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Œuvres de Boisgelin. Notice par M. de Bausset

2. Aussitôt ordonné, l'abbé de Mazenod avait reçu des lettres de vicaire général de Mgr Hachette des Portes, dernier évêque de Glandève.

3. Abbé Leïourneaù, Bistoire du Séminaire d'Angers, 1896, vol. III, p. ij4-i85.

digne évêque à l'administration ecclésiastique. En 1821, Cortois de Pressigny, archevêque de Besançon, faisant à la chambre des pairs l'éloge de M. de La Luzerne, dont il avait été grand vicaire, disait: « Appelé jeune encore auprès de M. le cardinal de La Luzerne, j'ai appris que l'homme qui est vraiment, intimement bon, l'est à toutes les heures ^ »

Certains prêtres semblaient pouvoir se passer d'une lente initiation aux questions administratives. A Besançon, deux hommes que le xix® siècle devait voir évêques, MM . de Villefrancon et Petitbenoit de GhafFoy , à peine sortis de Saint-Sulpice et de la Sorbonne où ils ont pris leur doctorat, sont nommés à vingt-quatre ans chanoines de la métropole et vicaires généraux du diocèse. M. de ViUefrancon, esprit droit, mais un peu étroit et cassant, d'ailleurs laborieux, ami de l'étude, tout occupé de ses devoirs, n'a pas l'amabilité, la douceur insinuante de M. de Ghaffoy qui, tout en se montrant aussi pieux que M. de Villefrancon, couvre volontiers son autorité du voile et des grâces d'une modestie charmante. Appelé à la haute inspection du séminaire diocésain, il avait su, tout en sortant d'une école renommée, s'incliner devant l'expérience des vieux directeurs franc-comtois, et ne pas conti-ister leurs cheveuxblancs par ce désir intempestif de réforme auquel ne résiste pas toujours la jeunesse -. L'abbé d'Aviau,

1. Chambre des pairs, discours du 2 juillet 1821. L'orateur loue en M. de La Luzerne, la «loyauté, véracité, franchise, bonté, affabilité, désintéressement ». Trois années plus tard^ M. de Sèze, pariant à la chambre des pairs (13 avril 1824) de M. Cortois de Pressigny, récemment enlevé par la mort, disait: «M. de La Luzerne, ce prélat si renommé par ses vastes connaissances et surtout par ce caractère admirable de modestie, de bonté et de simplicité qui les relevait encore, crut devoir, presque au moment où il fut appelé à l'évêché de Langres, l'appeler lui-même auprès de lui, l'associer à ses travaux en qualité de son vicaire général. . . Vous devinez d'avance tous les progrés que, sous un maître si habile et si parfaitement vertueux, fit bientôt M. de Pressigny dans l'administration d'un diocèse. » En 1789, M. de La Luzerne avait dix vicaires généraux qui restèrent fermes dans leur devoir pendant la Révolution. Godard, p. 46. La Luzerne avait été grand vicaire de Dillon.

2. Parmi les autres grands vicaires, M. Buretel de Chassey dirigeait les nombreuses communautés religieuses avec la piété douce qui le prédestinait à cet emploi. M. de Camus, académicien dintingué par son goût pour la poésie et par ses beaux vers, M. de Boutechoux de Chavannes et M. Maire d'Hurecourt, le plus actif et le plus dévoué serviteur des pauvres à cette époque, participaient dans une mesure moins connue au gouvernement du diocèse. La iuridiction disciplinaire était remise entre les mains de MINI. Durand et Bailly, appartenant par leurs familles à la judicature, tous deux excellents prêtres et très bons canonistes. Enfin le

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vicaii'e général de Poitiers, aj)portait aussi dans l'exercice de ses fonctions des qualités éminentes. M. deCrussol d'Uzès, évêqne de la Rochelle, M. de Rosset de Fleury, avaient vainement essayé de se l' attacher. M. de Beaupoil de Sainte-Aulaire fut plus heureux et n'eut qp!k s'applaudir de l'avoir appelé dans son conseil. L'abbé d'Aviau, en sa quahté de nouveau venu, était obligé de donner le premier son avis, bien qu'il eût préféré que les autres grands vicaires, vieillis dans leurs fonctions, opinassent avant lui. Il ne tarda pas à faire apprécier la précoce maturité de son jugement. Lorsque le moment de clore la discussion était venu, M. de Sainte-Aulaire, au lieu de compter les voix, levait la séance en disant : « Allons, tenons-nous en au petit mot de M. l'abbé d'Aviau ; c'est lui qui nous a donné la clé de la solution; avec elle la question se simpKiîe et la difficulté disparaît*. » On pouvait déjà saluer dans le grand vicaire de Poitiers le futur archevêque de Vienne et de Bordeaux. On le voit, les vertus, les lumières et même une précoce expérience ne manquaient pas aux vicaires généraux avant la Révolution -. C'est parmi eux que se recrutera la plus grande partie del'épiscopat dans le premiers tiers du xix^ siècle. Pendant la tourmente révolutionnaire, alors que le pontife a dû fuir devant la persécution, on les verra rester sur la brèche, déployer un admirable courage dans l'exercice du pouvoir dont ils sont dépositaires et ne céder la place qu'à la dernière extrémité.

