Abbé Baston, op. cit., I, 3o
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deux enfants, Êlzéar et Delpliine, qui ont pour mère la comtesse de Sabran, la fameuse correspondante de Boufflers. En 1787, Delphine, à peine âgée de seize ans, épouse le fils du général de Gustine. Le mariage est célébré à Anizy dans le château niême de l'oncle, qui va le bénir, dont on escompte la succession en faveur d'une nièce sans grande fortune, et qui s'engage déjà pour 6,000 livres de rentes. C'est là qu'elle venait tous les ans passer l'été avec sa mère ? « L'évêque, écrit la comtesse de Sabran, leur a fait un discours plein de raison et de sentiment, qui a attendri tout le monde. » Après la cérémonie, il y eut déjeuner, fête champêtre, des jeux de toutes sortes dans les vastes jardins d' Anizy. Bientôt les réjouissances recommencent au Bartais, autre maison de l'évêque. Festins, musique, chansons, bals de bergers et de bergères à la manière du temps, enthousiasme des paysans, rien ne manqpie à la joie des jeunes gens, pas même les conseils et les exemples de Philémon et Baucis, qu'on découvre tout à coup dans une cabane au fond des bois. Les fêtes durent huit jours, et la comtesse de Sabran en envoie une description pleine de sentimentalité * à son cher Boufflers. C'est à Anizy que les deux « tourtereaux », selon l'expression de leur mère, passent la lune de miel. Puis vient la présentation du jeune couple à la cour, puis le pèlerinage à Notre-Dame de Liesse, que ne manquaient jamais de faire les princesses. Ils ont la naissance, la jeunesse, la beauté, et en les voyant ainsi commencer leur vie sous d'aussi brillants auspices, on est tenté de leur dire avec l'évêque, leur
I. « Des lampions couverts comme à Trianon donnaient une lumière si douce et des ombres si légères que l'eau, les arbres, les personnes, tout
Faraissait aérien. La lune avait voulu être aussi de la fêle quoiqu'on ne en eût pas priée : mais son éclat argenté et incertain, loin de la ternir, lui prêtait des charmes et elle se réfléchissait tout entière dans l'immensité de l'eau que tu connais ; elle aurait donné à rêver aux plus indifférents et pénétré dans l'âme des plus endurcis. De la musique, des chansons, une foule de paysans bien gaie et bien contente suivait nos pas, se répandait çà et là pour le plaisir des yeux. Au fond des bois, dans l'endroit le plus solitaire, était une cabane, humble et chaste maison. La curiosité nous y porta, et nous y trouvâmes Philémon et Baucis, courbés sous le poids des ans et se prêtant encore,un appui mutuel pour venir à nous. Ils donnèrent d'excellentes leçons à nos jeunes époux et la meilleure fut leur exemple. Nous nous assîmes quelque temps avec eux et nous les quittâmes attendris jusqu'aux larmes. » Correspondance de la comtesse de Sabran et du cheçatier de Boufflers, publiée par Màgnieh et Prat.
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oncle : Soyez heureux. Hélas, hélas ! Voici la Révolution qui arrive, impatiente de faire expier à tous ceux qui ont joui, à tous ceux qui ont un nom, cette insupportable inégahté. Bientôt le château d'Anizy, la splendide demeure des évêques-ducs de Laon, dont le toit tutélaire a abrité l'enfance de Delphine, tombera sous le marteau des démoMsseurs. Delphine verra, malgré ses supplications au tribunal révolutionnaire, son beau-père, le général de Gustine, son mari, brillant militaire, monter à l'échafaud. Elle-même n'échappera à la mort que par miracle. Son oncle, l'évêque de Laon, chassé de son siège, réfugié à l'étranger, ne reverra pas sa patrie et mourra en Pologne, chez les princes Lubomirski. Son frère, le jeune Elzéar, qui, tr.op petit encore en 1787, avait tenu, monté sur une chaise, le xDoêle au-dessus de la tête de la mariée, errera à son tour, emporté par la tempête. Le brillant chevaher de Boufflers, qui a épousé en exil la comtesse de Sabran, finira prosaïquement dans rnie place de bibliothécaire. Enfin, après la tourmente, Delphine deviendra l'amie délaissée et triste de Chateaubriand rentré en France. Quel désenchantement, quelles ruines ! Quel voile de deuil la Révolution se chargeait de jeter sur ce brillant décor de l'ancien régime ! Où sont aujourd'hui ces châteaux épiscoj)aux où, sous les auspices d'une noble prélature alliée à toutes les grandes familles, s'étaient déroulées tant de fêtes ?