‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 52 sur 354 · I- Mémoires de l'abbé Georgel, t. II, p · texte numérisé non relu

I- Mémoires de l'abbé Georgel, t. II, p

morency aura sa revanclie. Tous les honneurs et aussi riionneur de Louis de Rolian vont tomber dans l'affaire du collier.

Cette liistoire est trop connue pour que nous nous attardions à la raconter après tant d'autres. Un ]3rince de l'Eglise, j)ortant l'un des plus grands noms de France, titulaire de l'évêclié le j)lus opulent et de nombreuses abbayes, attaché par ses fonctions de grand-aumônier au service du roi, se laisse prendre dans les filets d'une exploiteuse sans pudeur et, avec une crédulité inouïe, tombe dans une aventure qui, en le perdant lui-même, atteint non-seulement le clergé dont il est membre, mais la monarchie dans son exj)ression la plus charmante et la plus auguste, la reine Marie- Antoinette. Cette affaire apporte une preuve nouvelle et trop éclatante de l'espèce de fureur avec laquelle les courtisans, les gentilshommes du plus grand nom, voulaient occuper une place de choix à la cour et dans la faveur des princes. Loids de Rohan, détesté par Marie-Thérèse, n'a pu obtenir à son retour de Vienne une audience du roi et de la reine. Tenu à distance malgré les honneurs dont on le comble, dédaigné par Marie-Antoinette, il s'acharne à la conquérir, et devant la grossière assurance qu'on lui donne d'y arriver par le fameux collier, cet homme qui ne manquait ]3as d'esprit se laisse conduire comme un enfant par le charlatan CagMostro, par l'aventurière La Motte dans une machination fantastique. Le cardinal donna devant le parlement chargé de le juger la vraie raison de sa conduite : « J'ai été, dit-il, complètement aveuglé par le désir immense que j'avais de regagner les bonnes grâces de la reine. » Comme on était en France, l'événement ne pouvait manquer de provoquer des chansons. L'ime d'elle se terminait par ce quatrain :

Mais le pape moins honnête Pourrait dire à ce nigaud :

« Prince, à qui n'a point de tête Il ne faut point de chapeau . »

Il n'y avait pas de quoi rire. Un cardinal, grand officier

CLERGÉ ET INTRIGUES DE COUR 2x3

de la couronne, avait pu croire que la reine de France lui avait donné rendez-vous la nuit, dans un bosquet de Versailles. Il y était aUé, avait cru la reconnaître, en avait reçu une rose et s'était jeté à ses pieds. Ce manque de respect faisait la gravité d'une aventure qu'aucune étourderie ne saurait excuser, et dont le rejaillissement alla éclabousser jusqu'aux marcbes du trône.

L'Eglise en souffrit comme la monarchie. Un évêque qui faisait partie de l'assemblée du clergé réunie à Paris, en 1^85, exprimait en ces termes l'impression que cet événement lui avait causée : « Il n'y a plus rien à/ dire du cardinal. Il savait que le collier a été vendu et ce n'est plus que la plus vile escroquerie... Il est bien sûr que celui qui peut en venir au point de faire une vilenie avec tant de bêtise et d'impudence en a fait bien d'autres dans sa vie et qu'on doit en découvrir sans fin. Gomment concevoir qu'un hoinme en vienne au point de perdre en un moment tous ses honneurs et même ses places. Car qui est-ce. qui peut le voir ? Gomment les militaires peuvent-ils lui rendre des honneurs à Strasbourg ? Gomment les chanoines peuvent-ils le voir? Gomment les commandants peuvent-ils entretenir correspondance avec lui? A quelle affaire publique osera-t-il se mêler ? Gominent peut-il écrire au ministre, quel droit en aucun genre peut-il exercer ? Il ne peut plus avoir de volonté qu'avec ces genres d'affaires. Il a donc tout])erdu, les places qu'il garde comme celles qu'il quitte. Il n'est plus vraiment rien de tout ce qu'il était. Je croyais qu'on ne le mènerait pas à la BastiUe. On nous a demandé si l'assemblée devait le réclamer. Il est devenu si vil qu'il est impossible d'en prononcer le nom \ » A Rome les cardinaux ne sont pas moins indignés. « Ils pensent en gentilshommes, écrit Bernis au ministre Vergennes; si le prince de Rohan était militîiire, il serait chassé de son régiment. »

Malgré la tristesse des circonstances, les candidats à la succession de Rohan dans la grande-aumônerie furent

Page 1