montagnes de l'Ariège. D'autres arrivent par mer. Partis de Brest, de Saint-Nazaire, de Paimbœuf, des Sables-d'Olonne, de Bordeaux, d'Agde, etc., ils débarquent sur les rivages de la Péninsule. Les documents sur l'émigration espagnole ne sont point assez précis pour établir le nombre des réfugiés. Il fut très considérable. L'archevêque d'Aucb évaluait à plus de 3, 006 les prêtres accueillis dans les seules provinces de Catalogne, d'Aragon et de Valence. Deux archevêques et treize évêques français passèrent et résidèrent plus ou moins longtemps en Espagne ^.

La réception fut triomphale. Cette catholique et géné^ reuse nation vit en eux des prêtres, des malheureux. C'était assez poui' émouvoir son cœui' et sa foi. Les relations des témoins oculaires nous disent l'empressement admirable du peuple auprès des réfugiés. C'est à qui se portera à leur rencontre, à qui les recevra dans sa maison. Les

I. Les deux archevêques étaient M. de La Tour du Pin Montauban, archevêque d'Auch, et M. de Fontanges, archevêque de Toulouse. Les évèques étaient : MM.. de Noé, évêque de Lxiçon ; de La Neufville, évèque de Dax; de Cahuzac de Gaux, évèque d'Aire; de Montaignac, évêque de ïarbes; de Villevieille, évêque de Ba5'^onne; deRoyère, évêque de Castres; de Castellane, évêque de Lavaur ; de Chanterac, évêque d'Alet ; d'Osmond, évêque de Coinminges; de Lastic, évêque de Rieux ; de Couc}'', évêque de la Rochelle; de Thémines, évêque de Blois ; de Bruyère-Chalabre, évèque de Sainl-Omer. Signalons sur l'émigration du clergé français en Espagne l'étude du P. Delbrel, dans les Etudes religieuses de septembre, octobre et novembre 1891, et les ouvrages de M. Geofifroy de Grandmaison : L'Ambassade française en Espagne pendant la Révolution; Un curé d'autrefois, l'abbé de Talhouët. L'Allemand Fischer dit avoir compté en Espagne, en 1397 et 1798, 22,000 ecclésiastiques, chiffre évidemment exagéré. On signale 000 prêtres daiis la ville de Bilbao, en septembre 1792. L'évêqUe de Luçon écrit en mars ijgS : « Presque tout mon clergé est en Espagne. » Theiner, II, pp. 253, 263.

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femmes du plus haut rang leur prodiguent les soins les plus humbles. « Il me semble, s'écrie l'ime d'elles, cjue je sers les apôtres. » Lorscpie, après lem* séjour, lès convives ainsi choyés parlent d'acquitter leur dette, on leur répond avec une vivacité tout espagnole : Injuria, seûor, injuria, pro amore Dei. « "Vous nous faites injui*e, Monsieur, vous nous faites injm-e ; c'est pour l'am^our de Dieu ^. »

Les démonstrations envers les évêques étaient particulièrement imposantes. Lorsque l'archevêque d'Auch a passé la frontière avec les évêques de Lavaur et de Tarbes, leur voyage du val d'Aran à Montserrat s'opère au milieu du concours et de l'acclamation des populations. « Les honneurs qu'on nous rendait, dit l'un d'eux, dans les villes et villages où nous passions, donnaient à notre marche un air de triomphe, et vous n-auriez pas cru que nous n'étions que des fugitifs. Le bruit de nos malheurs, répandu dans la Catalogne, attirait sur notre passage un peuple nombreux, qui venait même des endroits éloignés de notre route ; il nous suivait en poussant des cris de joie, en demandant notre bénédiction, et en nous offrant des vœux pour la fin des maux de l'Eglise et pour notre j)rompt retour dans notre patrie. Partout nous étions annoncés par le bruit des cloches et de la mousqueterie. Les alcades ou maires, les corps séculiers et réguliers, venaient nous haranguer. » Les récits des exilés, en nous rapportant mille ti^aits touchants d'une charité naïve, ingénieuse, font revivre à nos yeux le souvenir d'une hospitalité qui ne fat nulle part plus populaire et plus généreuse. Les grandes familles ne veulent pas rester en arrière. Un hmnble prêtre, petit vicaire de village, est recueilli dans une des maisons les plus aris^ tocratiques de Madrid, y occupe l'appartement le plus luxueux, (( la chambre de la reine », et trouve tous les

I. Relation d'un prêtre déporté du diocèse d'Angers. ÇReviie de l'Anjou et du Itaine, i853-i854, p. 568.)

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Jours un écu sous son couvert. A Majorque, le marquis de Gampo-Franco met une de ses propriétés, El Rafal, à la disposition de M. de Fontanges, archevêque de Toulouse. Après son départ, l'ornement qu'il portait à l'autel est précieusement conservé et une inscription rappelle qu'il a servi à un prélat exilé pour sa foi i.

