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CHAPITRE DEUXIEME La Résidence

I. Prescriptions du Concile de Trente sur la résidence. — Graves abus au xvi° siècle. — Elle est mieux observée au xvii°. — Richelieu à Luçon. —r Bossuet, précepteur du Dauphin, donne sa démission de Condom. — Fénelon, Massillon. — Exemples d'évêques pratiquant admirablement la résidence au xviii°. siècle." — Révolte de Mgr de Lamotte contre l'expression : être exilé dans son diocèse. ^— U. Prélats moins zélés, moins résidants. — Leur philosophie du bonheur d'après leurs lettres inédites. — « Il faut écumer sa vie. » — « On fait son bonheur.»

— Comment chasser l'ennui. — Occupations, littérature, société.

— Mais la vraie société est à Versailles, a Paris. — Fënelon dit que « cette ville est devenue tout le royaume ». — Cette vision tente les évêques dans leurs lointains diocèses. — En route pour Paris. — Train de Le Tellier, archevêque de Reims. — Mot de M""^ de Goulanges à ce prélat : « Quelle folie d'aller à Reims ! vous vous y ennuierez comme un chien. » — III. Quels prélats manquent à la résidence au xviii° siècle. — Prétextes invoqués.

— Retard à prendre possession de son siège. — Certains évêques ne virent jamais leur diocèse, — IV. On est pourtant forcé d'y paraître. — On cherche à se désennuyer à force de nouvelles de Paris et de Versailles. — Boursault reporter d'un évêque. — Grandes dames de la cour comme correspondantes. — Les courriers attendus avec une extrême impatience. — Mais on n'y tient plus, on repartpour Paris. — V. Proportion des évêques non résidants. — D'après une note de police, plus du quart des évêques présents à Paris en 1764. — Renvoyés dans leur diocèse par arrêt. — VI. Tous les prétextes de non résidence vivement réfutés par M. de Pompignan, archevêque de Vienne. — Plaintes à ce sujet dans les cahiers de 1789.

La première condition pour Lien gouverner un diocèse c'est d'y être. Le concile de Trente, voulant corriger sur ce point les abus graves dont on avait à se plaindre, rappelle avec insistance aux évêques, aux cardinaux, les devoirs de

la résidence. Il s'élève avec vigueur contre les prélats qui, « s'oubliant eux-mêmes et leur propre salut, préférant les choses de la terre à celles du ciel, les intérêts humains aux choses de Dieu, font toute l'occupation de leur vie d'être continuellement errants et vagabonds en diverses cours, ou dans le soin et l'embarras perpétuel des affaires temporelles, abandonnant leur bergerie et négligeant les soins des brebis qui leur sont commises. » Le concile * les avertit qu'ils se rendent coupables d'un péché mortel, s'ils s'absentent i)lus de trois mois sans cause légitime. Pour donner une sanction à son ordonnance, il prescrit qu'il soit retenu aux non résidants une IDartie de leurs revenus, qu'en cas de récidive le métroj)ohtain j)rocède selon les canons contre le récalcitrant, et le plus ancien évêque de la province contre le métropolitain. Il fallut du temps pour que cette injonction portât ses fruits. Le cardinal de Lorraine, l'un des Pères qui réclamèrent le plus vivement ce décret, possédait 900.000 livres de rentes en bénéfices, parmi lesquels plusieurs archevêchés et évêchés. Cette étrange habitude de donner certains évêchés en commende, de les livrer parfois à des enfants, rendait toute résidence impossible. Le Camus, évêque de Belley, s'écria un jour en chaire, en présence de plusieurs évêques qui purent faire leur examen de conscience : « Quand un curé ne réside point, quand il ne veut point obéir, on a recours à Monseigneur son évêque ; on écrit à Monseigneur, à Paris, qu'un tel, etc.. Monseigneur fulmine. Voilà qui est bien, voilà qui est selon les canons. Mais, Monseigneur le prélat, qui né résidez point, que peut-on dire de vous ? » Tout le monde ne goûtait pas ce langage. Le savant GuiUaume du Vair croyait pouvoir être à la fois premier président du parlement de Provence, en résidence à Aîx, et en même temps évêque de Lisieux en Normandie, où il n' allait jamais. Evidemment le roi ne voulait pas être agréable à Richelieu quand il lui écrivit, lors de la disgrâce du maréchal d'Ancre : « Allez à Luçon faire les devoirs de vôtre

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