‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 53 sur 354 · I. Lettre inédite, Archives nationales · texte numérisé non relu

I. Lettre inédite, Archives nationales

2l4 CLERGÉ ET INTRIGUES DE COUR

nombreux. Parmi eux nous devons signaler un prélat dont le nom revient souvent dans cette histoire, parce qu'il fut à cette époque, par son talent et par son rôle, le premier j)ersonnage de l'Eglise de Finance ; c'est M. de Boisgelin, archevêque d'Aix. Quelqu'un qui l'avait bien connu, son ancien grand vicaire, Mgr de Bausset en a tracé ce portrait. « Il fut, dit-il, j)eu d'hommes à qui la nature ait prodigué, à un degré aussi remarquable, toutes les qualités qui assurent cet utile ascendant qui est moins l'ouvrage de la force et de la jouissance que celui du caractère personnel. C'était par l'effet de ce caractère, toujours ennemi de la contrainte et de la violence, qu'il préférait les moyens de douceur et de persuasion* à ceux de l'autorité... La douceur de son caractère ne s'est jamais démentie, ni dans les affaires publiques, ni dans le commerce de la société. Les formes les i^lus décentes et les plus aimables, im grand usage du monde, une séduction de langage et de manières qui ajoutait à ses discours un charme et un intérêt dont il est difficile de se faire l'idée lorsqu'on ne l'a pas connu; une imagination brillante, un esprit prompt et pénétrant, une facihté extraordinaire pour exprimer toutes ses idées et j)our les revêtir des couleurs les plus agréables, une instruction aussi étendue que variée, le rendirent également propre à toutes les fonctions, à toutes les places, à tous les états ; et quoique anuoncé de bonne heure par une grande réputation, il se montrait supérieur à l'opinion qu'on avait pu concevoir de son esprit et de ses talents. » C'est ce prélat qui crut pouvoir prétendre à la succession du cardinal de Rohan pour la grande-aumônerie. Dans une lettre à la comtesse de Gramont, il dit et ses XDropres désirs et les noms des concurrents. « Vous savez, lui écrit-il, ce collier devenu le carcan du cardinal. J'aime mieux parler de sa place que de lui ; cette place vaut bien qu'on y pense. La reine a déjà parlé à M™^ de Polignac de tous ceux auxquels on

I. M. de Boisgelin a écrit de lui-même : « J'ai toujours éprouvé qu'on m^'accusait de finesse quand j'étais j comme je suis par mon caractère, simple et naturel. On était trop un pour croire à la simplicité d'un homme qui a le sens commun. Je n'en suivrai pas moins mon caractère. Il faut bien courir le risque de ses vertus comme de ses vices. Il ne faut pas surtout ressembler à ceux qui nous accusent. » Lettre inédite.

peut penser. Elle a rejeté le cardinal de La Rochefoucauld comme un imbécile ; elle a dit que la place aurait bien convenu à l'archevêque de Toulouse (Loménie de Brienne), mais que cela ne se pouvait parce que le roi, au premier mot, avait dit qu'il fallait de la naissance. La place reste entre l'archevêque de Narbonne (Dillon), l'évêque de Metz (Montmorency), l'archevêque de Reims (TaUeyrand-Périgord) et moi. On en parle ainsi: deux de maison considérable et deux de très ancienne noblesse ; deux hommes médiocres et deux hommes d'esprit, et en état de parler des affaires du clergé. Mais l'archevêque de Narbonne est étranger, et la naissance d'un étranger est moins connue. Je serais bien, dit-on, le meilleur à nommer, mais le roi est porté à préférer les noms les plus considérables. Je vous redis mot à mot ce qu'on m'a dit. Il me semble que l'archevêque de Reims a beau jeu. Mais vous voyez aussi à quel point un moment de crédit déciderait la balance pour moi. * » La balance pencha non vers la plus haute intelligence, mais vers la plus haute noblesse. Montmorency, évêque de Metz, fut nommé grand-aumônier en 1786. A la place d'un Rohan, ne fàllait-ilpas un Montmorency pour représenter? Boisgelin prend philosophiquement sa défaite et la commente en ces termes : « Les Montmorency sont fort commodes en France ; aussitôt qu'il vaque une grande place et qu'on ne sait à qui la donner, il se présente un Montmorency pour la remphr avec la convenance et l'éclat de son nom. »

A défaut de la grande-aumônerie réservée à la plus haute noblesse, la première aumônerie soit du roi, soit de la reine et même des princes, est encore bonne à prendre. Boisgehn y avait'pensé en 1782. Il écrivait, à cette époque, à une grande dame de la cour : « Voilà le moment de renouveler ma demande auprès de la reine. Je crois qu'il

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