Revue da Dauphiné, I, Sij
2. Abbé Tresvaux, Histoire de l'Eglise et du diocèse d'Angers, i858, 1, 3^2. Letourneau, op. cit. III, i8;-i88.
LA RESIDENCE HQ'J
M. de Grasse se leva et finit par se rendre à la cathédrale. Mais Une fut pas converti, car quelque temps plus tard, les séminaristes furent ordonnés par M. deCrussold'Uzès dans une église de campagne du diocèse de la Rochelle, l'évêque d'Angers n'ayant pas voulu quitter la capitale. Le dernier évêque d' Avranches, Godard de Belbeuf, fait suivre ses apparitions dans son diocèse de plusieurs mois, parfois de deux ou trois ans d'absence. Il fait les ordinations quand il se rencontre dans le pays. Quand il n'y est pas, les ordinands se transportent à Goutances et surtout à Dol. Il veut bien cependant encourager de loin les œuvres diocésaines, telles que la construction d'un collège K De dignes prélats, comme M. de La Tour du Pin, se permettaient de manquer à la résidence '.
La participation du clergé aux affaires publiques, les fréquentes délégations données aux évêques par les j)ays d'Etats, le droit de présence au parlement accordé à quelques-nns comme pairs de France, les délibérations de la commission des réguliers, les assemblées quinquennales du clergé de France, l'assemblée des notables, les charges à la cour, n'offraient que trop d'occasions, trop de prétextes, aux prélats de se rendre à la capitale. Qui pourrait songer à renvoyer dans son diocèse, où il ne passe guère que trois mois, Champion de Gicé, si occupé, à Paris, à défendre, à organiser l'assemblée de la Haute- Guyenne, et plus tard l'assemblée provinciale de la généralité de Bordeaux? Pourquoi obliger M. de Noé, évêqiie de Lescar, à habiter sa petite ville ? Ne fait-il pas mieux de rester à Pau, pour être à portée de remphr ses fonctions de président des Etats de Béarn, de premier conseiller d'honneur au parlement de Navarre ? Il serait cruel de renfermer dans les limites de son diocèse d'Arles l'activité de M. de Jimiilhac, qui se plaît beaucoup à Paris et qui a le prétexte de la commission des réguUers.
1. Le Camus, Histoire des éoêqiies de Contances et d'Avranches.
2. M. de La Tour du Pin, évêque de Nancy, fut nommé, en 1783, à l'archevêché d'Auch, On le regretta. « On oublia ses longues absences, ses fréquents séjours à Versailles » selon la mode du temps. «Il fut absent de son diocèse tout l'hiver de 1782 et ne rentra qu'à l'Ascension. » Abbé Martin, op. cit., p. 19-20. — M. de Chalabre, évêque de Saint-Omer, toujours malade, ne résida guère;
Marbeuf est vraiment trop absorbé par sa feuille desbéné fices, par les mille soUicitations qui arrivent de toutes parts au distributeur des grâces, pour résider à Autun. Il ira tous les ans y passer trois semaines où un mois, pour voir la situation et mettre ordre aux principales affaires. Il gouverne par ses grands vicaires. Transféré, en 1788, à l'archevêché de Lyon, à la mort de M. de Montazet, il ne trouva jamais le temps de paraître dans son nouveau diocèse^ ni d'en prendre possession par lui-même. Et cependant Lyon méritait bien l'honneur d'une visite. Gonzié, évêque d'Arras, doit être souvent à Paris, à Versailles, pour entretenir le roi, les ministres, de la province d'Artois. Dillon vient leur parler des Etats du Languedoc. Les nouveaux élus se décident difficilement à aller rejoindre leur poste. Il n'était point alors d'usage de se presser. Christophe de Beaumont lui-même, qui fut un modèle de résidence, fit attendre plus d'un an, comme son prédécesseur Bellefonds, sa bonne ville de Bayonne, dont les magistrats lui exprimèrent leur impatience de le «voir et de le posséder- ». Un de ses successeurs, M, de La Ferronays, mit deux ans à venir. M. de Bourdeilles, nommé à Tulle, tarde à arriver et en part bientôt pour aller à Soissons. Le successeur de Puységur à Garcassonne, M. de Vintimille, a été sacré le 2 octobre 1788. Il semble que la fermentation des esprits à la veille des Etats généraux et bientôt, les premiers décrets de la Constituante, auraient dû hâter le départ du prélat pour son diocèse. M. de Vintimille manifeste, en effet, dans X3lusieurs lettres, le désir de se rendre à Carcassonne. Mais l'année 1790 l'en trouve encore éloigiié par le soin de ses affaires et de sa famille. « Je compte, écrit-il d'Aix en Savoie, le 14 janvier 1790, dans le courant de la semaine prochaine, bénir le mariage d'une nièce avec un
t. Perrier, Histoire des archevêques de Lyon, 1885, p. i3t-i36. — Abbé DuRiEux, op. cit., p. 17. — Les Nouvelles ecclésiastiques (1390, p. 58) rapportent, à ce sujet, de Marbeuf ce que Fleury disait de « cette espèce d'évêques commendataires, que pour tout ainsi faire par autrui, un seul aurait suffi dans toute la France et même dans toute l'Eglise ».
2. P. Regnadlt, I, J9, 84. — DuvoisiN, Vie de M. Daguerve; 1881, in-8- — Loménie de Brienne, transféré de Toulouse à Sens dans les premiers mois de 1588, ne fit son entrée à Sens que le 3 mai 1790.
homme du même nom que nous. Les avantages de cet établissement, et les vœux de tous les miens pour terminer cette affaire si essentielle pour notre race, ne m'ont pas permis de m' éloigner d'eux. Bientôt, après ce sacrement, je me propose de prendre la route de Carcassonne, où j'ai plus le. désir de me rendre que je ne puis le dire.» Cependant on s'impatiente à Carcassonne de cette absence prolongée. On écrit de cette ville aux Nouvelles ecclésiastiques : «. Notre diocèse est sans évêque, quoique depuis environ deux ans M. l'abbé de Vintimîlle ait été nommé et sacré pour l'être, et qu'il en perçoive les revenus. Que fait-il tantôt à Paris, tantôt au château de Braqueville, tantôt à Bruxelles, au duché de Limbourg?» Le journal janséniste s'était |déjà plaint du prédécesseur de M. de Vintimille à Carcassonne, M. de Chastenet de Puységur. « Depuis plus de dix ans qu'il gouverne cette église, disait-il de lui en i^SS, il n'a passé que deux ou trois carêmes au milieu de ses ouailles, observant de n'arriver qu'après le mercredi des cendres et de repartir après Pâques \ » Vintimille, après avoir assuré les intérêts de sa race, Youlnt bien songer à ceux de son diocèse. Une de ses lettres nous apprend que son cuisinier parisien est parti pour sa ville épiscopale ', Lui-même se décide enfin à, aller voir Carcassonne, où nous le trouvons au mois de juin 1790, deux ans après sa promotion. La Fare, sacré évêque de Nancy, le r3 janvier 1788, ne se hâte pas d'arriver, au point que le bruit court qu'il est transféré à Bourges. Talleyrand dit dans son mandement à ses diocésains : «Je suis pressé du désir de vous voir. » Mais il comprime facilement ce désir, fait faire ses ordinations par l'évêque de Riez et ne se rend à Autun que lorsque son intérêt électoral l'y appelle.
Un prélat, ordonné presque en même temps que M. de ; Vintimille, M. de Messey, évêque de Valence, tarda plus de deux ans à rejoindre son poste où il ne fît que paraî-