‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 55 sur 354 · Lettres inédites du 2 aA'ril IJ76 et 4 février · texte numérisé non relu

Lettres inédites du 2 aA'ril IJ76 et 4 février

2. « J'avais dit à M. de Maurepas que je ne voulais pas d'autre récompense pour le sacre que le cordon bleu, et M. de Maurepas m'a dit qu'il en avait parlé de même au roi. Le roi se rappellera peut-être aussi ce qu'on lui a dit de mon travail dans la dernière assemblée du clergé (1380). M. de Maurepas m'assura qu'il en avait rendu bon témoignage et que le roi avait bonne opinion. » — Autre lettre, 19 novembre 1784. « L'évêque d'Orléans est toujours malade. Le cardinal de Luynes est, à ce qu'on m'a dit, en apoplexie. Voilà deux places au lieu d'une. C'est le moment de parler, non à la reine, mais, à M"" de Polignac, et il faudrait qu'elle reprit les engagements du baron de Breteuil ; et je crois, en véritCj que vous pourriez en parler vous-même au baron, et peut-être aussi Mme d'Ossun, après que M"" de Polignac lui aurait parlé. J'ai écrit ce matin à l'abbé de Vermond pour le voir. Il m'a répondu qu'il. viendrait chez moi ce matin, s'il n'arrivait point un courrier de la reine. Je l'at; tends. L'évêque d'Autun m'a prévenu de bonne grâce, et je vais chez lui ce matin pour en causer aA'ec lui. Je ne reverrai pas M.' de Galonné, et je n'en ai pas besoin puisque vous restez et M"e dé Chabannes pour lui en parler. Il m'a fait avant-hier toutes les amitiés possibles. Il serait à désirer que M"" de Polignac voulût en parler à la reine. J'ai besoin qu'elle ne soit pas contraire. » Lettres inédites de M. de Boisgelin.

que des distinctions vaines. « Mon ruban, dit-U, sera celui que formeront par leurs contours des eaux fécondes sur une terre aride, et c'est là qrue j'oublierai sans regret celui qu'on me refuse ^ »

Boisgelin se console, mais il ne peut se dispenser de philosopher sur la cour. Il montre avec une pénétrante analyse et non sans quelque amertume, comment toutes les grandeurs provinciales se perdent en tombant dans ce gouffre, comment l'ambition, l'intérêt, plus brûlants que le siroco de Provence, y dessèchent tous les sentiments; comment les protections, les recommandations prétendues chaleureuses s'y bornent le plus souvent à quelques paroles banales dites pour s'acquitter envers un ennuyeux solliciteur". Et quelle peinture il trace de ce solliciteur qui est un peu lui-même, lequel n'obtiendra rien dans

1. Lettre du 5 janvier : «Je mande à l'archevêgue de Toulouse que je me repose sur son amitié. Je vous préviens qu'il n'y a point de démarches à faire. C'est lui qui veut açir pour moi, et il est mieux instruit-de mes raisons que personne. J'espère qu'il ne les laissera pas oublier. » — Le 7 janvier nouvelle lettre .• «Vous vous occupez de la santé du cardinal de Luynes agonisant avec le plus tendre intérêt. Il aurait bien choisi son moment s'il avait bien voulu prévenir le premier de l'an. Il laissera tout le temps aux autres concurrences. » Lettres inédites de M. de Boisgelin. — 10 janvier 1788 : « Si la voix de la Provence nommait à présent un premierministre, elle ne nommerait que son archevêque. Je ne demandeaupremierministre de France (Loménie de Brienne) que de nommer le premier ministre de Provence à une grâce quilui est indiflérente. Il me l'a promise, il memarque de l'amitié ; je Je sers bien dansles affaires, il ne doit pas me la refuser. » Le 4 février 1388, M. de Boisgelin annonce son insuccès : « Point de nominations pour moi dans ce moment. J'en suis fâché, mais il faut bien se soumettre à la nécessité, la bonne volonté me semble très sincère. On me dit que le roi veut attendre. Je le crois et l'on me dit bien qu'on ne parle que de moi. »

