Simon Bbugal, op. cit., p. 6, 41, 49-61, 6J
2. Cf. Recherches historiques sur la persécution religieuse dans le département de Saône-et-Loire, 4 vol. gr. in-8, 1889-1903, t. II, p. 2o3-îsi5. Voir ibid., de bons témoignages sur les grands vicaires de Chalon-sur-Saône, t. III, p. 107 et suiv., de Màcon, t. IV, p. IJ3-189.
3. Mémoires de l'abbé Morellet, 1822, 3 vol. in-8, t. I, p. 265.
LÉGION DE GRANDS VICAIRES SaS
s'étonne un peu plus (jue M. de Lubersac, évêque de Chartres, ait pris pour un de ses grands vicaires l'abbé Sieyès, qui lui avait, il est vrai, rendu de grands services à Tréguier. Les prélats pouvaient se tromper dans leurs préférences. Jarente, le futur évêque d'Orléans et ministre de la feuille, n'avait-il point été vicaire général de Mgr de Belsunce ? Le digne cardinal de Luynes, archevêque de Sens, n'avait-il pas dû retirer les lettres de grand vicaire à l'abbé d'Espagnac, fils du gouverneur des Invalides ?
Malgré ces erreurs toujours possibles, malgré la pression des parents, des amis, malgré le flot des compétiteurs, la plupart des évêques s'attachaient à faire de bons choix et savaient y réussir. Mgr de Juigné mena de Ghâlons à Paris trois vicaires généraux, mais il conserva tout l'ancien conseil dont faisait partie M. Emery. Un curé de la capitale, ayant un jour été appelé pour y exposer une affaire, dit en sortant qu'il avait cru se trouver au cénacle... M. de Fontanges, en arrivant a Toulouse, n'introduisit qu'un nouveau grand vicaire et confirma l'administration de son prédécesseur. Dans le nord, les trois diocèses d'Arras, de Saint-Omer, de Boulogne, ont. gardé le meilleur souvenir des vicaires généraux appelés parMM.de Gonzié, de Bruyère-Ghalabre et de Pressy. Bruyère-Ghalabre avait pris dans le chapitre de sa cathédrale les hommes les plus recommandables par leur expérience, leur talent et leurs vertus. Le saint évêque de Boulogne, M. de Pressy, avait surtout à se louer de l'abbé de Montgazin, son plus fidèle ami et collaborateur ; de l'abbé de Gargan, doyen du chapitre, l'une des lumières du Boulonnais, et que la confiance de ses concitoyens avait plusieurs fois appelé à la présidence de l'administration provinciale ^ On a pu dire des six vicaires généraux de Mgr d'Esponchez, évêque de Perpignan : « Tous étaient doctes, de mœurs austères, modestes dans leur manière de vivre, malgré leurs gros
I. Deramecourt, op. cit., p. i2-i3. — Fénelon prenait toujours un vicaire général dans le clergé du diocèse.
bénéfices et aussi, sauf M. Angles, d'opinions fort conciliantes *. »
Nous aurions encore à citer, parmi les hommes qui ont marqué alors dans l'histoire de leur diocèse : Faudoas, vicaire général de Gondom ; Daguerre, fondateur du séminaire de Laressore ; les abbés Sigorgne, vicaires généraux de Mâcon ; GuiUot de Mondésio, qui ranima la foi dans le diocèse de Vence sous Mgr Moreau ; Le Groing de la Romagère, vicaire général de Ghâlons sous Clermont-Tonnerre et futur évêque de Saint-Brieuc ; M. de Saussol, vicaire général de Lavaur, auteur d'un livre remarqué pendant la Révolution sur la conduite à tenir en temps de persécution, évêque de Séez dans notre siècle ; M. de Dampierre, vicaire général de Paris, nommé en 1802 à l'évêché de Clermont ; M. de Coucy, archevêque de Reims dans notre siècle et vicaire général en cette ville, avant la Révolution, de M. de TaUeyrartd- Périgord; M. de Latil, vicaire général de Vence sous Pisani de la Gaude, et cardinal-archevêque de Reims sous la Restauration.
