CHAPITRE SEPTIEME Engouement pour les affaires publiques
Attrait des administrations temporelles. — Le goût pour les affaires publiques entraîne une partie du clergé, durant la seconde moitié du xvm° siècle. — Enthousiasme pour les théories des économistes. — Préoccupations profanes, en pleine Sorbonne, de Turgot, Brienne, Morellet, Talleyrand, Vergniaud, le futur Girondin. — Cahiers de séminaire de Sieyès. — Les écrits de Necker, l'assemblée des notables, les assemblées provinciales précipitent le mouvement. — Les évêques administrateurs.
Le lecteur peut déjà pressentir que les évêques de l'ancien régime, si importants par leurs dignités spirituelles et temporelles, par leur naissance et leurs richesses, devaient paraître dans les administrations locales, provinciales, et se mêler activement à tous les intérêts du pays. Dans leur ville épiscopale, ils ne pouvaient guère recueillir que des honneurs et qu'exercer une sorte de patronage dû à leur situation,- à leur caractère et à leur crédit. Leur rôle en pays d'Etats et dans les assemblées provinciales était plus considérable et leur conférait de véritables droits. Dans le clergé, les esprits les plus ouverts s'étaient portés vers les questions administratives, sociales et pohtiques. Les spéculations théologiques qui, au moyen âge, étaient la préoccupation de tous, qui, au xvii^ siècle, avaient encore dominé l'opinion et inspiré tant de controverses, ne passionnaient plus l'âge suivant. Dans l'Eghse même, bien des candidats à la licence voulaient mener de front les études profanes et les études
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sacrées. Les Mémoires de Morellet nous initient à la yie que menaient en Sorbonne, au milieu du xviii® siècle, de 1^48 à 1760, Turgot, l'abbé de Brienne et plusieurs de leurs condisciples. Saint-Simon dit du cardinal de Polignac que « deux fois il avait entrepris une licence, deux fois il l'avait abandonnée. Les bancs, le séminaire, l'apprentissage de l'épiscopat, toutes ces choses lui louaient, il n'avait pu s'y captiver. Il lui fallait du grand, du vaste, des affaires, de l'intrigue ». Les abbés du xviii^ siècle ont plus d'énergie, et j)r étendent savoir ce que demande le monde et ce que demande l'Eglise. Brienne, songeant déjà à devenir ministre, étudiait, dit Morellet, « la théologie comme un Hibernois pour être évêque, et les Mémoires du cardinal de Retz pour être homme d'Etat ». Turgot est encore au séminaire de Saint- Sulpice et n'a pas vingt-deux ans, lorsqu'il adresse, le 7 avril 1749» ^ l'abbé Gicé, futur évêque d'Auxerre, sa lettre sur le papier monnaie, le premier écrit économique que nous ayons de lui. Déjà tous les projets que le futur ministre devait essayer plus tard de faire passer dans les lois, bouillonnaient dans ce jeune cerveau. Ses discours, ses cahiers de Sorbonne, révèlent une activité prodigieuse. « On eût dit de Tui'got qu'il avait déjà dans l'esprit, quand il était à la Sorbonne, » qu'il quitta à vingttrois ans, « tout ce qui en sortit plus tard; de sorte que le seul travail des trente dernières années de sa vie, aiu'ait été simplement de produire au grand jour ce qu'il avait acquis pendant les dix-huit mois qu'il avait passés dans cette maison célèbre ^ »
Suivons le cours du siècle. Sieyès, néàFréjus en 1748, élevé tout d'abord chez les Jésuites de sa ville natale, puis chez les Doctrinaires de Draguignan, est au séminaire de Saint-Sulpice en 1765. On possède encore tous ses manuscrits de cette époque et des années suivantes. On comprend que, devant ces ébauches hardies et plus ou moins orthodoxes, devant cet entraînement vers des sujets étrangers à la science religieuse, les supérieurs de
I. Léon Say, Turgot, i88j, p. 24* Nourrisson. Trois révolutionnaires, Turgot, etc.