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Mémoires de Bachaujiont, 8 mars

l8 AVIDITÉ DES GRANDES FAMILLES

Toué à l'état ecclésiastiqpie. Manière, raconte-t-il dans ses Mémoires, « me faisait la peinture la plus douce et la plus attrayante de la vie de séminaire à Paris, au centre de ma famiUe. Elle me montrait les pensions sur les abbayes pleuvant d'abord en abondance, bientôt suivies de prieurés riches, de grosses abbayes. Je serais aumônier du roi, agent du clergé, évêque au plus tard à trente ans, et enfin le plus riche de ma famille ^ ».

Les événements se chargent souvent de déranger ces calculs. Tel enfant, d'abord destiné à l'Eglise, est parfois appelé par la mort de son aîné à échanger le petit coUet pour l'épée, La mort de son frère invita ainsi l'abbé Loménie de Brienne à entrer dans la carrière militaire. Il persévéra mallieureusement dans l'état ecclésiastique où il se croyait plus assuré d'un brillant avenir.

En retour, nous voyons, au xviii^ siècle, sur les sièges de France, de nombreux prélats qui avaient délaissé le service de Mars pour celui de Dieu. Le dernier évêque de Soissons avant la Révolution, M. de Bourdeilles, a été tonsuré à dix ans. Il quitte la cléricature, devient mousquetaire et entre plus tard à Saint-Sulpice. Les parents de La Luzerne, futur évêque de Langres, l'avaient d'abord dirigé vers l'ordi'e de Malte. Conzié, évêque d'Arras, est d'une famille de guerriers. Il débute dans la carrière des armes avec le grade d'officier de dragons. Condorcet, avant-dernier évêque de Lisieux, Maillé de la Tour-Landry, évêque de Gap et de Saint-Papoul, ont été militaires. M. de la Marche, dernier évêque de Saint-Pol-de- Léon, a été à la bataille de Plaisance, en 174^. Il a été promu, en 1747 > ^^ grade de capitaine dans le régiment de la reine. Alapaixd'Aix-la-ChapeUe, il a quitté l'armée pour entrer au séminaire. Grossoles de Flamarens, successivement évêque de Quimper et de Périgueux, a été d'abord officier d'artiUerie et garde dans l'état ecclésiastique les allures brusques de l'ancien militaire. C'est pour ces gentilshommes, passant subitement d'une carrière à l'autre, toute une éducation à refaire. Tel fut le cas de

I. Mémoires du duc des Cars, publiés en 1890^ 2 vol. in-8, t. I, p. 8.

Richelieu, appelé à vingt et un ans à l'évêché de Luçon. Jusque-là l'éqnitation, l'escrime, la danse avaient occupé sa jeunesse; voici le tour de la théologie. Cette connaissance nouvelle ne fera point oubher les premières leçons. Richelieu évêqne, suivant à cheval les opérations du siège de La Rochelle, émerveillera les troupes par sabonne contenance. On le verra même un jour, déjà cardinal, exécuter à la perfection un ballet chez la reine.

Au xvii^ siècle, un La Rochefoucauld, le quatrième fils du duc de La Rocheguyon, refuse d'opter, trouvant commode de cumuler le métier des armes avec les profits de la cléricature. Saint-Simon le représente « chargé des abbayes de ses oncles et grands-oncles, à mesure qu'elles vaquèrent ». Devenu l'aîné par la mort de ses frères, il s'obstine, tout en refusant d'entrer dans les ordres, à rester à la fois « abbé et aîné », à garder « ce petit collet auquel tenaient 60.000 livres de rente ». De guerre lasse, la famille obtient du pape un bref cpii permet à l'abbé de La Rochefoucauld de porter le collet et l'épée, d'être à la fois guerrier et bénéficier \

L'ordre de Malte offrait ce double avantage. On sait que le jeune Chateaubriand, aj)rès avoir manifesté le désir d'embrasser l'état ecclésiastique, y renonça pour se tourner vers Malte, tandis que sa sœur Lucile était reçue chanoinesse du chapitre noble de l'Argentière, en attendant une vacance au chapitre si recherché de Remiremont. Comme il fallait être tonsuré pour pouvoir tenir des bénéfices, la pieuse mère de Chateaubriand demanda cette faveur pour son fils à l'évêque de Saint-Malo, Cortois de Pre'ssigny. Il fallut triompher des scrupules du pontife à qui il répugnait, malgré l'usage, de conférer ainsi la cléricature à un militaire. Le jeune officier se mit à genoux en uniforme, l'épée au côté, «: aux pieds du prélat, qui lui cou^a deux ou trois cheveux sur le sommet de la tête; cela s'apj)elle tonsure, de laquelle il reçut lettres en bonne forme - ». Malheureusement tous les pri-

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