I. Lettres de Le Gamos, p
a. Richard, op. cit., t. II, p. 45o-45i.
3. M. de Kermoran. est le dernier évêque de Tréguier qui soit mort dans sa ville épiscopale. Ses successeurs, à partir de 1361, MM. de Cheylus, de Royère, de Sarra, de Lubersac, furent transférés à d'autres sièges. Le dernier, M. Le Mintier, naourut en exU.
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cpie « depuis quelques années », le ministre de la feuille, M. de Marbeuf, s'efforce de réformer ou d'atténuer cet abus, en donnant une partie des évêcliés de Provence et de Bretagne, « soit à des ecclésiastiques du iDays, soit à d'autres personnes qui, suivant les apparences, ne se flattent j)as d'une translation ». Le pape seul pourrait supprimer ces changements en refusant l'institution canonique ; mais l'abbé Laurent accuse la cour romaine d'être favorable aux mutations pour servir les intérêts de la chambre apostolique *.
Il ne faudrait pas conclure de ces plaintes que les évêques de l'ancien régime fussent toujours sur les chemins, en quête d'une situation plus brillante. Bien que les transferts d'un siège à l'autre fussent autorisées par l'usage, nous voyons beaucoup de prélats agir ici avec une grande délicatesse de conscience, et vouer à leur première église une fidélité inviolable. Parmi les évêques de 1789, M. Cortois de Quincey ne voulut jamais quitter, durant l'espace de quarante ans, le siège de Belley; M. de Galard, évêque du Puy, refusa l'évêché de Chartres en 1780 ; Là Broue de Vareilles, évêque de Gap, celui de Nevers, en 1789. M. Roux de Bonneval s'éprit de son pauvre évêché de Senez. On citait encore M. de La Neufville, évêque d'Acqs; M. de Gugnac, évêque de Lectoure, parmi ceux qui n'avaient jamais voulu se séparer de leur troupeau.
Quelques années avant la Révolution, on avait inutilement offert l'archevêché de Tours à Goetlosquet, évêque de Limoges, l'archevêché d'Auch à Juigné, évêque de Châlons. C'est à grand'peine que Beàumont et Juigné acceptèrent l'archevêché de Paris. Rohan, qui avait fait aimer à Bordeaux sa bonté et sa charité, ne se décida
I. « Le souverain Pontife, dont le concours est nécessaire pour autoriser les translations, ne songe pas même à s'y opposer. C'est peut-être qu'il n'y aurait pas de sûreté pour la cour de Rome à l'entreprendre ; mais quand elle pourrait essayer impunément d'arrêter le cours de ces désordres, je doute Ibrt néanmoins qu'elle le fît jamais. Plus les translations sont fréquentes, plus il revient d'argent a la chambre apostolique. » L'abbé Laurent est plus content de la Savoie que de' la France. « En Savoie, dit-il, on prend les évêques dans toutes les classes du clergé et pas exclusivement dans la noblesse. On exige qu'ils aient quarante ou cinquante ans. Plusieurs d'entre eux ont été curés. » — Cf. abbè Laurent, op. cit., ij89, p. 202-220.
que sur les instances de Louis XVI à aller à Cambrai, Nous avons vu les plus petits sièges trouver des pontifes fidèles. Phélypeaux d'Herbault, que le crédit de sa famiUe aurait pu porter aux plus grandes situations, s'attacha, de 1713 à 1761, à son évêché de Riez. Gomme Louis XV lui demandait un jour s'il était content de son diocèse : « Très content, sire, répondit-il ; mon peuple est bon, excellent. Tout ce que je puis lui reprocher; c'est de perdre la tête deux fois par an. — Gomment cela ? reprit le roi étonné. — Hélas ! oui, sire, quand arrive le carnaval et la Pentecôte. » On a souvent cité la belle lettre par laquelle Fléchier, transféré de Lavaur à Nîmes, demandait à Louis XIV de ne pas le séparer de sa première éghse\ Belsim^ce, poussé, à son insu, par son oncle Lauzjm, refusa, en 1728, de passer de Marseille à Laon. Six ans plus tard, nouveau refus plus méritoire encore de l'archevêché de Bordeaux ^.