Puisqu'il était admis qu'on ne pouvait être promu à l'épiscopat sans être grand vicaire, et que tout un cortège de brillants abbés portant ce titre se formait autour de chaque évêque, quel avantage de rencontrer un prélat capable par ses vertus, ses exemples, . ses talents, sa conversation et son intimité, j)ar le spectacle de son gouvernement spirituel et temporel, par son ascendant intellectuel et moral, de préparer cette jeunesse inexpérimentée encore aux devoirs et aux honneurs qui l'attendaient. Dans la première moitié du xviii^ siècle, on avait vu se former à Poitiers, parmi les vicaires généraux de Charles de Lapaye de Vertrieu, comme un essaim de prélats qui occupèrent dignement les sièges d'Oloron, d'Alet, de Noyon, de Mende, de Lyon. Dans les vingtcinq ans qui précèdent la Révolution, M. de BoisgeUn, évêque de Lavaur, x^uis archevêque d'Aix, se fait, avec un éclat et un succès extraordinaires, l'initiateur des nom-
I, Abbé ToRREiLLES, op. cit., p. 296-297.
breux grands vicaires qui suivent à l'envi sa direction*. M. de Bausset, l'un d'eux, nous a laissé un tableau si enchanteur de leur existence commune que l'on se prend presque à regretter de n'avoir point vécu à Aix un siècle plus tôt dans ce milieu choisi. « Il faut, dit M. de Bausset, avoir été témoin de l'art naturel et facile avec lequel M. de Boisgelin savait unir l'instruction et l'enjouement dans le commerce de la vie, j)our apprécier tout le bonheur et tous les avantages de sa société. On a dit qu'un évêque devait vivre avec ses coopérateurs comme un père avec ses enfants. M. de Boisgelin faisait plus : il était l'ami et l'ami le plus fidèle et le j)lus indulgent. Il n'affectait avec eux ni une grande réserve ni une fausse dignité ; il ne craignait pas de leur ouvrir son âme tout entière ni de leur confier ses plus secrètes pensées. Ce témoignage dicté par la vérité doit suffire pour démentir le jugement de ceux qui lui supposaient de la finesse dans le caractère, à cause de la finesse de ses regards et du jeu de sa physionomie. C'était au miheu de ses grands vicaires qn'il aimait à se reposer des études de son cabinet ; c'était dans la conversation qu'il amenait sans effort les discussions les plus intéressantes sur les sciences ou l'histoire, et les détails les plus piquants sur les événements publics et le caractère des personnages qui jouaient alors un grand rôle sur le théâtre du monde. Ayant vécu, dès sa première jeunesse, dans la société la plus choisie de Paris et de la cour, il avait pu les bien voir et les bien juger. C'est ainsi que par une conversation toujours variée et instructive, il familiarisait l'esprit et le jugement de ses jeunes coopérateurs avec la connaissance des hommes, des affaires et des lettres, açec la noble ambition d'acquérir, par des études sérieuses, cette considération personnelle sans laquelle on ne peut pas faire le bien, même açec les intentions les plus droites et les plus pures. Les personnes admises dans cette intimité ne pénétraient pas toujours le motif secret qui amenait ces
I. La France ecclésiastique signale parmi les grands vicaires de M. de Boisgelin, en 1388 : MISI. de Boisgelin, de Coriolis, de Forbin, de Pierrevert, de Montcsquiou, de La Rochefoucauld, de Grouseilhes, de Bonneval.
conversations, tant elles leur paraissaient se présenter naturellement. M. de Boisgelin savait que l'appareil de l'instruction en fait souvent manquer l'objet, et ce n'était que j)ar les résultats sensibles que ses grands vicaires recueillaient dans ce commerce, qu'ils se rendaient compte, avec autant de surprise que de reconnaissance, du succès de cette méthode aussi douce qu'ingénieuse*. » Les hommes qui se formèrent aune telle école sont encore le meilleur éloge de l'éducateur. En tête, se place M. de Bausset lui-même, évêque d'Alais avant la Révolution, cardinal sous la Restauration et l'auteur si connu des vies de Fénelon et de Bossuet. Amelot, que la Révolution trouva évêque de Vannes, avait été grand vicaire de Boisgelin à Lavaur et à Aix. En 1789, Boisgelin venait de faire nommer évêque de Senez son vicaire général, l'abbé de Ruffo de Bonneval. On avait remarqué que les grands vicaires de l'Archevêque d'Aix ne tardaient pas à être promus à l'épiscopat. Deux autres de ses vicaires généraux, M. Dombideau de Crouseilhes et Mazenod % devaient occuj)er avec honneur dans notre siècle les sièges de Quimper et de Marseille. M. de Ruffo de Bonneval prit, à son tour, pour grand vicaire M. de Richery, que sa ferveur avait failli conduire à la Trappe ; il donna le même titre à M, de MioUis, futur évêque de Digne.
A Angers les rapports entre l' évêque, M. de Grasse, et ses grands vicaires étaient moins intimes qu'à Aix. Comme on était mécontent de part et d'autre, les grands vicaires apportèrent leur démission au prélat, qui l'accepta et jeta leurs lettres au feu, en leur présence, en les remerciant de leurs services. M. de Grasse eut, il est vrai, la chance de pouvoir se décharger sur M. Emery du poids de l'admimstration '. Disons que M. de Grasse faisait excej)tion. Les survivants de l'ancien régime, que notre siècle a vu monter sur un siège épiscopal, aimaient à rappeler les années passées à s'initier auprès d'un