Lettre inédite de M. de Boisgelin, aS tévrier ij
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de la municipalité cet éloge funèbre : « C'est aux soins de M. de Beauteville, dit le premier magistrat de la cité, que, vous devez ces belles routes ouvertes, depuis vingt années qui, joignant aux pays circonvoisins un pays que la nature semblait en avoir absolument séparé, nous ont fait cesser d'être, pour ainsi dire, étrangers au reste de la province, qui ont assuré et facilité l'exportation des fruits de nos labeurs et de notre industrie, et l'importation des denrées de première nécessité que nos terres ingrates nous refusent, et qui enûn nous ont fait voir les voitures rouler dans les lieux où le cavalier le plus bardi ne passait autrefois qu'en tremblante »
Qui n'eût béni une activité et une autorité s' exerçant par de tels bienfaits. Dans ces diocèses du Languedoc, bien que l'usage, l'organisation financière du pays, consacrent j^resque partout la prépondérance de l'évêque, il est cependant des contrées où le prélat doit s'appuyer pour agir moins sur sa situation légale que sur son ascendant moral. Tandis qu'à Mende l'évêque est en quelque sorte tout-puissant, nous voyons, à Viviers, Mgr de Villeneuve s'imposer par la force de la volonté, par la supériorité de ses lumières, plus que par ses droits constitutionnels. Un historien local nous le montre connaissant parfaitement bien les intérêts du pays et « les soutenant avec énergie, dominant sur tous les ordres séculiers de son diocèse. Il avait très peu d'autorité temporelle, mais en somme il en avait plus que s'il en avait été revêtu. Il commanda toujours dans les Etats du Vwarais ~ ».
A l'est et à l'ouest du Languedoc, d'autres pays d'Etats occupent l'activité et exercent les talents de l'épiscopat. En Provence, Mgr de Boisgelin, archevêque d'Aix, préside depuis près de vingt ans, assisté de deux évêques,
I. Elisée Nazairb, Eloge de Mgr de Fumel, 1890. — Recherches historiques sur la cille d'Alais, 1860, in-8, p. 5o et suiv. — Notice sur le cardinal de Bausset par l'abbé de Monxesquiou.
a. Histoire manuscrite des évêques de Viviers par Soulavie.
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V assemblée générale des six cent quatre-vingts communautés de la province, qui se réunissent dans la petite ville de Lambesc. Sa supériorité, sa souplesse insinuante et caressante, font accepter sa direction par cette nation provençale si vive, si irritable, si déliante de l'autorité. Il parvient à inspirer confiance et à exciter entre les communautés une émulation salutaire pour le bien public, à imprimer enfin une impulsion vigoureuse à l'administration jusqu'alors un peu languissante de cette province. Une grande œuvre, le canal Boisgelin et les superbes routes qui sillonnent aujourd'hui la Provence, furent le résultat de cette impulsion. Il fonda luae société d'agriculture, s'occupa des reboisements, créa un corps spécial d'ingénieurs des ponts et chaussées pour la Provence. L'habileté, les talents déployés dans ce pays par M. de BoisgeHn, avaient porté au loin sa réputation. On associait son nom à celui de DiUon, bien que le président des Etats du Languedoc opérât avec plus d'éclat et sur un ]d1us grand théâtre. En 1778, M. de Roquelaure, évêque de SenHs, recevant BoisgeHn à l'Académie française, lui parlait en ces termes de son rôle en Provence : « Le pubhc et l'Académie, Monsieur, rendent justice à vos talents et à vos connaissances dans les matières d'administration. Elevé sur un des plus beaux sièges de France, et placé à la tête des Etats d'une grande province, vous avez prouvé par votre conduite, que vous possédez l'art de manier les esprits et de concilier heureusement les intérêts des peuples avec ceux des souverains. » C'est que « la douce persuasion, dit François de Neufchâteau, avait mis son
miel sur ses lèvres Un homme de plus change tout. Il
y parut à l'arrivée de l'archevêque d'Aix Par son
impulsion la Provence semble renaître. Dans un pays où l'on peut dire qu'on n'aimait pas l'autorité, le caractère personnel de M. l'archevêque d'Aix fit un miracle continu* .)) Le rôle de M. de Boisgelin va grandir avec les
I. Discours de François de Neufchâteau à l'Académie^ 3o avril 1804. — La correspondance inédite de M. de Boisgelin redit à chaque page sa sollicitude pour la Provence. i3 décembre 1786 : « J'écris aujourd'hui une lettre à M. de Galonné que je voudrais qu'il pût lire lui-même » en vue de «plantations d'oliviers et de dessèchements... Je lui demande pour
