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Parmi tous ces prélats si nettement acquis à la contrerévolution, y en eut-il qui passèrent eux-mêmes à une action militante? Sous la Constituante, les agissements du cardinal de Rohan, retiré à Ettenheim, au-delà dit Rhin, fm*ent plusieurs fois dénoncés à la tribune, en particulier parle prince de Broglie dans la séance du 4 avril 1791. On accusa le prince-évêqpie dé Strasbourg d'avoir recruté, sous le nom de légion noire, un corps militaire qui, commandé par Mirabeau le jeune, était destiné à combattre la Révolution. On sait que Condé se rabattit sur Ettenheim avec une armée d'émigrés. Rohan, obsédé de leurs exigences, s'enfuit au couvent de Saint-Biaise dans une gorge retirée de la forêt Noire. La brouille ne dut pas être bien grande, car le comte dé Mérode rencontrait plus tard auprès de Condé le héros de l'affaire du collier. Ettenheim abrita l'amour de deux jeunes gens destinés, semble-t-il, à tous les bonheurs de la vie, Charlotte de Rohan et le duc d'Enghien. Le cardinal avait marié sous le manteau sa nièce avec un Boui'bon. On sait que c'est à Ettenheim que Bonaparte fit enlever le prince pour le faire fusiller dans les fossés de Vincennes.
drez bien le traiter comme votre enfantj puisqu'il est celui de A'ptre ami. Les nouvelles politiques nous paraissent bonnes. Elles sont excellentes surtout si l'armée de la Vendée, qui, selon toutes les apparences, va enfin donner la main aux Anglais, poursuit ses avantages. Recevez l'assurance de l'inviolable attachement de toute ma famille. Nos cœurs vous sont connus. Ils ne pourraient changer que pour vous aimer davantage. » Arch. a£F. étr., vol. 640, pp. 45, 44- — M* ^^ Mercy écrit- de Chiasso le 1" juin 1793 : « JNI. d'Antraigues est notre voisin et le correspondant intime de presque toutes les puissances et de nos princes. » Lettre inédite. — Dans la correspondance entre d'Antraigues et M. de La Fare, citons cette lettre écrite par d'Antraigues le.2i août ijgS : « Je ne voudrais pas. Monseigneur, que vous puissiez, m'accuser de manquer aux engagements que j'ai contractés envers vous au. sujet des insinuations dont j'ai dû défendre mon honneur, d'abord auprès du roi mon maître, et auprès du public si j'y étais forcé. » Dans une lettre du 7 octobre 1796 au duc de La Vauguyon, d'Antraigues proposait « une guerre de religion à faire déclarer parle pape ». Ai'chiv. aflf. éti"., i6id.,.vol. 634,'p. 1127H7, 167 et suiv. — Les papiers de d'Antraigues forment plusieurs volumes aux Archives des Affaires étrangères. On y voit les détails de la terrible brouille avec, son secrétaire, l'abbé Dufour.
