Masson, p. 443, et préf. cxvi
2. Sur les soixante mandements publiés par Mgr de Coëtlosquet durant ses dix-neuf ans d'épiscopat à Limoges, vingt-cinq se rapportent aux guerres.
Majesté. — Monseigneur, daignez proportionner vos bienfaits à mes forces, je succomberai sous le travail. — Qu'importe, Monsieur, cous ne seriez pas le premier qui seriez mort au service du roi. »
hQ service di'wQ. roi qui s'appelait Louis XV présentait bien quelques difficultés, surtout pour un évêque. Les personnes qui entouraient ce prince, dit Talleyrand, « gémissaient sans doute (de ses désordres), mais on craignait alors de constater par le blâine ce qu'on regardait comme un de ces secrets de famille que chacun sait, que nul n'ose nier, mais qu'on espère atténuer en les taisant et en se conduisant comme si on les ignorait ». C'est à un sentiment de ce genre qu'obéissait l'épiscopat ; mais le décès du roi vint le mettre dans un grand embarrais. Bien qu'il soit plus facile de dire la vérité aux morts qu'aux vivants, les princes dont la conduite n'avait pas été édifiante, causèrent quelque perplexité aux orateurs officiels chargés de leur oraison funèbre. L'histoire a gardé le souvenir d'un incident amusant qui signala les funérailles de François I^"". Duchatel, son ancien lecteur, évêque de Mâcon, crut pouvoir dire dans son discours que, si grande était la miséricorde de Dieu que « son âme était allée tout droit au ciel ». La Sorbonne, ne trouvant pas dans la vie du défunt roi des titres particuliers à ime telle faveur, voulut voir dans ce langage une atteinte au dogme du purgatoire, qu'il fallait défendre contre les protestants. Elle envoya des députés à Saint-Germain-en- Laye pour déférer au nouveau roi le prédicateur. Ils furent reçus par le premier maître d'hôtel, un Espagnol, nommé Mendoze, réputé pour ses bons mots. Il commença par régaler les graves docteurs de Sorbonne ; puis, abordant le sujet qui les amenait, il leur tint ce discours : « Messieurs, vous regardez M. de Mâcon comme un hérétique, et vous êtes en contestation avec lui au sujet du lieu où est maintenant l'âme du feu roi, mon bon maître .
Vous devez vous en rapporter à moi qui le connaissais mieux que personne, et je puis vous répondre qu'il n'était pas d'humeur à s'arrêter beaucoup dans un endroit, si bien qu'il pût y être. Si donc il a fait un tour en Purgatoire, soyez persuadés que ce n'a pas été pour y demeurer longtemps, mais tout au plus pour y goûter le vin en passant *. » Le propos se répandit. Le facétieux maître d'hôtel, en mettant les rieurs de son côté, désarma les inquisiteurs de la Sorbonne.
Le cas de Louis XV était plus grave que celui de François I^"^. Gomment ne pas parler de lui puisqu'un mandement l'imposait à chaque évêque à l'occasion de sa mort, et si on en 23arlait comment ne pas faire des réserves sur une vie qui avait été un effroyable scandale ? Dans cette circonstance, l'amour dynastique, une sorte de superstition de la royauté, semblent cacher à quelques prélats la triste réalité. Bourdeilles, évêque de Soissons, s'oubhe jusqu'à appeler Louis XV « le meilleur des princes ». Malide, évêque d'Avranches puis de Montpellier, accentue encore la louange. Christoj)he de Beaumont lui-même fait à peine une allusion lointaine au « repentir du roi ». Gonzié, évêque d'Arras, dépasse manifestement la mesure. Il appelle Louis XV « ce bon roi, ce monarque magnanime que le Seigneur nous avait donné dans sa miséricorde... Nous ne vous entretiendrons pas, ajoutet-il, des grands événements du règne de ce puissant roi, ni de sa gloire, ni de ses succès, ni de ses victoires... Un prince, qui était autant selon le cœur des hommes, auraitil pu ne i^as être selon le cœur de Dieu ^ ».
Le ton de cette littérature sacrée choque les idées de notre temps. Ges oraisons funèbres avaient pour auteurs des prélats trop fascinés pour bien voir, trop encadrés dans l'Etat pour être libres. Ils auraient craint aussi de porter atteinte, par une trop vive censure, au respect des j)euples pour la majesté royale. Heureusement que la