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circonstances. Les approches de la Révolution, la crise terrible qui éclatera dans cette contrée donneront à la présidence de l'archevêque d'Aix un éclat mêlé de gloire. Pendant que le métropohtain d'Aix exerce ainsi son influence sur toute la Provence, chaque évêque de la province travaille au bien de son diocèse. A Fréjus, le dernier évêque sous l'ancien régime, M. de Bausset de Roquefort, parvient à éteindre un foyer d'infection qui décimait la population, en faisant dessécher les marais formés par l'abandon du port que les Romains y avaient construit*. Pendant ce temps, l'évêque de Sisteron, Suffren de Saint-Tropez, est attelé à une entreprise autrement importante et diflicile. Il s'agit de creuser un canal d'irrigation qui change une plaine stérile en une campagne couverte de praiiies et de jardins. Les eaux, qui trop souvent y ont porté la dévastation, vont y répandre l'abondance. Armé d'une volonté de fer, usant de son autorité et de son crédit, dédaignant les clameurs, les injures d'une population aveugle, l'évêque de Sisteron surmonte tous les obstacles. « Les pères me maudissent, dit-il, les enfants me béniront. » De fait, aujourd'hui encore Sisteron bénit son bienfaiteur. En 1824, la viUe a élevé un obélisque chargé d'inscriptions en l'honneur de Saint-Tropez et de ses collaborateurs dans la construction du canal. Son portrait est placé en évidence à la mairie, et le nom de Saint-Tropez donné au canal est une preuve de la persévérante gratitude des habitants. L'évêque de Sisteron méditait d'autres grands travaux, et il ne
ces deux objets un très faible encouragement. Nous nous enrichirons par les oliviers. » — Lettre du 26 janvier 1783 : « Je n'ai pas un moment à moij je ne sais pas comment je puis faire tout ce que je fais dans une journée. Je demande seulement que ma santé puisse y résister. Je vois qu'elle se soutient dans tous les moments d'action. Mon corps se fait quelquefois à mon âme, et cela est fort heureux, car elle est une hôtesse tourmentante. » M- de Boisgelin, à la tête des Etats de Provence, comme Dillon à la tête des Etats du Languedoc^ savait vouloir. Dans une lettre du 23 mai 1336, il fait l'éloge du marquis de Rochechouart, gouverneur delà Provence, qu'il venait de perdre. «Vous savez, dit-il, combien je l'aimais. .. Comprenez à quel point je dois le regretter pour la Provence. On me donnera peut-être à sa place un hommie à prétentions. Je n'aime point les discussions;, mais quand une fois elles sont commencées sans moi et malgré moi, j'avoue q u'il m'est impossible de ne les poursuivre avec ardeur... Je suis incapable de craindre et de complaire. » Lettres inédites de Mgr de Boisgelin.
I. AvBEîiAa, Histoire de Fréjns, i88i, in-8, p. 332. — Journal i'Ami de la religion, i8i4, p. a54-255.
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tint pas à lui que la belle route reliant aujourd'hui Manosque, Forcalqxder et Sisteron, ne fût exécutée sous son pontificat ; aussi a-t-on dit de ce prélat qu'il fut le Turgot de son diocèse.
Si nous nous transportons à l'ouest du Languedoc, toujours dans le midi de la France, nous voyons encore les évêques à la tête des Etats de Foix, de Bigorre et de Béarn, Le dernier évêque de Pamiers avant la Révolution, Agoult de Bonneval, venait d'arriver dans son diocèse, resj)rit plein de projets d'améliorations et de plans de travaux publics, avec une connaissance approfondie de toutes les théories des économistes. Il put donner libre cours à ses idées . comme président-né des Etats de Foix. Ses discours sur les routes à tracer dans les Pyrénées, sur les prairies artificielles, sur la création des manufactures, des filatures, remplissent les procès verbaux de la session de janvier 1^788. Toutes ses propositions furent votées avec enthousiasme *.
Les États de Bigorre étaient présidés par l' évêque de Tarbes, ceux de Béarn par l' évêque de Lescar et, à son défaut, par l' évêque d'Oloron -. L'évêque de Lescar, pré-
1. Il inaugura la première séance des Etats de Foix, qu'il présida le 21 janvier 1788, en sa qualité de président-né, par un discours ou il exposait les améliorations à introduire dans la contrée. C'était d'abord, comme complément des routes nombreuses dont les Etats proAinciaux l'avaient sillonnée depuis un demi-siécle, l'ouverture d'un chemin vers l'Espagne par l'Hospitalet, qui ferait du pays de Foix le point de jonction des deux royaumes ; puis l'extension des prairies artificielles, si utiles dans un pays où le commerce des bestiaux. est une des principales ressources, et surtout la création de manufactures, de lilatures. Elles devaient occuper les habitants des montag'nes, auxquels il ne restait guère d'autre moyen d'existence que la dévastation des forêts en train de disparaître chaque jour, et qui allaient être bientôt privés, par l'établissement même des routes de montagne, de leur principale industrie, le transport des marchandises à dos de mulet. Le lendemain, l'évêque lut un mémoire sur l'établissement des routes dans la province et la comptabilité des travaux. Ces projets étaient admirablement conçus. Ils proposaient un nouveau mode d'empierrement, préconisé par Trudaine, supérieur à celui qu'on emploie aujourd'hui même. Un lit de trois pouces de pierre vive cassée au marteau, sans sable ni gravier, devait reposer sur une couche de neuf pouces de grosses pierres posées de champ, sans vides. Cf. de Lahondès, Annales de Pamiers, t. II, p. 4i8-4i9-
servent en huit volumes in-folio les délibérations des Etats de Navarre
que de Dax présidait les Etats de Basse-Navarre quand ils se tenaient dans son diocèse.
