I. Sess. VI, de réf. eh. I; sess. XXIII, de réf. ch. I
charge, et exhorter vos diocésains à se conformer aux commandements de Dieu et aux miens. » Cependant Richelieu avait déjà donné l'exemple de huit années de résidence à peu près continue, dans un diocèse qui ne connaissait guère ses évêques depuis soixante ans *. Elle est bien mieux observée dans la seconde moitié du XVII® siècle. La résidence, qpioique parfois violée en fait, apparaît alors comme une obligation rigoureuse, à laquelle on ne peut se soustraire q[u'au péril de son âme.
Le Camus, évêque de Grenoble, se montre particulièrement strict en théorie et eii pratique. Il a troj) souffert des « mille désordres que deux cents ans de non résidence onl autovisés ï) dans son diocèse, pour ne pas la condamner avec vigueur. En 1686, il peut se rendre le témoignage d'avoir inviolablement observé, depuis seize ans, « l'obligation étroite de la résidence. » Il dit au sujet d'un évêque qui a retrouvé la faveur du monarque : « Le voilà rentré dans les bonnes grâces du roi, puisqu'il est à Paris. Pour demeurer dans celles de Dieu, je souhaite qu'il retourne promptement à son diocèse. » Il déplore l'absence de M. d'Orléans (Coislin, évêque d'Orléans). « Est-il possible, s'écrie-t-il, qu'une si bonne âme, si innocente, si pure, se damne misérablement pour des péchés d'Etat. » Le Camus n'y tient plus et il sermonne le prélat de cour. « J'ai écrit, dit-il, à M. l' évêque d'Orléans sur sa non résidence... H n'y a que Dieu seul qui puisse déteiv miner les gens comme nous à q[uitter honneurs, biens et cour, quand on est dans les emplois^. »
. Heureusement beaucoup de prélats parlent et agissent comme l' évêque de Grenoble. On sait que Bossuet hésitait à accepter les fonctions de précepteur du dauphin, les jugeant inconciliables avec ses devoirs d' évêque ; aussi donna-t-il sa démission de l'évêché de Condom ^ Fénelon ne prit l'archevêché de Cambrai qpi'à condition de résider neuf mois dans son diocèse *. MassiUon, une fois évêque
1. « Il était en ce temps-là si peu ordinaire de voir un jeune évêque résider, -que cette sage conduite donna une grande réputation à l'évêque de Luçon. » Vie manuscrite du cardinal 'de Richelieu, Bib. de l'arsenal.
2. Lettres de Le Camus, p. 88, 90, ii5, 187, iSa, 190, 191, 481.
3. A. Floquet, Etudes sur la vie de Bossuet, t. lll, 482-484, Sij-Sai,
4. Fénelon écrivait dans un mémoire destiné à prouver que M. de
de Glermont, ne j)arut j)lus à l'académie. Certaines nécrologies en disent long, en peu de lignes, sur les vertus de quelques jDrélats. « lo novembre i685. M. le cardinal Grirnaldi est mort à Aix, âgé de plus de 80 ans. Ce prélat n'était jDoint sorti de son diocèse depuis qu'il en était archevêque, que pour des affaires de la dernière importance. Pendant sa maladie, les églises n'ont point été fermées même la nuit. C'était le père des pauvres, aimé de tout le monde * ». On voit que Louis XIV aurait pu dire à plus d'un ]3rélat les j^aroles qu'il adressait à Nicolas Colbert, en passant à Auxerre pour se rendre au siège de Besançon : « Monsieur d' Auxerre, il faut bien vous venir voir, puisqu'on ne vous voit pas à la cour. » Moins héroïque que ces évêques résolus à ne jamais quitter leur diocèse pour paraître à Versailles, mais encore dignes d'éloges, étaient ceiix qui savaient allier avec un brin de cour le devoir de la résidence ^.
On aime enfin à voir les prélats les plus oecuj)és, les plus mêlés aux intérêts d'Etat, se rappeler qiie le premier devoir de leur charge est le soin de leur diocèse. « Quelque accoutumé qu'il fût aux affaires, dit Saint- Simon du cardinal Forbin-Janson, quelques agréments qu'il trouvât dans le monde, où il était universellement honoré et où il avait beaucoup d'amis parce qu'il en méritait, quelques faveurs, quelques distinctions qu'il trouvât toujours à la cour, il ne se plaisait nulle part tant que
Beauvau, évêque de Tournai, devait quitter la cour pour rejoindre sa ■ville épiscopaîe : « Des laïques, pleins d'honneur, de bon sens et de zèle pour le roi, peuvent croire que M. l'évêque de Tournai ne doit pas revenir, parce qu'ils ne sont sensibles qu'aux motifs d'attachement et de reconnaissance pour S. M. Mais il est facile de prouver qu'on peut accorder les sentiments de la reconnaissance la plus vive et de l'attachement le plus inviolable avec les règles canoniques, que le devoir de l'évêque ne nuit en rien à celui de sujet, et qu'en faisant tout pour le roi, il peut ne manquer ni à Dieu ni à l'Eglise. » Corresp. génér. V, 288. Louis XlV fut de l'avis de Fénelon et M. de Beauvau dut partir pour la Flandre.