‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 85 sur 354 · Abbé Delacroix, Monsieur de Boulogne, p · texte numérisé non relu

Abbé Delacroix, Monsieur de Boulogne, p

messe du premier canonicat vacant, par un grand seigneur fier de ses quartiers, M. de Glermont-Tonnerre, promu en 1782 àl'évêclié de Châlons. C'était une fortune inespérée et aussi un retour de justice pour l'abbé de Boulogne, naguère frappé d'interdit injustement par M. de Beaumont. Les mandements de M. de Glermont- Tonnerre ne pouvaient que gagner à ce choix intelligent.

Beaucoup de grands vicaires de j)etite naissance, mais dé grand sens, rendent de très grands services sans avoir les talents littéraires d'un Maury ni d'un Boulogne. En général, les plébéiens s'appliquent plus facilement que les gentilshommes aux détails de l'administration et aux rudes besognes. Ils sont les gens utiles plutôt qu'agréables, commensaux au besoin, « mais du bas bout de la table, un peu amis et quelque peu domestiques* ». Puisqu'ils sont pour la peine et non pour le décor, leur nombre sera limité aux besoins de l'administration, c'est-à-dire qu'il sera fort restreint. A Besançon, M. de Durfort se contente de treize grands vicaires gentilshommes sur seize; à Reims, M. de Talleyrand-Périgord, de douze sur seize ; à Sens, le cardinal de Luynes n'a qu'un plébéien sur dix grands vicaires ; à Cahors, M. de Nicolaï est plus sévère : sur treize vicaires généraux, pas un qui détonne par la tache de roture. Il faut bien, dans ce cas, que les gentilshommes s'attellent à la besogne administrative du diocèse. Nous les voyons d'ailleurs à l'œuvre dans plusieurs évêchés où des roturiers ne demanderaient pas mieux que d'agir.

Quelle ressource, pour un prélat obhgé de vivre dans une ville de province, que la présence autour de lui de

I. Un témoin oculaire, l'abbé Baston (op. cit., t. II, p.3j9-38o) écrit : « Je n'ai parlé que des grands vicaires travailleurs ; les autres voyaient faire. C'étaient des hommes de qualité, jeunes pour la plupart, se contentant du titre sans fonctions, mais qui, pour arriver aux hautes dignités de l'Eglise et entrer en partage de ses richesses, avaient besoin que leur protecteur à la cour pût certifier «t que depuis tant d'annéesils traçaillaientet faisaient leur apprentissage dans le diocèse de*** » ; et ajouter « qu'il était bien naturel que leurs longs et pénibles travaux tussent récompensés ». Les plus vastes généralités ont leurs exceptions, et je me fais un devoir de reconnaître que parmi ces candidats de la feuille, il en était qui ne demandaient pas mieux que de s'occuper, de se former, qui réussissaient, et qui auraient encore eu plus de succès, si les faiseurs d'office eussent consenti qu'ils fissent davantage. »

prêtres de sa caste et de son mond:', parlant sa langue, ayant les mêmes goûts, les mêmes relations, au besoin les mêmes préjugés, x^arfois le même sang. Le cardinal de Bernis vient prendre possession de son archevêclié d'Albi. Son prédécesseur, M. de Glioiseul-Stainville a emmené à Cambrai ses créatures, ne laissant à Albi que M. de Lastic, M, de Gombettes, abbé de Saint-Hilaire de Garcassonne, M. de Pradine, prévôt de la cathédrale et aumônier de Madame, comtesse de Provence. M. Jean dé la Croix de Castries, qui avait promesse d'un des premiers sièges vacants, obtient celui de Vabres. La place n'est pas encombrée et le cardinal peut appeler auprès de lui, avec le titre de grands vicaires, les abbés de Fraigne, de VillevieiUe, nommé depuis, en 1783, évêque de Bayonne, de Blanquet-Amanzé, de Rouville, de Monçrot, de Puységur, de Rochemore, de Cognart, de Séré de Rivière, de Boyer d'Anti. Avec une telle société de prêtres distingués, qui sont des amis, des parents, on peut vivre, même dans un coin du Languedoc. Le cardinal y vécut en effet, faisant garder religieusement autour de lui le respect de toutes les convenances *.