Il n'était pas indifférent d'avoir de bons vicaires généi*aux. Le défaut de résidence des évêques faisait peser fré-

Eremier vicaire général était M. de Rans, èvêque de Rhosy, modèle de onté simple et aimable, alliant à la foi et à la piété la plus vive, l'indulgence la plus tolérante. Sauzay, op. cit. , t. I, 7-9.

1. Lyonnet, op. cit., t. I, p. I56-I72. — Audiat (Deuxcictim.es des septembriseurs, Pierre de La Rochefoucauld, éçêque de Saintes et son frère, évêqne dé Beauvais, 1897, in-8, p. 97-104) rend hommage aux grands vicaires de Saintes. -,

2. Dans la liste de présentation, dressée par Portalis et soumise à Bonaparte quand il fallut reconstituer l'épiscopat après la Révolution, la plu-

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quemment sur eux le poids de l'administration. D'un autre côté, les prélats même résidants s'occupaient moins que ceux de nos jours des détails du gouvernement. Dès lors, l'influence de leurs mandataires était plus considérable. A Rouen, avec le cardinal La Rochefoucauld, les grands vicaires avaient pris « un ascendant irrésistible. Persuadé que ces Messieurs ne pouvaient vouloir et faire que le bien, il leur laissait faire à peu près tout ce qu'ils voulaient ». Chacun d'eux était maître dans sonarchidiaconé et le dirigeait à son gré. « C'était pour l'administration sept ou huit diocèses taillés dans un grand. » Ce qui rétabhssait une sorte d'unité, c'est qu'au-dessus de tous les autres, planait celui qu'on appelait le grand vicaire de confiance. C'était une sorte de premier ministre très flatté, parce qu'il avait l'oreille du maître. Malgré ces anomalies, la machine très habilement montée par un prélat autrement fermé et clairvoyant que M. de La Rochefoucauld, par le cardinal de Saulx-Tavannes, son prédécesseur, continua k fonctionner convenablement. On se plaignait surtout de la distribution des bénéfices. « Bien des gens, dit un témoin oculaire, obtenaient des cures, qui ne les méritaient pas, qui, du moins, ne les avaient pas encore méritées ; tandis que de bons prêtres, blanchis dans l'exercice du ministère, vieillissaient et mouraient dans un chétif et laborieux vicariat. Pour eux, la pauvreté ecclésiastique était une maladie incurable^ Us n'avaient j)ersoime qui les jetât dans la piscine des bons revenus, lorsque l'ange de la mort en remuait les eaux en y prenant quelque riche bénéficier. Montrait-on à Dominique de La Rochefoucauld un vicaire à cheveux blancs, à soutane usée, courbé sur un bâton noueux..., le sensible prélat était ému, les larmes lui venaient aux yeux : il ne concevait pas qu'un pareil homme n'en fût encore qu'à un vicariat de qiiatre ou cinq cents francs, souvent sous un jeune protégé ; il s'en voulait de ne l'avoir pas connu plus tôt, il en voulait à son

part des candidats sont des grands vicaires. Il y figure un certain nombre de chanoines. On y voit même un petit nombre de curés auxquels assurément on n'aurait pas pensé avant la Révolution. Voy. Jauffret, Mémoires historiques sur les affaires ecclésiastiques de France, 1819, 3 vol. in-8, t. I, p. 44-53j P- iiIj i62-i65.

homme de confiance de ce qu'il ne le lui avait pas fait connaître. » Bonne résolution était prise j)ar cet excellent cardinal de réparer au plus tôt cette injustice, mais « son entourage lui défendait, en quelque sorte, d'avoir de la mémoire ou de s'en servir. Le bon bénéfice vaquait : la foule des aspirants était aux aguets ; l'âme du mort était à peine parvenue à sa destination éternelle, que cent demandes étaient formées; et ordinairement celle qui avait le bonheur d'arriver la première aux oreilles du prélat était exaucée. Une dame de ma connaissance, ajoute l'abbé Baston^ lui a arraché de cette manière une demidouzaine de canonicats, en dépit de vingt promesses antérieures de plusieurs années. »

La responsabilité de ce désordre incombait pour une bonne j)art à la faiblesse de M. de La Rochefoucauld ; mais que dire de son entourage, de ses grands vicaires qui l'empêchaient de tenir ses promesses et de récompenser dans son clergé les vieillards les plus méritants? Nous avons rencontré parmi les grands vicaires de divers diocèses les hommes les plus honorables. Mais leur tort était d'être trop jeunes et par là-même trop tranchants, d'être trop nombreux, d'être pris dans une caste, et par suite d'assiéger l'évêque de demandes pour leurs amis, j)our des amis appartenant tous à la noblesse. Voila l'abus dont souffrait l'Eghse, et qui va être dénoncé avec force en 1789. « Pourquoi, s'écrie-t-on, confier ces hautes fonctions à des jeunes gens qui ne connaissent les hommes que parce qu'ils vivaient hier avec leurs condisciples dans un séminaire, qui n'ontd' autre expérience que plusieurs tours d'écoher? » Il en est dans le nombre dont les talents sont connus, dont les noms sont cités avec distinction. Ils pourront un jour avoir avec avantage les j)lus grandes situations dans l'EgHse; mais il ne s'en suit j)as qu'ils soient dispensés d'acquérir dans les rangs divers de la liiérarchie l'expérience nécessaire. « Le mérite qu'ils ont à présent n'est que le mérite d'un bon écolier. Ils pourraient occuper une chaire. Ils peuvent argumenter, exa-

i. Abbé Baston, op. cit., t. II, p. 378-382.

