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LE GOUVERNEMENT

. Les évêques, alors nommés jeunes, pouvaient marquer de leur empreinte l'administration d'un diocèse. — Les 74 3^s d'épiscopat de saint Rémi. — Richelieu, nommé évêque de Luçon à 21 ans. — La règle était 27 ans d'âge. — La généralité des évêques de 1789 promus entre 3o et 40 ans. — Un joli mot de M. de La Motte. — Dangers et avantages de ces promotions précoces.

— Exemples de longs règnes épiscopaux. — II. Malheureusement des translations fréquentes en abrègent la durée. — Cependant les- plus petits sièges trouvent des prélats qui leur sont fidèles . — Si l'on passait d'un évêché à un évêché.

— Nominations directes à un archevêché. — L'abbé de Saint- Vincent de Laon dit aux chanoines en leur présentant le nouvel évêque : « Je vous le donne vivant, vous me le rendrez mort.» — Plaintes en 1789 sur les changements trop fréquents.

— «Sièges de passage» en Bretagne, en Provence. — Nombreux évêques fidèles à leur premier troupeau. — Belsunce. — Acclamations des peuples pour les évêques qui refusent de les quitter.

Les dignités séculières, le rôle politique et administratif des évêques avant la Révolution, formaient le décor extérieur et comme la figure humaine de l'épiscopat. Le

temps avait créé à l'Eglise cette situation qui ne lui est pas nécessaire : le temps devait la lui enlever. Il est une mission projire aux évoques, inhérente à leur caractère, que nous allons maintenant faire connaître en parlant de l'administration épiscopale. Bien qu'il s'agisse de l'exercice d'un droit, de l'accomplissement d'un devoir qui sont de tous les siècles, attendons-nous à retrouver encore l'influence de chaque âge et la marque de l'ancien régime. Ces évêques d'ancien régime pouvaient d'autant mieux laisser leur empreinte dans l'administration d'un diocèse, former et»accompKr de longs desseins, que d'ordinaire ils étaient promus jeunes à l'épiscopat. Les vieux âges fournissaient des exemples de ces élévations précoces. Saint Rémi, appelé à vingt-deux ans à l'évêché de Reims, fut soixante-quatorze ans évêqpie. C'est probablement le plus long épiscopat qu'ait enregistré l'histoire. Innocent III fut j)ape à trente-cinq ans. Nous ne parlons pas des évêques enfants du xvi« et des premières années du xvii^ siècle. Ces nominations, contraires aux lois canoniques et aux intérêts de l'Eglise, n'avaient d'autre origine que la cupidité des familles. Richelieu réussit à se faire agréer pour l'évêché de Luçon à l'âge de vingt et un ans ; il est vrai que, pour obtenir l'assentiment du pape, il lui présenta l'acte de baptême de son frère. A jDartir du second tiers du xvii^ siècle jusqu'à la Révolution, on s'en tient généralement aux prescriptions du Concordat et de l'ordonnance de Blois, qui exigeaient pour l'épiscopat au moins vingt-sept ans commencés *. Nombre de promotions ont lieu à cet âge ; il semble que, pour élever certains sujets au pontificat, on attende avec impatience que la première heure de leurs vingt-se^Dt ans ait sonné. Pour quelques-uns même, on la devance. Le jeune abbé de Saulx-Tavaimes, né en 1690, est encore au séminaire et poursuit ses études théologiques, quand Fénelon jette ses yeux sur lui pour en faire son coadjuteur. L'archevêque

I In i?igesiTno septimo snœ œtatîs anno ad minus constitatum, dit le Concordat. Ordonnance de Blois, art. II. Le concile de Trente (sess. ,V1I, chap. I, de réf.) se contente de prescrire que nul ne soit élevé à l'épiscopat qui ne soit d'un âge mûr.

de Cambrai allait le demaiider lorsqu'il fut surpris par la mort*.