Ges témoignages d'affection et de fidéhté donnés ainsi à leur peuple, provoquaient toujours des démonstrations publiqiies de reconnaissance. Marseille, en apprenant que son pasteur ne voulait pas se séparer de son trouj)eau, se livra à l'allégresse et toutes les autorités de la ville allèrent féhciter le prélat. Quand le dernier évêque d'Arras avant la Révolution, M. de Gonzié, refusa le siège de Tours auqiiel fut appelé son frère, les magistrats
1. « V. M. me permettra de lui représenter que j'ai regardé le premier choix qu'elle a bien voulu faire de mol pour l'évêché de Lavaur, comme une première vocation; que j'y ai travaillé comme n'en devant point sortir, et qu'une marque que Dieu me voulait en ce lieu, c'est qu'il y bénissait mes travaux... J'avoue, Sire, que j'ai une grande passion d'achever l'ouvrage que j'ai commencé... L'évêché de Nîmes est vaste et difficile à gouverner, et je ne me sens ni assez de force, ni assez d'adresse pour cela. Je sais qu'il est plus riche et plus honorable que le mien, mais V. M. m'a déjà donné tant de bien, que je n'en souhaite pas davantage. .. Je me jette donc aux pieds de V. M. pour la supplier de me laisser dans ce diocèse. »
2. Le cardinal Fleury lui écrivit à ce sujet la lettre suivante : Issy, 19 mars 1529. — Je vois, Monsieur, dans la réponse dont vous m'avez honoré, du 6 de ce mois, une nouvelle preuve de votre désintéressement et de votre amour pour votre Eglise, dont je suis touché et édifié au delà de tout ce que .je puis a'ous exprimer. J'ai eu l'honneur d'en rendre compte au roi, qui était persuadé que vous n'auriez pas gouverné moins utilement pour la religion et son seryice l'archevêché de Bordeaux que l'évêché de Marseille... Sa Majesté loue ce grand exemple de désintéressement... Je vous supplie d'être persuadé de la part que je prends à une résolution si honorable et des sentiments de la plus parfaite vénération, avec lesquels, Monsieur, je fais profession de vous honorer. » Cf. Théoph. BÉRENGiER, op. cit., II, p. 33-34-
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de la yille vinrent lui offrir vingt-quatre bouteilles de vin d'honneur. M. du Tillet, dernier évêque d'Orange, ne voulut point j)asser, en 1777, à l'évêché du Mans. « J'ai épousé l'égKse d'Orange, dit-il, je ne puis la quitter. » En 1788, ce prélat, à la demande du clergé de France, fut transféré à Grenoble où il s'agissait de remplacer le mallieureux Bonteville. M. du Tillet donna un consentement qui lui fut demandé de toutes parts, puis le retira et rentra à Orange. A cette nouvelle, la ville est illuminée, toute la population court à la rencontre de son pasteur, détèle ses cbevaux et s'abandonne à un véritable délire. « C'est trop, mes enfants, c'est trop », répétait le bon évêque. Ces exemples, ces nombreux prélats que nous avons vu s'attacher aux diocèses les plus modestes, malgré la facilité que la protection, le crédit de leurs amis, leur offraient d'en sortir, nous prouvent quel esprit de désintéressement, quelle foi animaient de tels évêques. Aussi bien, ces changements de siège que nous voyons trop fréquents avant la Révolution, et qu'on pratique depuis, quoique en moins grand nombre, n'étaient-ils point le principal obstacle au bien que les évêques devaient faire dans leur diocèse. Il y avait un abus très grave qu'il nous faut signaler, le manque de résidence.