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Tableau moral du clergé de France, 1389, p

2. « Les grands-vicaires sont po«r la plupart docteurs en théologie. » Mémoire pour la faculté de théologie, dans les CEuvres complètes de La Luzerne, éd. Migne, t. VI, p. ii58. L'article 45 de l'ordonnance de Blois portait: «Nul ne pourra être vicaire général ou officiai d'aucun archevêque ou évêque, s'il n'est pas gradué et constitué en l'ordre de prêtrise. » Comme cet article ne déterminait pas la nature du grade à obtenir, il suffisait d'avoir le baccalauréat en théologie pour être grand vicaire. Nous venons de voir que la plupart des grands vicaires ne s'en contentaient pas.

3l8 LÉGION DE GRANDS VICAIRES

feront le plus pour son avancement. Le voilà muni de ses diplômes et béni par le chancelier de Notre-Dame, Il s'agit maiatenant de trouver, sur un des sièges de France, un évêque qui veuille bien lui donner des lettres de grand vicaire, passe-port nécessaire vers la prélature dans l'ancien régime. De nos jours, une grande partie de l'épiscopat est recrutée parmi les curés ; avant la Révolution, la situation curiale ne paraissait point assez haute pour servir de piédestal à une si grande dignité; c'est même à grand j)eine qu'on arrivait à taïQer dans l'ample fourrure d'un chanoine un costume d' évêque. Le plus sûr était d'être grand vicaire.

Heureuseinent qu'il sera facile de découvrir un oncle, un cousin éloigné, dans les rangs de l'épiscopat. Il sera trop heureux d'honorer son sang et de précoces mérites en envoyant, à première sollicitation, le précieux titre qui va permettre de prendre son vol aune jeune destinée. Justement Talleyrand trouve dans l'archevêque de Reims; Juigné, dans M. de Bezons, évêque de Garcassonne; La Rochefoucauld, futur archevêque de Rouen, en La Rochefou caiild, archevêque de Bourges ; La Broue de Vareilles, futur évêque de Gap, en Montmorency, évêque de Metz, etc., un oncle, un parent qui les nomment vicaires généraux. Il n'est besoin, quand on est si bien né, d'avoir ni cheveux blancs, ni cheveux gris, pour porter un tel honneur. C'est au sortir de Saint-Sulpice que M. de Girac, futur évêque de Rennes, est bombardé vicaire général d'Angoujême et doyen de la. cathédrale ^ Hachette des Portes, dernier évêque de Glandève, est à peine diacre qu'on le fait chanoine de la métropole de Reims. Une fois prêtre, il reçoit le titre d'archidiacre et de vicaire général du diocèse. Il sera aussi vicaire général de M. de Beaumont. M. de Sabraii, évêque de Laon en 1789, a obtenu, dès sa sortie de Saint-Sulpice, de M. Rosset deFleury, évêque de

I. Cardinal La. Fare, Notice sur M. François Barean de Girac, 1821. — Sous la Restauration, le cardinal duc de Rohan est nommé par Mgr de Quelen vicaire général honoraire de Paris au lendemain de son ordination. Chateaubriand veut le pousser au cardinalat avant qu'il ne soit évêque. Nommé directement à l'archevêché d'Auch, il n'en a pas encore pris possession qu'il est transféré à l'archevêché de Besançon : c'était reprendre les traditions de l'ancien régime.

Chartres, des lettres de grand vicaire, iDuis de grand archidiacre. Le titre d'aumônier de la reine ne tarda pas à lui assurer un brillant avenir.

Comme les demandes sont nombreuses, instantes, les protecteurs irrésistibles, on allongera la liste des titulaires pour ne pas faire de mécontents. Il suffit d'ouvrir la France ecclésiastique àe 1789 pourvoir autour de chaque évêque un splendide état-inajor, une brillante cohorte de vicaires généraux, dont les noms retentissants sonnent admirablement avec le sien. BoisgeMn, à Aix, compte onze grands vicaires ; Marbeuf, à Autun, Royère à Castres, treize; Cicé, à Bordeaux, quatorze; Durfort, à Besançon, Talleyrand-Périgord, à Reims, seize ; Barrai, à Troyes, dix-sept; Clermont-Tonnerre, à Châlons, Phélypeaux, naguère archevêque de Bourges, dix-huit. Rohan- Guémehé, à Cambrai, tient la corde par le nombre et les blasons. Il ne s'est point donné moins de vingt grands vicaires, parmi lesquels figure un La Trémouille. Auprès d'un Rohan, ne fallait-il pas un La Trémouille?