Charles IV marchait de cœur avec la nation dans ces témoignages de compassion poui' des malheureux. Mais 11 était trop insignifiant pour faire triompher ses sentiments. On le vit, d'un côté, distribuer, de 1792 à 1800, plus de aSo.ooo livres au clergé exilé ; de l'autre, signer les ordonnances les plus déplorables. Celle du 2 novembre 1792 confinait les prêtres étrangers dans l'intérieur des terres, à vingt lieues de la frontière, leur interdisait le séjour de la capitale et des grandes villes, les internait dans les monastères où ils devaient mener la vie commune. La guerre qui, en 1798, éclate avec la France, rend très difficile l'accès de l'Espagne ; et quand la paix est signée en juillet 1796, le désir de vivre en bonne intelligence avec la République arraché au gouvernement de nombreuses expulsions et déportations de prêtres réfugiés.

En Esx3agne, c'est le joeuple qui se lève pour faire aux prêtres émigrés une réception digne de leurs vertus et de leur infortune. En Angleterre, nous avons surtout admiré la conduite des pouvoirs publics et des classes diiûgeantes, qui se montrèrent admirables envers des proscrits, alors que des préventions et des haines fermentaient encore dans le fond de la nation. En Espagne, c'est le peuple qui acclame, qui assiste en leur personne les représentants de Dieu, persécutés pour leur foi, tandis que le gou-

I. Citons ce trait de la sympathie des Espagnols. Deux prêtres n'ayant pas de parapluie, et pour cause, longent une maison par une grande averse. Une servante arrive eh toute hâte et les force à accepter, « de la part de ses maîtres », comme cadeau, une paire de parapluies qui les préservera de l'ondée. (P. Delbrel, loc. cit.) -

vemement trahira trop souvent les devoirs de l'hospitalité.

Le clergé français devait naturellement s'attendre à recevoir bon accueil du clergé espagnol. Son espérance ne fut pas trompée. Il faut néanmoins convenir que, plus d'une fois, des préventions, des? jalousies vinrent contenir l'élan de sa générosité et, en cpielque sorte, gâter l'accueil qu'il faisait à ses malheureux confrères. Dans le diocèse de Tolède, les largesses du cardinal-archevêque Lorenzana indisposent plusieurs de ses prêtres, qui regardent comme enlevé à eux-mêmes ce qui est donné à autrui. On profite de la chuté de Robespierre pour pousser le prélat à les renvoyer dans leur pays. On ne craint pas de calomnier nos compatriotes ; on leur reproche, en particulier, d'avoir lâchement abandonné leur troupeau. Dans les Universités, on voit soutenir- des thèses sur le devoir de la résidence imposé aux pasteurs. Ces griefs trouvent créance auprès de deux prélats, l'évêque de Girone et l'évêque de Santander. Ce dernier, don Rafaël Menendez, qui avait, en 1792, fait bon accueil aux émigrés, lance en 1794 un mandement sévère poui* le clergé finançais qu'il accuse, dit-il, de s'être livré aux pomj)es de la vanité et du luxe avant 1789, qu'il incrimine d'avoir amené la Révolution ^ 11 y avait beaucoup d'ignorance dans les préventions du

I. « En France, dit l'évêque de Santander, clercs, prêtres, étirés, religieux, évêques, se peignaient, se frisaient, se pommadaient, se poudraient, comme les enfants du siècle les plus imbus de l'esprit de siècle »; et au moment de leur expulsion, « ils se présentèrent en Espagne soigneusement peignés et comme en tenue de gala ». Le prélat conclut par cette apostrophe son long dithyrambe : « O scandale! ô éternel opprobre du clergé français! opprobre qui ne peut se laver qu'avec des larmes bien brûlantes, d'autant qu'il est impossible que l'eau froide suffise pour faire disparaître toute cette pommade. » El Reyno de Dios... Exhortacion que el <'bispo de Santander, etc., i-jQi.

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clergé espagnol contre le clergé français. Il ne connaissait guère l'histoire de notre pays. Des émigrés rencontrent en Aragon une population cpii, en lyga, n'avait pas entendu parler des événements de France.

Ces attacpies blessèrent l'épiscopat français. « Elle est bien extraordinaire, écrit de Suisse l'évêqne de Luçon, cette conduite de certains évêques espagnols à notre égard; et quand je compare le sort que nos frères éprouvent en Angleterre avec celui qu'ils éprouvent dans le royaume catholique, je ne reviens pas de mon étonnement, et je regrette bien que mes amis n'aient pas préféré d'aller en Angleterre où tous les persécutés sont recueillis et secourus avec une générosité qui doit couvrir de confusion les pays catholiques I. »

Tandis que l'évêque de Luçon commente avec cette émotion des attaques dont, à distance, il s'exagère la gravité, l'archevêque d'AUch s'occupe de les réfuter dans un mémoire qu'il comptait envoyer à Rome. L'abbé Larroque, plus tard vicaire général de Toulouse, publia son Apologeticus adHispanos, et un grand vicaire de Saintes rédigea un traité 2 sur le même sujet.

Il était aisé de justifier la conduite du clei'gé français, de prouver qu'il n'avait quitté son poste que pour fuir la persécution et la mort ; mais d'autres préventions étaient plus difficiles à vaincre. Le gallicanisme n'avait pas cours au-delà des Pyrénées, il leur fut reproché. En traitant nos prêtres de gallicans, on oubliait qu'ils avaient tout sacrifié à l'unité avec le Saint-Siège. On les tenait aussi pour jansénistes, plusieurs, comme l'écrivait à l'un d'eux M. Emery, ayant gardé « de leur première éducation un souA^enir de jansénisme, des préjugés rigoristes 3 », Aussi

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