L'usage reçu, les protections qui venaient de toutes parts à ces clercs de grande naissance, les poussaient de bonne heure à l'épiscopat. Il suffit d'ouvrir VAlnianach rojyal ou la France ecclésiastique de 1789 pour voir que le plus grand nombre des évêques occupant à ce moment les sièges de France, ont été sacrés entre trente et quarante ans. Talleyrand est du nombre et, à son gré, il avait trop attendu. D'ordinaire, on ne prenait guère des évêques au delà de quarante ans '. Par exception, Monseigneur de La Motte n'avait été appelé qu'à cinquante ans à l'évêché d'Amiens. Gomme le jeune duc de Bourgogne s'en étonnait : « C'est que, lui dit l'évêque, quand le roi, votre grand-père, a une faute à faire, il la fait le plus tard possible. » Le saint prélat qui, on le voit, avait de l'esprit, eut celui de vivre jusqu'à quatrcrvingt-dix ans, fournissant ainsi quarante années d'épiscopat malgré sa promotion tardive.

Il pouvait y avoir quelque danger ' à prendre de jeunes

1. Cf. PiNGAUD, Les Sanlx-Taoannes, i8j6, iii-8, p. 1262-271. La mort'de Fénelon retarda la promotion de l'abbé de Saulx-Tavaanes. Il fit, comme

fraad vicaire de Poatoise, l'apprentissage de l'épiscopat, fut nommé à 4 ans, à l'évêché de Ghâlons, douze ans plus tard a l'archevêché de Rouen, puis cardinal.

2. Donnons des exemples : ont été sacrés à 26 ans, le futur cardinal de Rohan : — à 28 ans, Lefranc de Pomwignan ; — à 29 ans, François de Pierre àe Bérnis, coadjuteur du cardinal ; — 3o ans, Montmorency-Laval, Talleyrand-Périgord comme coadjuteur de Reims; a 3i ans, de Grimaldi, de Pressy, d'Osmond ; — à 32 ans, Dillon, La Luzerne, Rohan, archevêque de Cambrai; — à 33 ans, Thémines-Lauzières, Marbeuf, Gicé (évêque d'Auxerre), Glermont-Tonnerre, Nicolaï (évêque de Béziers), Castellane- Mazangues, Roquelaure ; Gonzié (archevêque de Tours), Grussol d'Uzès, Boisgelin ; — à 34 ans, Girac, Amelot, Ghastenet de Puységur, Laric, Bonnac, La Tour-du-Pin, Gonzié (évêque d'Arras), Loménie de Brienne, cardinal La -Rochefoucauld, Polignac, Talleyrand, évêque d'Autun; — à 35 ans, Lubersac, La Ferronnays, Maillé-la-Tour-Landry, Bausset de Roquefort, Sabran, Machault, Gastellane (évêque de Mende), Gicé (archevêque de Bordeaux), Gahuzac ; — à 36 ans. Lorry, Duplessis d'Argentré, Bethizy, Malide, Bausset (évêque d'Alais), Lâfont de Savine, Gastellane-Adhémar, Juigné ; — à 3^ ans, Uulau (archevêque d'Arles), Quincey, Vintimille, Fumel, Breteuil, de Blot, La Rochefoucauld (évêque de Beauvais), Grossoles de Flamarens, La Fare (évêque de Nancy), — à 38 ans, Lastic, Balore, Bonneval, Galard; — à 39 ans, Dufort, Gastellane (évêque de Lavaur), Beaupoil Sainte- Aulaire, etc. — Bossuet avait été nommé à l'évêché de Condom à42ans, Fénelon à l'archevêché de Gambrai à 44 ans. Harlay de Ghampvallon, futur archevêque de Paris, fut archevêque de Rouen à 26 ans.