2. «J'ai quelque doute sur la note que je vous ai adressée pour moi. Je sais comme les idées s'allument dans l'éloignement,etjeme détie toujours de ce que je veux faire à 200 lieues. On se croit toujours plus intéressant loin, parce qu'on l'est plus pour ceux dont on est entouré. On oublie que la cour dessèche les projets les plus raisonnables. Elle fait au sentiment que nous avons de nous-même, ce que notre vent du midi, le siroco, fait sur nos sens. Il semble que le sang se retire de nos veines, et nous attendons que la circulation reprenne son cours. Il faut être en province pour croire qu'on peut quelque chose et pour sentir qu'on a droit à des récompenses. Mais à Versailles on n'est rien et on ne peut rien mériter. » — Autre lettre: « Je me défie toujours de l'effet des conversations. On ne transmet pas tout de suite et dans un moment sa propre impression à des personnes auxquelles on est étranger, et ce que vous avez le droit de leur dire ne leur paraît souvent qu'un essor d'amour- propre et un ridicule. Il n'y a point d'idée commune à laquelle on puisse s'attacher ; et par rapport aux personnalités, chacun se vante également et dit également du mal des autres. Je parie que M°"= de Poli-

flasque de M. d'Autun. Et je ne suis pas encore sûr que l'autre veuille présenter mon mémoire. » — Lettre du 20 janvier 1388 : « L'évêque d'Autun m'a fait une sotte réponse qui ne dit mot. » Lettres inédites de M. de Boisgelin.

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une monarchie sans demander, et qui ne peut demander sans manquer à sa dignité. « Il faut, écrit Boisgelin, dire du bien de soi ou ne rien dire. Vous me trouverez peut-être beaucoup de bêtise. J'en ai toujours eu pour demander. Il faudrait séparer dans une monarchie le sentiment de ce qu'on mérite de celui de ce qu'on désire. Le premier est noble et se tait. Le dernier, quand il est séxil, est humiliant en lui-même et parle cependant avec orgueil et confiance. Je suis étonné de l'aisance et de la facilité avec laquelle on poursuit ses demandes personnelles. J'ai une affaire, dit-on, une grande affaire bien intéressante, et j'ai des espérances sur un tel; M"^® une telle se donne des mouvements incroyables. J'ai eu de grandes difficultés à vaincre ; il fallait toute mon activité. Je suis un homme dans l'occasion. Je ne doute pas un moment que cet homme de l'occasion, animé, pénétré de tant d'intérêts, n'ait j)roposé quelque projet d'une grande importance j)our l'Etat. Je suis tout étonné d'apprendre qu'il ne s'agit que d'un ruban ; il ne s'agit pas même de ce qu'on mérite. On s'honore en France de ce qu'on demande et de ce qu'on obtient. » Boisgelin, qui sent sa valeur, qui se sait égal ou supérieur aux plus hautes situations, aux plus grandes faveurs, désirerait voir les honneurs venir à lui* sans courir après. Sa fierté se révolte. « Je ne veux pas, écrit-il, destiner ma vie à toutes ces sollicitations. Il est dur de n'emporter d'autre droit de sa place et de son travail que celui de solliciter. Tout cela me mécontente quand j'y pense. » Il parle de sa résolution de s'élever au-dessus de tous « ces petits espoirs ». Il fait cette réflexion d'une grande justesse : « Il n'y a que le bien qu'on peut faire dont on puisse jouir à volonté. Ce qui dépend des autres est trop hasardeux pour

I. « La justice, dit-il, flatte plus que la faveur, et le moment où je crois avoir mérité est celui que je choisirais pour obtenir. » Mais comment espérer que le plus grand mérite obtiendra sans demander ? Du moins qu'on épargne à Boisgelin la petite humiliation de demander directement lui-même : <t Je voudrais, dit-il, (rue tout ce qui se fait pour moi se passât dans mon absence.. . Je sais qu'a la longue cette réserve est déplacée dans une monarchie ; mais quand je suis défendu par mes deux cents lieues, je sens le plaisir de ne rien faire par moi-même. » Lettre inédite du 29 décembre 1584.

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y confier son bonheur ^ » La conclusion d'un tel discours eût été la résolution de chercher le bonheur en soi-même, de renoncer à la cour et au jeu d'influences qu'il fallait faire mouvoh* pour y avoir sa place. Résolution trop héroïque pour un homme qui avait de l'ambition, un nom, une famiUe à soutenir, et qui voulait jouer un rôle sur la scène du monde.

