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Mémoires de Bernis, lettre du i3 mai

présenter à Evreux. Nous voyons par les lettres de M. de Boisgelin, archevêque d'Aix, qu'à un moment il désire aller soit à Rouen, soit à Toulouse d'où on passe toujours à Narbonne * . Mais il serait question de Toulouse pour La Luzerne, neveu de Maleslierbes et évêque de Langres, qui céderait son siège à Loménie de Brienne désireux d'avoir la pairie et la présidence du conseil.

Il faut bien cependant des prélats pour occuper les pauvres postes. Il s'en présente, et plusieurs y font un très long séjour. La Révolution trouve Hachette des Portes, évêque de Glandèves depuis 1771 ; Saint-Jean de Prunières, évêque de Grasse depuis 17552 ; M. de Saint- Sauveur, évêque de Bazas depuis 1746; Reboul de Lambert, évêque de Saint-Paul-Trois-Ghâteaux depuis 1743. Alexis de Gaspard-Plan des Augiers est évêque de Die depuis 1742, et fournit ainsi, avec Mgr de Pompignan et Mgr de Pressy, le plus long règne épiscopal que nous ayons à enregistrer au moment de la Révolution. En 1789, il occupait cet humble siège depuis quarante-sept ans. Dans le même siècle, Milon fat pendant quarantecinq ans évêque de Valence, M. de Lévis pendant quarante-six ans évêque de Pamiers ; l'austère Bazin de Bezons avait eu le temps, durant cinquante ans d'épiscopat, de façonner à son gré le diocèse de Garcassonne.

Nous voyons avant la Révolution, d'assez fréquentes translations d'évêché à évêché. M. de Belloy a quitté, après trois ans, le pauvre évêché de Glandèves pour monter, en 1765, à Marseille, sur le siège de Belsunce. Roy ère, évêque de Castres, et plusieurs autres évêques ont déjà été à la tête d'un autre diocèse. Gouet de Vivier de Lorry a été évêque de Vence et de Tarbes avant d'être transféré à Angers. M. de La Ferronnays a occupé les

I. M. de Boisgelin écrit le 4 février 1788 : « Il est triste pour moi de quitter Aix dans un moment où la Providence épuise tous les moyens de m'y attacher... Je réfléchis avec peine que l'âge s'avance, que cette place demande une activité continuelle, et je m'effraie moi-même. C'est avec de l'éloquence de tous les moments que j'ai suspendu leurs oppositions. Je ne puis pas conserver dans un âge plus avancé toute l'action que la place exige. Je regarde Toulouse comme un moment dé repos et je pense ensuite retrouver à Narbonne le repos avec dignité. Ce n'est pas l'ambition qui me guide ; j'en trouve la différence légère, si le projet n'aboutit pas. »

sièges de Saint-Brieuc et de Bayonne avant celui de Lisieux. ^

Les promotions de simples prêtres à un archevêché étaient alors moins rares que de nos jours. On sait qiie Fénelon et plus tard Dubois arrivèrent d'emblée à Cambrai. Au moment de la Révolution, du Lau, archevêque d'Arles ; Bernis, archevêque d'Albi ; Leyssin, archevêque d'Embrun; d'Aviau, archevêque de Vienne, ne sont point passés par un autre siège. Angéhque de Talleyrand a été nommé coadjuteur de Reims. La Rochefoucauld, archevêque de Rouen ; Rohan, archevêque de Cambrai, avaient été appelés directement, l'un à l'archevêché d'Albi, l'autre à celui de Bordeaux. Le premier fournit cinquante-trois ans d'épiscopat. En général, on ne parvenait aux archevêchés importants que par une série de translations, tantôt lentes, tantôt rapides. L'un des prélats du xviii^ siècle le plus remarquable par ses pérégrinations, fut M. de La Roche-Aymon, sacré évêque de Sarept en 1726, évêque de Tarbes en lySg, archevêque de Toulouse en 1740, de Narbonne en 1762, enfin de Reims en 1768 ^

On le voit, l'antique disciphne qui attachait j)our toujours un évêque à son siège, comme un époux à son épouse, avait éprouvé de fortes brèches. Nous voyons encore à Laon, au xv^ siècle, l'abbé de Saint-Vincent, chez lequel le nouvel évêque avait coutume de loger avant de prendre possession de son siège, présenter le jDontife aux chanoines en ces termes : « Je vous le donne vivant, vous me le rendrez mort. » Mais ce n'était déjà plus qu'une formule trop souvent démentie par l'événement. Jean-Juvénal des Ursins, ainsi annoncé aux vénérables chanoines de Laon, ne devait pas rester à Laon ni être enseveli à Saint- Vincent ; il mourut archevêque de Reims. Au xvii« siècle, l'austère évêque de Grenoble, M. Le Camus, se plaint de ces changements répétés. « Je ne m'étonne pas, écrit-il en 1673, que M. le cardinal de Bonzi ait pris l'archevêché de Narbonne : cardinalis habet os apertum ad omnia; mais je suis épouvanté

I. M. Ize de Saléon fut successivement administrateur de Senez, évêque de Digne, d'Agen, de Rodez et enfin archevêque de Vienne.

comment les èvêcpies, qui ont dessein de se sauver, peuvent être seulement tentés de ces translations... Ceux que l'on propose pour Toulouse sont tous trois très grands prélats et en grande estime, mais ils ont tous trois quitté leur première femme (leur premier évêché)... Ab initio non fuit sic ^. » M. de Rohan-Ghabot, nommé en 1785 évêque de Saint-Claude, s'élève dans son premier mandement contre le transfert d'évêques d'un siège à l'autre. Cet écrit souleva des contradictions et fut dénoncé au pape comme janséniste. Il était dû à l'inspiration du Père Lambert, dominicain \

Nous retrouvons les mêmes plaintes formulées en 1789, avec toute la publicité, toute l'ardeur d'une époque qui s'était promise de réformer tous les abus. L'abbé Laurent, en particulier, prend plaisir à rappeler les actes des conciles interdisant les translations épiscopales. Elles furent inconnues, dit-il, durant de longs siècles, et saint Augustin ne songea jamais à quitter Hippone pour Cartbage. Il accuse ces fréquents changements de favoriser les calculs de la cupidité, les intrigues de l'ambition, la non résidence, le dégoût des situations modestes. Il faut du temps pour mener à bien les entreprises qpie comporte l'administration d'un diocèse, pour connaître son troupeau, j)our l'aimer et s'en faire aimer. Quels liens pourraient s'établir entre des diocésains et un pasteur qui ne j)ense cpi'à les briser avant qu'ils aient eii le temps de se former? N'est-il point à craindre qu'un évêque se montre servile envers un pouvoir qui le tient « dans sa dépendance et dans le dévouement à ses volontés par l'espérance de mieux ? » On trouve en Bretagne ^ et en Provence, dit ce publiciste, « certains sièges disgraciés qui, dans un intervalle de dix-buit ans, viennent d'avoir au moins cinq évêques ; c'est à peu près comme s'ils n'en avaient point du tout. » On les appelle des « sièges de passage ». L'écrivain que nous citons avoue cependant

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