L'évêque du Mans, M. de Grimaldi, est moins édifiant avec ses grands vicaires. L'un deux, l'abbé de Villedon est un homme du monde, à la conversation brillante, faisant avec une grâce parfaite les honneurs de la table de l'évêché, tournant avec art des lettres familières et des poésies de société. Gomme prêtre, ses qualités sont moindres ; il a la malheureuse idée de diriger son talent de poète contre la comtesse de Sourches qui obtient un arrêt contre le chansonnier. On le vit accompagner l'évêque dans sa première tournée pastorale avec un

I. Il y avait aussi deux ou trois roturiers, tels que l'abbè Deshaises, préposé au train de maison du cardinal. Masson, p. 52-54- — Un des grands vicaires est trop souffrant pour faire maigre ; il fera gras, mais dans sa chambre ; on ne servira que du -maigre à la table du cardinal. . (

LÉGION DE GRANDS VICAIRES SaS

habit court et la canne à la main. De la canne, il indiquait leur place aux confirmants, les frappant à tort et à travers, sans doute pour les préparer au petit soufflet du prélat. Quelques paysans reçurent les coups avec une résignation chrétienne, mais d'autres menacèrent le grand vicaire de leur bâton, s'il les touchait. Aussitôt Mgr de Grimaldi regagna le Mans et il ne fat plus question de confirmation pour quelque temps. Deux autres vicaires généraux, les abbés de Cabrières et de Montgrenier, étaient grands amateurs de musique et artistes de talent. Ils avaient fait du séminaire où ils résidaient le centre de réunions brillantes et de bruyants concerts. Tout cela était plutôt de nature à amuser la ville qu'à l'édifier. Il ne fallait pas demander de bons exemples à ces abbés mondains ni à leur collègue, l'abbé de Taradeau, dont la fatuité égalait l'étourderie, et moins encore à l'abbé d'Agoult que ses dettes et sa conduite firent enfermer par ordre du roi aux Capucins d'Autun. M. de Grimaldi eut le bon sens de laisser l'admimstration, la direction des études, les rapports avec le clergé et les fidèles, à l'abbé Paillé * qui, durant la Révolution, devait couronner dans les fers trente ans de ministère apostohque en ce diocèse. Heureusement les grands vicaires de M. de Grimaldi, et M. de Grimaldi lui-même, faisaient exception dans l'Eglise de France. Les abbés de Villedon, de Cabrières, de Montgrenier, d'Agoult, etc., avaient fait assez de bruit par leurs agissements pour être appelés dans la correspondance de Grimm les « mousquetaires ecclésiastiques de l'évêque du Mans ». Nous ne connaissons pas d'autre prélat qui se soit donné à cette époque une telle garde d'honneur.

Cependant La Font de Savine, évêque de Viviers, avait pour grand vicaire un personnage bien étrange, l'abbé de Pampeloime, qui devait se porter, durant la Révolution, à tous les débordements et à toutes les fureurs. Nommé député du clergé à la Constituante, il prêta le

I. L'abbé Paillé était fils d'un pauvre savetier. On l'avait donné, à Paris, au jeune Grimaldi pour maître répétiteur de philosophie et de théologie. Voy- dom Piolin, Histoire de l'église du Mans, t. VI, p. 5iS-526.

serment, abjura, établit une fonderie de canons, fut nommé au Corps législatif en 1799, créé chef de. la division des hôpitaux en 1804, administrateur des monnaies en 1814. Sous la Convention, il s'affirma terroriste fougueux, faisant incarcérer des prêtres insermentés, corrupteur de la jeunesse et séducteur. Il portait habituellement dans sa poche une guillotine en miniature, avec laquelle il s'amusait à décapiter les petits animaux. Il fut un monstre dans le genre de ces renégats féroces qui eurent nom Chabot, Jacques Roux, Billaud-Varennes, Joseph Lebon. On est heureux de placer en face de ce misérable deux autres grands vicaires de Savine, deux gentilshommes, l'abbé de Besses qui fut, avec l'abbé Vernes, le x^lus ferme soutien du clergé fidèle, et l'abbé de Mons qui, devenu sous l'empire évêque de Mende et de Viviers, reçut cette lettre touchante de son ancien évêque pénitent : « Puisse mon grand vicaire, qui est aujourd'hui mon évêque, me traiter avec indulgence, et ne se rappeler que l'amitié qui nous a unis avant le temps où j'ai cessé de la méritera » A Autun, sur dix grands vicaires qu'on y comjDtait en 1789, M. de Varèze, et un homme dont le rôle est plus connu, Desrenaudes, furent entraînés dans le schisme de leur évêque TaUeyrand ^ Les huit autres restèrent très fermes dans leur devoir.

Evidemment les prélats étaient tentés de composer leur maison ecclésiastique d'après leurs goûts, et parfois les exigences de parenté. On ne saurait être très surpris qu'aux fêtes données par la faimlle de Loménie au château de Brienne, le grand vicaire de l'archevêqiie de Toulouse, l'abbé Vanmall, ait collaboré avec l'abbé Morellet aux chansons qu'on y chantait sur l'air : Dans le fond d'une écurie^. On s'explique que Talleyrand- Périgord, archevêque de Reims, ait donné des lettres de vicaire général à son neveu, le futur évêque d' Autun. On

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