3. Louis XIV en fit l'expérience. « Il nomma à Beauvais, dit Saint- Simon (t. VI, p. 406-403), l'abbé de Saint- Aignan, qui était encore à Orléans au séminaire. Le duc de Beauvilliers représenta au roi que, encore qu'il parût que son frère eût delapiété et de l'application aux choses de son état, il était encore trop jeune pour être aussi assuré de lui qu'il

évêqnes. L'âge a23porte avec lui l'expérience et des conseils de x^rudence, de modération, d'indulgence dans le gouvernement des choses humaines et divines. D'un autre côté, il convient que les vertus sacerdotales, qui doivent surtout briller sur un trône pontifical, aient été longtemps éj)rouvées par une vie sans reproche. Le goût des voyages, la mondanité, que nous avons rencontrés chez plusieurs évêques, s'expliquent en j)artie jpar leur jeunesse. Mais tout en tenant compte de cette observation, de quel intérêt n'est-il j)oint pour un diocèse d'avoir à sa tête un homme en qui les fatigues de l'âge n'aient point brisé le ressort de la volonté ni la force d'agir. Les longues entreprises et les vastes j)ensées étaient j)erniises à des prélats choisis de bonne heure et en pleine possession de leurs forces, qui pouvaient employer à l'accompKssement de leur tâche un véritable règne épiscopal et des facultés grandissantes. On avait soin d'initier sans tarder les futurs évêques à l'administration diocésaine, en leur donnant un titre de grand vicaire. Aussi les vit-on souvent faire preuve, jeunes encore, d'une prudence consommée.

Au xvi^ siècle, le cardinal de Granvelle, promu à l'évêché d'Arras à aS ans, joue un rôle brillant au concile de Trente, s'illustre comme évêque, comme, négociateur politique, et donne un grand ; exemple de précocité de talent à ses voisins de France, Au xvii® siècle, La Baume

convenait de l'être pour le faire évêque. Il n'y eut rien qu'il n'employât pour faire changer le roi là-dessus. Le roi fut inflexible, loua la délicatesse de M. de Beauvilliers, s'appuya sur tout le bien qui lui était revenu de son frère, ajouta que Beauvais ne vaquait pas toujours età point, et qu'il voulait bien lui dire que, s'il était encore d'usage, comme dans les anciens temps, que des fils de France fussent évêques, il n'aurait rien de mieux à donner à son second fils que Beauvais..... L'abbé de Saint- Aignan parut en parfait séminariste. Jamais rien de si gauctie, de si plat, de si béat. Je proposai au duc de Beauvilliers de lui donner un maître à danser, pour lui apprendre au moins à faire la révérence et à entrer dans une chambre. Il afficha la régularité la plus «xacte, et il remit Saint- Germer près Beauvais, la seule abbaye qu'il eût, pour n'être pas en pluralité de bénéfices. On la donna à l'abbé Begon, depuis évêque de Toul, proche parent de Colbert, qui fut choisi pour être le conducteur du jeune prélat, sous le nom de grand vicaire. M. de Beauvilliers ni le roi ne vécurent pas assez pour voir combien il y avait eu de sagesse et de raison dans les craintes et les refus du duc de Beauvilliers de faire son frère évêque si promptement, que ses désordres éclatants et persévérants firent enfin renfermer dans un monastère pour le reste de ses jours, presque gardé à vue, et forcément démis de son évêché pour éviter la dégradation et la déposition juridique. »

de Suze aie temps, durant un épiscopat de soixante-neuf ans (1621-1690), déformer le diocèse de ViAders, qui lui dut son organisation et sa vie. Deux évêqnes, Belsunce et Belloy, remplissent à eux seuls le siège de Marseille durant tout le xviii« siècle, et Mgr de Belloy vit assez pour inaugurer à Paris l'Eglise concordataire du xix** siècle. Trois prélats tiennent le petit évêclié de Vabres durant cent vingt-trois ans. A la fin de l'ancien régime, nous aimons à saluer le vénérable cardinal de Luynes, né assez tôt pour être l'élève de Fénelon, mort assez tard pour fournir soixante ans d' épiscopat et entrevoir, non peut-être sans quelque crainte, l'aurore de la Révolution*. Cette Révolution verra paraître à la Constituante, non comme un grand homme ni un politique très ferme, mais comme un patriarche, haut placé dans le respect de tous par près de cinquante ans d' épiscopat et de nombreux travaux pour la défense de la foi, le vénérable Pompignan, archevêque de Vienne. Son contemporain,. M. de Pressy, sacré évêque, comme Pompignan, en 1742» tire de son âge, de son long pontificat, une autorité nouvelle. Il a ordonné presque tous ses prêtres ; il est obéi comme un père et vénéré comme un saint. Le temps travaillait ici à la fécondité et à la gloire de tels épiscopats. Le pontificat de Christophe de Beaumont n'eût point été si célèbre ni si important, si, au lieu de passer trente-cinq ans sur le siège de Paris, il y eût été appelé dans un âge avancé, comme ses prédécesseurs Bellefonds et Vintimille-du- Luc.