miner les étudiants pour les ordinations, mais comment parleront-ils du ministère sacré? Ils n'ont rempli aucune de ses fonctions. Ils ont peut-être étudié le dogme, la morale, le droit civil et le droit canon; mais ils n'auront pas lu le plus savant des livres, celui du cœur humain, celui de la pratique et de l'expérience qui approfondit, qui juge et qui explique tous les autres livres. «La jeunesse toujours inexpérimentée est souvent cassante ; et alors on nous présente un brillant grand vicaire, bien assis sur son fauteuil, quittant la gazette, la feuille du jour, pour interroger en potentat un curé respectable, qui est debout, timide et tremblant, comme si, sous des dehors mystiques et un langage incorrect, il ne cachait pas souvent un grand fonds de vertus et de prudente sagesse. « Ces jeunes grands vicaires, qui s'appuyent déjà, tout jeunes qu'ils sont, sur un canonicat, une dignité dans leur chapitre et une abbaye, ont peine à abaisser les yeux sur un ancien curé à portion congrue qui vient les consulter. Ils donnent à ses questions l'attention la plus légère. Ils ne répondent qu'en citant leurs cahiers, leurs professeurs et l'époque de leurliceiice dont la date est d'aujourd'hui. » A en croire l'écrivain dont nous reproduisons ici les attaques, le bonnet de docteur ne défendait pas toujours les jeunes grands vicaires contre l'étourderie. C'était dans un diocèse où les prêtres auxquels on renouvelait les pouvoirs devaient passer (ua examen. « Combien y a-t-il de péchés mortels, demanda le vicaire général à un abbé dé sens rassis ? — Monsieur je ne le sais pas ? — Comment vous n'en savez rien? c'est une question de catéchisme, un enfant y répondrait. — Monsieur, je ne sais pas et je crois qu'aucun théologien ne peut le savoir..., à moins que vous ne vouliez parler des péchés capitaux*. »

Les hostilités sont ouvertes contre ces jeunes administrateurs. Leur arrivée est d'autant plus désagréable que le prélat est obligé de leur assurer des moyens d'exis-

I. Tableau moral du clergé, ijSg, p. 63-70. Le même écrivain se plaint (p. 4> i4, i5) que les prélats appellent « a la tête de leur gouvernement des gens de qualité qui ignorent le génie des paroissiens ». H demande qu'on choisisse les vicaires généraux parmi les curés.

tenee par des canonicats, prébendes, prieurés, ce qui est autant de pris sur le clergé indigène. En Lorraine, les curés qualifient de <c gandins », mot qu'on pourrait croire moderne, les abbés que M. de la Galaizière, évêque de Saint-Dié *, fait venir de Paris pour en faire ses vicaires généraux. « On leur dira leur fait, ainsi qu'aux jeunes abbés de cour qui s'en viennent depuis l'annexion prendre les meilleures prébendes. » M. de Fontanges a donné sa confiance à un Franc-Comtois cabochard, qui lui aliène le cœur de ses prêtres. La Tour du Pin, qui sut se faire aimer à Auch, avait commencé par alarmer les Lorrains avec son essaim de vicaires généraux amenés de Nancy. A Dijon, M. de Vogué, passionné pour les arts, livre à des étrangers les plus belles situations de son diocèse. Des plaintes éclatent dans son clergé, qui supporte avec peine de se voir préférer des inconnus et des intrigants. Le prélat reconnaît ses torts, et conçoit à la suite de ces tiraillements un chagrin qui ruine sa santé. Il meurt dans sa famille à Aubenas, en 1787, à peine âgé de quarantesept ans.

L'opinion, qui se déclarait avec tant de puissance contre tous les abus, réclamait une réforme dans l'administration diocésaine. « Ne verra-t-on pas bientôt cesser, s'écriet-on avec passion, un usage pernicieux et insultant? Ne verra-t-on pas le prélat renoncer à ses relations d'intérêt, à ses protégés, composer son conseil de pasteurs anciens qui joignent à la capacité de leur jeunesse, l'expérience, fruit du travail et de la réflexion? L' évêque, dont le génie sera assez ferme pour opérer cette réforme salutaire, raccourcira la chaîne de ses chagrins, son diocèse sera mieux gouverné. Touchons-nous bientôt à cette révolution si nécessaire et tant de fois désirée ". » La Révolution va

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