‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 56 sur 354 · I. Lettre inédite de Boisgelin · texte numérisé non relu

I. Lettre inédite de Boisgelin

connaissant bien : « Comptez, Monseigneur, que presqpie tous les hommes noient leurs parents et leurs amis pour dire un mot de j)lus au roi et pour lui montrer qu'ils lui sacrifient tout. Ce pays-ci est eJBFroyable, et il n'y a pas de tête qui n'y tourne. Défiez-vous de tout ce que tous estimez le plus. Je suis à la source et c'est ce qui me fait voir trahison sur trahison. La cour change les meilleurs *. » M. le duc d'Orléans, régent, avait dit d'un homme de la cour : (Test le parfait courtisan, il est sans honneur et sans humeur. « La définition aurait été juste, observe Bernis", s'il avait ajouté : et sans pudeur. » «L'ambition dans l'oisiveté, la bassesse dans l'orgueil, le désir de s'enrichir sans travail, l'aversion pourlemérite, le mépris desdevoirs du citoyen, la crainte de la vertu du prince, l'espérance de ses faiblesses forment le caractère du plus grand nombre des courtisans. » Ce portrait tracé par Montesquieu, n'est pas flatteur.

Un pareil milieu était j)eu favorable à l'épanouissement des vertus ecclésiastiques. Le séjour de la cour inspirait aux hommes rigides une véritable terreur. Lorsque l'abbé Fleury, le futur cardinal, eut passé sa Ucence, il s'empressa d'acheter une charge d'aumônier de Madame la dauphine. Un Père de l'Oratoire, auquel sa fcimille l'avait adressé, homme austère et versé dans le monde, combattait ses projets et lui « défendait surtout d'aller à la cour, sous peine de perdition éternelle ». Il fallut bien cependant avouer l'achat de l'aumônerie. Cette confidence fut mal accueillie. Fleury reçut une sévère remontrance; mais enfin, puisque c'était un fait accompli, on. dut s'apaiser. « Eh bien, lui dit le Révérend Père, vous avez eu la rage d'aller à la cour, je vais vous donner un conseil pour vous y conduire avec sagesse et sûreté : Assotisez votre esprit et endurcissez votre cœur'. » Un prélat qui l'avait assez fréquentée comme aumônier du roi pour pouvoir dire : « J'ai été nourri à la cour », Le Camus, évêque de

1. M"' de Maintenon, lettre à l'archevêque de Paris, i5 nov. i6g5.

.2. Mémoires, I, p. 91. — Il est intéressant de voir dans la correspondance de Richelieu et de Sully, comment le ton change, selon que l'un monte et que l'autre descend.

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