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Le seul prélat qui ait paru et qui se soit fait tuer dans l'armée royaliste est M. de Hercé, évêque de Dol. Gelui-là n'obéissait point à des considérations humaines. Et même a un Gonzié, à un Maury, à ces ambitieux qui s'en vont s'agitant, bourdonnant, prophétisant, remplissant Rome et tous les chemins de l'émigration de leur encombrante personnalité, on pourrait opposer cet homme qui voulut servir la cause- monarchique moins en politicien qu'en chouan. Nous connaissons déjà l'évêque, son amour de la résidence, sa piété, sa vie angélique. Il y avait de plus en lui un citoyen défiant des nouveautés, partisan résolu de la tradition pour la monarchie comme pour l'Eglise. Membre de l'assemblée des notables, il fit de telles remontrances à Louis XVI sur les projets présentés à la discussion que le roi lui demanda de quel droit il lui adressait ces observations. « Du droit que me donne ma crosse », aurait répondu l'évêque. M; de Hercé se montra un des plus ardents adversaires de là constitution civile du clergé, et ne se laissa arracher de son siège et de son pays qu'au dernier moment, à la fin d'août 1792, quand la situation n'était plus tenable. Réfugié en Angleterre, l'évéqne de Dol, l'œil fixé sur la patrie, suit avec une émotion poignante les terribles événements de France, et fi-émit d'impatience, comme évêque et comme gentilhomme, de ne pouvoir s'associer aux luttes et aux dangers des Vendéens et des Bretons. N'y tenant plus, le i^»" janvier 1795, il adresse de Londres aux « ecclésiastiques non assermentés attachés aux fonctions du saint ministère près l'armée catholique et royale de Bretagne », une lettre pastorale qui a je ne sais quelle allure guerrière. Il félicite ces prêtres d'avoir tout sacrifié pour défendre la cause de la i'eligion et de la monarchie contre tant d'attentats et de
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crimes ^. Il marque sa particulière recomiaissance à « ces combattants intrépides qui, si souvent et si courageusement, ont exposé leur vie sous le drapeau d'une armée qui se glorifie du titre auguste d'armée catholique et royale, armée aussi imposante par la valeur et l'activité des chefs qui la commandent que par son dévouement à la religion et sa fidélité à son légitime souverain; a ces vertueux citoyens, à ces fidèles Bretons qui, se trouvant dans l'impossibilité de prendre les armés, ont rendu d'ailleurs les services les plus signalés, et n'ont pas craint d'exposer leur vie en prodiguant aux ministres des autels, et aux défenseurs de la cause du plus malheureux des rois, tous les secours qui étaient de leur pouvoir ».
Ces pages, écrites au commencement de 1796, font pressentir que M. de Hercé ne pourra se défendre de preiidre part à l'expédition de Quiberon qui se prépare pour le printemps. Il se consume d'impatience en Angleterre. « Que de chagrins, dit-il, ont empoisonné depuis trois ans notre malheureuse existence! » Il y a là-bas des fidèles, ses enfants spirituels, qui souffrent, qui combattent pour Dieu et pour le roi, et M. dé Hercé, leur père et leur pontife depuis trente ans, n'est point avec eux pour les soutenir et les consoler. Sa résolution est prise, il va partir. On essaie de le retenir en lui montrant le danger qu'il
I. « Vous avez sacrifié vos biens, votre liberté, votre vie même pour la défense de cette sainte religion que nos pères nous ont laissée comme leur plus précieux héritage... La férocité des tyrans qui ont osé tremper leurs mains dans le sang du plus juste et du meilleur des rois, le nombre incalculable des victimes qu'ils ont immolées à. leur haine et à leurs vengeances; la nature et la cruauté des supplices qu'ils mettent en usage, n'ont fait qu'augmenter votre constance et votre fermeté. Vous êtes enA'ironnés de ce guerrier généreux, de ce nouveau Judas Macchabée, que le zèle de la maison du Seigneur a armé contre les ennemis de la religion et du trône, et que la patrie compte déjà parmi ses héros et ses libérateui>s. Vous avez, comme lui, bravé les éléments, la rigueur des saisons, les cachots, les prisons, les échafauds,:la mort même. Votre récompense est assurée dans la céleste patrie. » Les letti*es pastorales de M. Hercé sont données par l'abbé Guillon, Les martyrs de lafoi,\.l\l^ p. 291-304, .et la première par l'abbé de Lubersac, Journal de Vémigration,iSo3. r- ^'^^''' aussi Gh. Kobert, Urbain de Sercéyéçêque de Dol, 1900, in-8°, p. 343-438.
