‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 46 sur 354 · LiKGUET, Annales politiques, ijjj, t. II, p · texte numérisé non relu

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Le roi est donc le centre vers lequel tout converge. Saint-Simon signale cliez le duc de Beauvilliers, « à travers une éminente piété, presque de l'autre monde, un respect pour le roi très peu distant de l'adoration de latrie ». Transportons-nous au siècle suivant. De quel cœur les Français se donnent tout d'abord à Louis XV le bien-aimé,cet enfant royal cpie la Providence semble sauver au milieu de tant de demis pour le bonbeur de la France î De quel ton Massillon, dans un mandement adressé, en 1726, à ses diocésains de Glermont pour un Te Deinn d'actions de grâces du rétablissement du roi, parle de ce « précieux reste de tant de princes, cette étincelle lieureuse, seule échappée de l'extinction et du débris de toute la maison royale ; ce gage unique et auguste de l'affermissement du trône et de la tranquillité domestique ; ce don de Dieu laissé à la nation pour la consoler de ses malheurs et de ses pertes ; ce signe sacré, que le ciel, après un déluge de sang et de carnage, a montré à l'Europe, pour être comme le garant de la cessation des fléaux j)ublics, et la paix des peuples et des nations » ; ce trésor que « le Seigneur nous avait donné dans sa miséricorde », et qu'il « a été plus d'une fois sur le point de nous enlever dans sa colère ! » En cette même année de 1726, Massillon s'était réjoui avec son troupeau que Louis XV, « étant rétabli de Dieu pour gouverner ce vaste royaume », eût déclaré vouloir « le gouverner par luimême. Les soins d'un père sont, en effet, toujours plus tendres et plus éclairés que ceux de ses serviteurs, même les plus fidèles. C'est son patrimoine et son héritage qu'il administre ; c'est sa maison qu'il règle ; ce sont ses enfants et ses sujets qu'il gouverne ». Il y avait dans ce langage, à côté de l'amour général de l'épiscopat pour ses princes, la tendresse particulière du prédicateur de Louis XV enfant ^

I. Massillon eut d'autres occasions de parler des princes. « Dieu, s'écriait-U au sujet du dauphin né en 1329, qui se plaît à faire passer sans cesse les sceptres et les empires d'une race à une race nouvelle, continue par une miséricorde singulière à perpétuer, depuis uiï'nombre étonnant de siècles, l'empire français dans ia maison royale. Le sang de saint Louis ne cessera pas de couler... Toutes les nations qui nous sont connues ont plus d'une fois changé de maîtres... La France seule conserve

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Les hontes d'un règne dont tous les Français avaient salué l'aurore, allaient, au témoignage du marcpiis d'Argenson, affaiblir l'amour ou du moins le respect de la nation pour ses princes. « Le temps de l'adoration est passé* », écrit-il quarante ans avant la Révolution. Mais le cœur de la midtitude battait encore pour la royauté, prêt à éclater d'enthousiasme à la première occasion, comme l'éprouva souvent Louis XVI. Marmont a traduit à cet égard le sentiment j)ublic jusqu'à la fin de l'ancien régime et même au delà. « En 1792, j'avais, dit-il, pour la personne du roi un sentiment difficile à définir, dont j'ai retrouvé la trace, et en quelque sorte la puissance, vingt-deux ans plus tard, un sentiment de dévouement avec un caractère presque religieux, un respect inné conune dû à un être d'un ordre supérieur. Le mot de roi avait alors une magie et une puissance que rien n'avait altéré dans les cœurs droits et purs... Cette rehgion de la royauté existait encore dans la masse de la nation et surtout parmi l^s gens bien nés, qui, placés à une assez grande distance du pouvoir, étaient plutôt frappés de son éclat que de son imperfection... Cet amour devenait une espèce de culte. » Norvins répète dans son journal : « Il y avait alors deux religions : Dieu et le roi -. » Le mot si connu ; « Si le roi savait ! » fut le cri général du peuple jusqu'à la Révolution.

encore ses anciens rois ; et avec eux, elle conserve la foi de ses pères, les lois primitiA'es de la monarchie, les maximes anciennes de l'Eglise et de l'Etat. Le nouveau prince, que le ciel vient accorder à nos désirs, assure nos fortunes, la • tranquillité de nos villes, l'état de chaque citoyen. » Massillon ajoute le plus grand prix à cette perpétuité de la famille royale. « Les successions des branches régnantes, dit-il, n'ont jamais manqué parmi nous que dans les temps ou la corruption des cœurs, et le débordement des mœurs publiques attiraient sur nous la colère 'du ciel. Le sang royal cessait alors de couler des pères aux enfants ; Dieu livrait à l'esprit de révolte et de dissension les grands et le peuple, et la confusion publique expiait les crimes publics. » Voy. Œuvres de Massillon.

1. 1" mars i'749 : « Les chansons, les vers, les estampes satiriques pieu vent contre la personne du roi... L'estampe représente le roi lié, garrotté, déculotté, la reine de Hongrie le fouettant, l'Angleterre disant : Frappez fort ! la Hollande disant avec un rouleau : Il vendra tout! Cela s'appelle l'estampe des quatre nations. Autre chanson disant que les cabinets sont dans la bassesse, parce que les poissons viennent de la Halle, allusion à M"e de Pompadour qui est Poisson. » — 18 septembre ijBi : « On se plaint toujours du peu de joie marquée dans le peuple de Paris sur un si grand événement que la naissance d^un duc de Bourgogne ; Von dirait que le peuple n'aime plus les rois qu'il a tant aimés. » Journal du marquis

d'AnGENSON.

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