Mémoires,zï février i78j
parmi les évêqnes très résidants : M. de Durfort, archevêque de Besançon, M. de Malide, évêque de Montpellier, M. de Bruyères de Chalabre, évêque de Saint- Pons. II y a des sièges, comme Perpignan, qui jouissent durant tout le xviii® siècle de la j)résence de leur évêque. De M. de Grignan à M. de Puységur, évêque de Garcassonne, ce dernier est le premier à ne pas résider. Il y a des provinces entières, comme la Gasgogne *, où les prélats sont fermes à leur poste. A Auch, Montillet corrige par sa surveillance attentive les abus introduits pendant l'absence de son prédécesseur, le cardinal PoKgnac. A Aix, Plaicard de Raigecourt ne s'éloigne jamais de son troupeau durant trente ans d'épiscopat. G'est aussi pendant trente ans que le dernier évêque d'Agde, M. de Saint-Simon de Sandricourt, reste fidèlement au milieu de ses diocésains et de ses livres. On remarqua que l'avantdernier évêque de Gouserans, M. de Marnays de Versel, ne quitta que deux fois ses ouailles pour affaires majeures. APamiers, M. Gaston de Lévis garde une scrupuleuse résidence pendant ses quarante-six ans d'épiscopat. Le dernier évêque de Dol, M. de Hercé, ne se plaît que dans son diocèse. ObKgé de passer quelque temps dans la capitale comme délégué des Etats de Bretagne, il écrit : « Je n'ay plus que neuf à dix jours à rester dans ce pays-ci. Il y a si longtemps que je bâts le pavé de Paris de mon corps que j'en suis excédé de fatigue et d'ennuy. » Gonnaissant ces dispositions, quelques prélats moins résidants faisaient ordonner leur clergé par l' évêque de Dol, qui s'y prêtait avec une extrême bonne grâce ^. M. de Lamotte, évêque d'Amiens, s'indignait qu'on jDût parler d'exil dans son diocèse. « G'est à la cour, disait-il, ou dans la capitale que nous sommes exilés ! mais c'est une
1. ToREiLLES, op. cif., MoKLEZUN, Op. cU.Noiv en particulier, sur la scrupuleuse résidence de M. de Gugnac, évêgue de Lectoure, un article de M. Plieux, Revue de Gascogne, 1839, p. asS.
2. Il écrivait le 3 avril 1784, à SI. Bareau de Girac, évêque de Rennes : « Vos ordinands sont arrivés d'hier dans mon séminaire. Soyez bien sûr que vous ne pouvez me faire plus de plaisir que de me fournir l'occasion de vous être bon à quelque chose. » Dans ses 28 années d'épiscopat, AI. de Hercé ordonna 536 prêtres en majorité étrangers à son diocèse. — Cf. Ch. Robert, Urbain de Hercé, t^. 39-4Ij i4i-
plaisanterie mécliante de prétendre qu'un évêque est exilé au milieu de son troupeau, »
Nous voyons un sévère censeur du clergé, en 1789, reconnaître que certains prélats, « pendant plus de quarante ans, n'ont ^Dàs passé trois semaines à Paris, hors du temps des assemblées où ils ont été députés », La Bretagne nous montre Amelot, évêque de Vannes, et la plupart de ses pontifes fidèles à la résidence. Nous voyons les prélats observer ce devoir dans des contrées qui n'avaient point assez de paroisses pour les occuper. M, de Fùmel ne quitte son troupeau que pour se rendre tous les ans aux Etats du Languedoc. Le président Dillon, archevêque de Narbonne, disait en le voyant arriver : « Voici l'ermite de Lpdève qui vient quêter pour sa ville et pour son diocèse ^ » Il fallait de la vertu à M, La Brouc de Vareilles pour ne jamais sortir de ses montagnes de Gap ; à M. de la Gropte de Ghanterac, de son petit évêché d'Alet; à M, de Maillé La-Tour-Landry, de son village de Saint-Papoul, que le dicton excluait formellement du Beati qui habitant urbes '. Il fallait presque de l'héroïsme, quand on avait parents et amis à la cour, x^our rester enfermé dans la j)auvre ville de Senez, triste, noire, humide en hiver, caj)itale d'un diocèse comprenant trentedeux paroisses et trente succursales. M. de Beauvais, que nous avons vu arriver si péniblement à l'épiscopat à cause de sa tache de roture, n'y tenant plus ' et ne voulant pas manquer à ses devoirs, donne sa démission, en 1783, et vient habiter Paris, sous le toit de Mgr de Juigné. Un GasteUane-Adhémar lui succède. En 1789, Mgr de Ruffo de Bonneval est sacré évêque de Senez. Il se montre intrépide dans la persécution, et il s'éprend tellement de son pauvre diocèse qu'après la Révolution, lorsqu'on lui oflrc le siège d'Avignon, il refuse en s' écriant : « Que l'on