‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 256 sur 354 · Lettré inédite de M. de Mercy, Soleure, 16 lévrier i · texte numérisé non relu

Lettré inédite de M. de Mercy, Soleure, 16 lévrier i

2. Ce traité de l'abbé Taillet est publié. dans les Martyrs de la foi pendant la Héœlation, par l'abbé Guillox. — 1821, 1. 1, p. Sog'; t. II, pp. 492, 552, etc.

3. Archives de Saint-Sulpice, lettres de M. Emery à M. Babal, à Orense.

un évêque espagnol répondait-il à. une demande de pouvoirs de confesser, faite par des émigrés : « Non, vous vous aviseriez de refuser ou de différer l'absolution et vous recevriez quelcpie coup de couteau. » N'était-ce pas xm peu par Jansénisme, un peu par dédain des coutumes étrangères, que les nombreux prêtres du Périgord et de l'Agenais, réfugiés à Saragosse, assistant pour la première fois, en 1798, à la solennelle procession en l'honneur de la Vierge del Pilar, si vénérée des Aragonais, prirent scandale de voir clergé et fidèles faire la génuflexion en défilant devant la statue ? En passant à leur tour, ils se contentèrent de s'incliner, voulant éviter tout ce cpii pou vait ressembler à l'idolâtrie. Etonnement et bientôt huées et menaces des Espagnols si ardents dans leur foi. Pour les calmer, il fallut prétexter l'ignorance des étrangers sur les usages nationaux. Mais leur réserve vint refi'oidir la compassion envers les proscrits. Parmi les motifs de défiance, il y en avait un bien étrange. Gn paraît craindre que des prêtres exilés ne partagent et ne viennent répandre quelques-unes de ces idées françaises, icleas francesas, que la Péninsule avait en horreur et qui mettaient le feu aux quatre coins du monde.

C'en était assez pour faire appi'ouver par l'Eglise espagnole l'ordonnance royale du 2 novembre 1792, qui interdisait aux prêtres français le ministère de la prédication, de la confession et l'enseignement public ou privé i. On

I. L'article lo de l'ordonnance portait : « Il ne lenr sera donné de pouvoirs que pour entendre les confessions les uns des autres, nullement pour confesser les fidèles; on leur' refusera absoUiment la permission de prêcher; on pourra les autoriser à célébrer le saint sacrifice rtc la messe, mais non à exercer aucune autre des fonctions ecclésias- Hques. » — Art. ii : « Ils ne devront s'adonner à aucune sorte d'enseignement, ni public, ni privé. » — En fait, il j eut de nombreuses exceptions a cet exclusivisme déjà si rigoureux. Dans les diocèses de Tolède, d'Orense, des prêtres français eurent une certaine participation au ministère public.'Il y eut parmi eux quelques prédicateurs en renom. Les établissements publics d'instruction ne leur furent ouverts que difficilement et avec permission expresse ; mais un grand nombre donnèrent des leçons et prii'ent des préceptorats. (Delbrel, loc. cit.)

96 LE CLERGÉ RÉFUGIÉ EN ESPAGÏfE

sait que la République, lorsque les relations avec le gouyernement espagnol devinrent plus amicales, encouragea puissamment, par haine des émigrés, tout ce qui pouvait leur nuire.

L'attitude des religieux à l'égard du clergé français, tout en restant ordinairement correcte et même généreuse, ne fut pas toujom's sans reproche. L'ordonnance royale de 1792 prescrivait aux exilés, comme résidence obligatoire, les couvents et les monastères. C'était poiu' eux une bien rude épreuve. Il fallait d' abord se faire agréer, et bien des maisons « font toutes sortes de difficultés pour les recevoir ». Quand on est entré, plusieurs hôtes se trouvent parfois entassés dans im étroit espace, si l'édifice est petit. Quand il est grand, lorsqu'on a la chance de trouver refuge dans une abbaye, les néo-religieux se voient sans préparation, sans vocation, astreints tout à coup à la règle de la communauté. Les moines espagnols, avec leur nature ardente, leur- foi naïve et impérieuse, ne comprennent guère les atermoiements et les accommodements avec la règle. Tel doctein' en Sorbonne a l'obligation de balayer le réfectoire. Il est formellement défendu de sortir sans permission. Dans certaines provinces, l'évêque, l'abbé, font un devoir aux prêtres d'assister à tous les offices, de chanter les messes, d'olDéir aux supérieurs. tJn manquement est même parfois puni de « la relégation dans de pauvres couvents perdus au sommet de sierras à peine habitables ^ ».

Quand j)lusieurs réfugiés sont réunis sous le même toit, ils trouvent dans leur intimité, dans le rapproche-

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