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affronte ; mais l'évêque de Dol ne veut rien entendre, parce qu'il a conscienee d'accomplir un devoir, parce qu'il pense servir, non des intérêts humains, mais une cause sainte pour laquelle il est prêt à verser son sang. On peut l'en croire quand il s'écrie : « Dieu nous est témoin que si, du fond de cette terre étrangère, nous soupirons après lé moment de voir finir notre éxil>ce n'est ni l'indigence à laquelle nous sommes réduits, ni l'espoir de rentrer dans nos biens, ni l'ambition d'occuper une place éminente, qui excite en nous cette extrême impatience, mais le seul désir de nous réunir au troupeau que la divine Providence nous a confié, de courir après tant de brebis égarées qui, malgré leur infidélité, ne cessent de nous être chères, de consoler ceux qui souffrent pour la foi de Jésus-Christ. » Voilà le cri du pasteur, du missionnaire apostolique, titre qu'il a reçu du Saint-Siège pour, toute la Bretagne. S'il meurt en accomplissant cette fonction sainte, il sera martyr. De quel ton il répond à ceux qui lui prêchent la prudence : « Que peut-il nous arriver que de perdre la vie pour Jésus-Christ? Ne savez-vous pas qu'on a détruit toutes les anciennes reliques dont la France était en possession? Eh bien! nous allons lui en fournir de nouvelles. » Il va donc faire des reliques. Avant de s'embarquer pour Quiberon, il rédige et fait imprimer le mandement qu'il se propose d'adresser à ses diocésains en mettant le pied sur les côtes bretonnes. Il y. baise d'avance la terre de sa chère patrie. Il s'écrie avec émotion : «De tristes récits venaient sans cesse, de l'extrér mité des mers, répandre l'amertume sur notre vie, et nous faisaient désirer à chaque instant de pouvoir aller nous jeter au milieu de vous pour vous consoler dans vos peines, avec A l'espérance que notre courage déconcerterait nos ennemis, ou, s'ils conservaient leur férocité, de vous donner du moins, en expirant sous vos yeux, d'utiles leçons et de grands ■ exemples. » Nous reprenons parmi vous
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notre ministère « dont, quoi qu'il arrive, nous n'interrotnprons plus les saintes foneîi^s ». Il y a dans ces paroles l'accent d'un pontife qui croit que sa place est au milieu de son troupeau, surtout quand ce troupeau est assailli par les loups, et qui veut le défendre, marcHer à sa tête et partager son sort. M. de Hercé ne dissimule ni la grandeur du danger, ni l'énergie de ses résolutions. « Mourir à vos côtés, dit-il à ses fidèles Bretons, notre sort nous paraîtra préférable à la vie et nous regarderons la mort comme un nouveau bienfait. » La mort vint en effet. On connaît le sort de l'expédition de Quiberon.-L'évêque de Dol, débarqué le i6 juillet 1795, refusa d'abandonner, pour sauver sa vie, ses compagnons d'infortune. Condamné à mort avec son frère et d'autres prêtres, il se montra héroïque et fut fusillé à Vannes, le 3o juillet, à l'âge de soixante-neuf ans.
Les catholiques, les royalistes, saluèrent en M, de Hercé un martyr. Bien que la cause de Dieu fût au premier rang de ses préoccupations, bien qu'il participât à l'expédition moins en soldat, en guerrier, qu'en prêtre, en aumtoier, et que le premier salut adressé à ses diocésains ait été cette parole évangélique -.Fax çobis, la paix soit avec vous, les déclarations de ses mandements, les prières qu'il y demandait pour « les princes », pour Louis XVII, l'enfant royal, qui en ce moment même était expirant au Temple, nous rappellent que l'^vêque de Dol ne séparait point la cause de la religion de la cause de la monarchie ; mais j en combattant pour l'une et pour l'autre, il croyait remplir un devoir sacré, et marcher en quelque sorte au martyre par un double chemin. On conviendra que cette confusion avait été puissamment aidée par les crimes de la République. Aussi saluons ce héros. Lorsqu'on fait à une conviction sincère le plus grand sacrifice ;qui soit au pouvoir de l'homme, celui de sa vie, on est sûr de n'être point confondu avec de vulgaires, politiciens et de s'ou-