‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 90 sur 354 · COLOMBEY, op. cit., p. 3o · texte numérisé non relu

COLOMBEY, op. cit., p. 3o

RAPPORTS DÉ e'ÉVÊQUE AVEC SON CLERGÉ 33g

faste, avaient établie entre l'évêque et d'humbles curés de campagne. Quel abîme entre un Rohan, qui a un nom retentissant, un million à dépenser, et un pauvre congruiste ! Il est vrai que la proportion était l'inverse aux yeux de Dieu. Des prêtres gênés, timides, oseront-ils affronter la pompe qui entoure le pontife pour arriver jusqu'à lui ? Les écrits du temps * ne manqiient pas de nous présenter les maisons de campagne où le prélat se repose et s'amuse comme interdites aux visites de ce genre. L'histoire atteste que Grimaldi, évêqiie du Mans, faisait fermer la porte de son château à ceux qui y venaient frapper pour afiaires de ministère. Cependant, lors de sa promotion à Noyon, il ne voulut pas laisser ses chers diocésains du Mans sur une mauvaise impression. « Air d'affabilité, propos gracieux, repas splendides », rien ne fut négligé pour gagner in extremis pasteurs et fidèles. Il paraît que curés et chanoines répondirent aux festins par des festins ■ ; mais la plupart, n'ayant point eu le temps d'être séduits j)ar cette amabilité tardive, souhaitèrent du fond du cœur au prélat un bon voyage pour Noyon, où il ne sut pas se faire chérir plus qu'au Mans. Un autre évêque, plus sérieux que Grimaldi, effraie son clergé par son faste. Comment aborder même à l'égHse le cardinal de Montmorency, évêque de Metz, grandaumônier ? Lorsqu'il arrivait à sa cathédrale au grand trot des six chevaux attelés à son magnifique carrosse, de quel œil et avec quel sentiment de leur néant les bénéficiers du bas choeur ou quelque humble prêtre obligé de se garer en toute hâte, devaient-ils regarder ce haut et puissant seigneur. Aussi Montmorency, rendu à peu près inaccessible par tant de pompe, n'était-il pas aimé de son clergé.

Il n'était pas rare, dans l'ancien régime, de voir des prélats, ainsi préoccupés de leur grandeur, ne pas admettre comme convives les prêtres même qui vivaient

1. « Si un prêtre épuisé d'années et de travaux vient troubler les amusements par des difficultés dont lui seul sent le poids, aussitôt les fronts sont ridés, et à l'avenir, pour payer sa témérité importune, les portes du château lui seront fermées. » Tableau moral, etc., 1389, p. 7.

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