Rien ne nous fait mieux entrer dans la vie d'une époque et dans les préoccupations des grands, gens d'EgUse et gens du monde, qu'une telle correspondance où un prélat d'un esprit supérieur et de relations les plus hautes, livre dans des lettres intimes le fond de son âme, et cherche à se faire une place sur une scène où tant d'acteurs se disputent les rôles. N'oublions pas qu'il s'agit ici d'xm. homme que la fortune a favorisé. Evêquè à trente-deux ans, archevêque à trente-huit, président de ces Etats de Provence où un chef habile conquérait une célébrité proportionnée aux difficultés vaincues, membre des assemblées du clergé et de l'assemblée des notables, heureux des alliances de sa famille et du succès de son frère qui ftit maréchal de camp et gouverneur de la Bretagne, en crédit auprès des ministres de la femlle qui nomment ses grands vicaires évêques sans l'oublier luimême, favorisé de trois abbayes, M. de Boisgelin, parce que tous ses désirs ne sont pas exaucés, toutes ses ambitions satisfaites, trouve qu'il y a place en sa carrière pour la résignation. Il s'écrie dans un moment de découragement : « C'est une singuUère expérience qu'après avoir

I. Lettre du ii décembre 1382. « Vous craignez de m'affliger en me parlant de la perte d'une espérance que je n'avais jamais eue. Mais le travail ne me permet pas plus que la société ces petits désespoirs de ceux qui sont isolés par leur indifférence ou par leur oisiveté. J'ai trop bien profité de l'expérience, j'ai vu disparaître des espérances mieux fondées et plus satisfaisantes, et je n'ai pas perdu mon temps à m'en plaindre. Il y a toujours dans chaque moment quelque chose qui peut intéresser, et le présent qui intéresse doit faire oublier le passé qui ne revient pas. » — Lettre du s» décembre 1784. « Je sens, il est vrai, quelque, dégoût dans l'ordre même des choses utiles quand je vois à quel point elles sont oubliées ou méprisées dans le monde ; mais mon retour en province me remet sous les jeux les objets qui peuvent m'intéresser et les effets qui peuvent me satisfaire. » Lettres inédites de M. de Boisgelin . — Boisgelin demandait aussi pour les autres. Dans une lettre du 2 décembre 1384, il recommande un abbé qu'il veut amener à l'assemblée du clergé. « Je voudrais, dit-il, qu'il put obtenir avant l'assemblée pour deux raisons, la première c'est que l'assemblée prendra toutes les grâces, la deuxième c'est que je voudrais qu'il pût m'aider pendant l'assemblée. »

toujours servi ses amis sans faire de mal à personne, on en vienne à n'avoir plus d'amis ». Mais il ne tarde pas a se ressaisir et à reprendre courage jusqu'à ce que viennent de nouveaux désirs et des déceptions nouvelles. « Il ne faut pas, dit-il, perdre sa vie pour des projets. Il faut faire ses afTaires, assurer l'agrément et la tranquillité de sa vie, et le reste vient ou ne vient pas. On en jouit ou bien on s'en console. Nous devons, comme vous dites, songer à tous ceux qui sont déjoués comme nous, et, puisque la plus liante faveur a ses disgrâces, il faut bien s'accoutumer aux siennes ^ »

Ne nous scandalisons pas trop de ces confidences. Il ne s'agit dans ce chapitre que des prélats regardant vers la cour. La majorité vivait loin d'elle. La cuisine de l'ambition, même la cuisine de cour, sont déplaisantes comme toute cuisine. Mais M. de Boisgelin pouvait très bien, sans manquer à son honneur, et à plus forte raison aux usages du temps, mettre en branle les j)rotections qui pouvaient servir ses légitimes as]3irations. Il n'en est pas moins vrai que le métier de soUiciteur devait à la longue heurter les natures fières qui s'y croyaient condamnées. Nous avons entendu l'archevêque d'Aix en faire l'aveu.

Plus graves encore, plus dangereuses pouvaient être les comx3roinissions de ceux que leurs fonctions appelaient à vivre auprès du roi et dans l'atmosphère capiteuse de la cour. Au xvii^ et au xviii^ siècle, de graves personnages tonnent contre ce séjour où viennent sombrer tant de fortunes, tant de caractères et tant de vertus. Bourdaloue appelle la cour « le siège de l'orgueil.., l'écueil de la sainteté.., le centre de la corruption du monde ». Si l'on est tenté de traiter d'exagération un prédicateur, voici ce qu'en écrivait à l'archevêque de Paris, une femme la

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