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sident perpétuel et premier baron des Etats de Béarn, était, avant la Révolution, M. de Noé. Les Etats de Béarn avaient cette particularité unique en France d'être, comme en Angleterre, composés de deux chambres, l'une appelée le grand corps, formée de la noblesse et du clergé, l'autre du tiers état. M. de Noé, dans im discours admiré, fit connaître cette constitution à Louis XVI, lors de son avènement au trône. Il fit mieux : durant près de trente ans, il dirigea les délibérations et veilla aux intérêts du Béarn avec une sagesse et un dévouement qui assurent à sa mémoire un impérissable souvenir ^ Ne quittons pas cette partie de la France- sans rappeler encore quelques bienfaits administratifs des évêques. Bayonne doit à M. de la Ferronnays l'avenue de Mousserole, où il fit planter les beaux arbres qii'on y voit encore ; Bazas doit à Edme Mongin le pont de Saint-Martin; Lombez, à Guillaume de Maupeou le pont qxd joint les deux rives de la Save et la belle avenue qui conduit à Samatan.
Si du Midi nous remontons vers l'Ouest, la Bretagne nous présente ses Etats où figurent, dans l'ordre du clergé, les neuf évêques de la province. Bien qu'ils soient formés de trois chambres et qu'on y vote ^sœ ordre, l'évêque de Rennes, président, a plus d'une fois l'occasion d'exercer sa diplomatie et son influence pacificatrice dans ces réunions tumultueuses, où le droit de vote accordé aux treize cents nobles de la province fit souvent comparer leur assemblée aux diètes de la Pologne. L'avant-dernier évêqne de Rennes, M. des Nos, se fatigua de cette res-
I. « Il fallait voir M. de Noé à la tête de ce conseil vraiment national, tantôt calmant par sa modération les cœurs aigris, tantôt ramenant par sa sagesse les esprits égarés, constant ami de l'ordre et de la justice, intrépide défenseur des droits de tous, toujours le premier chargé d'aller dénoncer au trône les abus du pouvoir, soutenant les réclamations du peuple avec une éloquence égale à son courage, triomphant presque toujours et venant d'un front modeste recueillir les bénédictions de ses concitoyens.... Dans cette contrée privilégiée, jamais, l'aspect hideux de la misère ne contristait les regards; partout régnait l'aisance, partout souriait la joie.... Telle était la prospérité dont le peuple jouissait dans ces climats aimés des cieux, que le vertueux évêque de Lescar se plaignait de ce que la bienfaisance n'y trouvait pas assez à faire. » Cf. Œuvres de Jfgr de iVbé, publiées par Augis, préface, xv, xvi. — Le conventionnel Barrère de Vieuzac a fait, dans ses Mémoires, un grand éloge de la constitution des Etats du Béarn.
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ponsabilité et échangea son siège contre celui de Verdun. Son successeur, Bareau de Girac, fut plus persévérant et dirigea les Etats pendant les vingt années qui précédèrent la Révolution. Les abbayes dont on l'avait gratifié lui permettaient de représenter. Il ne réussit pas à contenter tout le monde et ne lut point épargné par les pamphlets *. Son collègue dans l'épisicopat, le président même des Etats de Provence, M. de Boisgelin, se montra dans sa correspondance assez sévère pour M. de Girac* qui ne paraît pas avoir déployé dans ses fonctions la souplesse de l'archevêque d'Aix. Boisgelin pousse son frère au gouvernement de la Bretagne. Au besoin, il accepterait d'y être envoyé lui-même comme commissaire du roi pour les prochains Etats. Gomme on parle à ce sujet de nommer le comte de TaUeyrand qui s'associerait son fils, l'abbé de Périgord (TaUeyrand), Boisgelin écrit : « Je vous réponds que l'abbé de Périgord a tout l'esprit qu'il faut pour faire autant de sottises que son père fera de bêtises^ ».
Au Nord, le clergé prenait part aux Etats de Flandre qui se tenaient à Lille, à ceux d'Artois et à ceux du Cambrésis. Ces derniers se réunissaient sous la présidence^ de l'archevêque de Cambrai. Aux Etats d'Artois entraient l'évêque de Saint-Omer et l'évêque d'Arras, président. Celui-ci fut, pendant les vingt années qui précédèrent la