Voilà tous ces abbés gentilshommes se pressant, se poussant autour des cent trente évêques de France, courant déjà au sortir des écoles la carrière de l'épiscopat, empressés de se parer d'un titre sans lequel on ne peut en forcer les portes \ Malgré le nombre des compétiteurs, il y a ou on a fait tant de j)laces cpie presqpie toutes les familles aristocratiques du royaume comptent quelques membres dans le corps des grands vicaires. Les abbés nobles entre les nobles, ceux qui appartiennent aux premières maisons de France, n'ont pas même besoin dé

I. Nous lisons dans les Nouvelles ecclésiastiques, 1380, p. iio : « Le feu roi, avec les meilleures intentions du inonde, s'était persuadé de.ne nommer aux évêchés que des ecclésiastiques qui fussent déjà grands vicaires, qui par là pussent être censés avoir travaillé aux fonctions du sacerdoce et s'être mis au fait du gouvernement d'un diocèse. De là tant de jeunes prêtres qui, croyant avoir droit par leur naissance d'aspirer à l'épiscopat, se sont hâtés, aussitôt après leur ordination, de se procurer" etitre de grands vicaires. Beaucoup d'évêques ont la complaisance de se prêter à leurs vues, sans que pour cela ces jeunes abbés quittent Paris et la cour, fassent aucune fonction du saint ministère, et s'instruisent des devoirs d'un état auquel ils s'appellent eux-mêmes. Il résulte de cet abus qu'un évêqiie, qui a dans sou diocèse un nombre suffisant de grands vicaires pour l'aider à soutenir le poids, du gouvernement, a de plus à Paris des ecclésiastiques, qui sont absolument étrangers à son église, qui se décorent d'un titre peu mérité, et qu'on a .coutume d'appeler grands vicaires ad honores. »

reclierclier un honneur qui vient les trouver tout seul. N'est-il pas heureux pour unévêque de compter dans son collège de vicaires généraux des noms qui brillent du plus vif éclat dans l'armoriai de France ^ ?

Dans ce beau cortège de grands vicaires gentilshommes les évêques voudront admettre quelques rares plébéiens. Ces roturiers se décrassent et s'imposent x^ar leur talent. Un jour, l'abbé Maury vit entrer dans son humble demeure un ecclésiastique de grand air, qui s'avançait le sourire aux lèvres et la main tendue. A sa croix pectorale, il reconnaît un évêque. Il s'avance respectueusement pour le saluer, mais subitement il recule de deux pas, comme s'il eût craint d'être le jouet d'un rêve. — Fénelon, s'écrie-t-il! — Oui, Fénelon, répHque le noble visiteur, mais non pas M. de Cambrai, à qui je ressemble fort, I)araît-il, puisque vous vous y êtes mépris; je ne suis moi que son petit-neveu et mon évêché est plus modeste. Je suis l'évêque de Lombez; je viens de lire votre éloge de mon grand-oncle et j'accours vous en exprimer ma satisfaction. — Maury se montra, en cet entretien, dans un jour si favorable que le prélat arrêta définitivement le j)rojet qu'il avait conçu de le prendre pour vicaire général. La nomination fut signée le 21 janvier i;7;;72. Maury, créé à la fois grand vicaire et officiai du diocèse, fut promu six mois après à la première stalle vacante au chapitre de Lombez. Il eut même le crédit de faire donner une prébende à son frère. Tant de faveurs n'empêchèrent pas ce provençal exubérant et terrible de laisser échapper sur le bon Fénelon, son bienfaiteur, quelques propos railleurs, ce qui amenait des explications où naturellement Maury finissait toujours par avoir raison ^ Avoir trop d'esprit est parfois incommode dans un collaborateur. Quelques aimées plus tard, un compatriote de Maury, presque un rival de talent et d'éloquence, l'abbé de Boulogne ^, était choisi, lui roturier, comme grand vicaire, et avec i)ro-

1. « Dès qu'un de ces évêgues en herbe a reçu la prêtrise, tous les prélats qui se piquent d'avoir un collège de grands vicaires bien composé, se disputent à l'envi l'bonneur de posséder un si rare sujet. » Laurent, op. cit., p. i33.

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