Ce qui abrégeait malheureusement ces longs règnes épiscopàux, c'est que les transferts d'irn. siège à l'autre étaient assez fréquents. Le xviii^ siècle avait encore ses

I. Mgr de Luynes, né en ijoS, élève de Fénelon, promu en 1323 à l'évêché de Bayeux, à l'âge de vin^t-six ans, mort en 1788 cardinal archevêque de Sens. Choiseul-Beaupré, evêque . de Saint-Papoul, mort, en 1367, évêque de Mende, fournit 5i ans d'épiscopat. ,11 eut pour neveux les deux frères Choiseul-Beaupré, morts l'un évêque de Gnàlons, l'autre archevêque de Besançon, et pour cousin Choiseul-S tain ville, mort archevêque de Cambrai.

éTêcliés crottés. Ils n'étaient pas pour les Rohan, auxquels on donnait d'emblée soit l'évêché de Strasbourg, soit l'arclievêclié de Bordeaux, échangé bientôt contre l' archevêché de Cambrai. Un Montmorency pouvait bien aller à Condom, d'ailleurs riche évêché, porté à 70.000 hvres de revenu dans l'almanach royal, mais c'était pour y passer deux ou trois ans et de là être transféré à Metz. Loménie de Brienne, successeur de Montmorency à Condom, s'y attarde deux ou trois années à peine et monte sur le siège de Toulouse. Plus les prélats ont du crédit à la cour, plus rapidement ils avancent dans la carrière. Champorcin n'a fait qpi' entrevoir Senez et il est déjà à Toul. Tulle ne retient qu'une année Bourdeilles que réclame Soissons. Gomme les nouveaux élus ne se hâtent pas toujours d'aller rejoindre leur jioste, le changement vient parfois les surprendre avant qu'ils aient paru dans leur diocèse. Sabran, nommé premier évêque de Nancy, n'a pas encore pris possession qu'il est appelé àLa©n. Fontanges, transféré de Nancy à l'archevêché de Bourges, devra avant d'avoir j)u s'y rendre, prendre le chemin de Toulouse que Loménie de Brienne abandonne pour Sens. Durfort n'a pas trouvé le temj)s de j)araître à Avranches, et le voilà déjà à Montj)ellier qu'il devra quitter pour Besançon. François de Crussol d'Uzès, archevêque de Toulouse, a rendu à peine le dernier soupir que Bernis travaille à faire donner ce siège à l'abbé de Choiseul. « Je demande très vivement cette place pour Monsieur votre, frère, écrit-il à Choiseul-Stainville. » Il échoue pour Toulouse qui est dévolu à DiUon, mais l'àbbé de Choiseul aura Evreux. « Il n'a j)as été jDOSsible, dit Bernis à son correspondant, de faire donner l'archevêché de Toulouse à Monsieur votre frère... M"»® de Pompadour et moi avons failH mourir de douleur de manquer Toulouse... Il faut que l'abbé de Choiseul accepte Evreux. Le roi a promis de ne pas le laisser languir dans un petit siège *. » En effet, l'archevêché d'AIbi ayant vaqué sur ces entrefaites, l'abbé de Choiseul y fat nommé et n'eut pas même à se

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