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Nouvelles ecclésiastiques, ijjS, p

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auprès d'eux. L'abbé Ledieu, racontant sa visite à Fénelon, s'applaudit de n'avoir point trouvé chez M. de Cambrai ni dans son entourage « ces airs hautains et méprisants que j'ai tant de fois, dit-il, éprouvés ailleurs ». Fénelon « fait toujours à ses ecclésiastiques l'honneur de les avoir à sa table, comme je l'ai vu à dîner et à souper; ce que ne fait pas l'archevêque de Reims, ni à Paris, ni même à Reims, où il est très rarement, car il a une table garnie pour ses ecclésiastiques, écuyers et secrétaires. M. de Noailles, étant évêque de Châlons, en usait à peu près de même, et bien plus depuis qu'il fut archevêque de Paris, et encore plus depuis qu'il est cardinal. C'est donc une grande modestie dans M. de Cambrai, avec sa qpiahté de duc et de prince de l'empire et avec ses grandes richesses, d'avoir à sa table tous ses prêtres autour de lui ». Le narrateur fut d'autant plus sensible à ces égards de Fénelon qu'un « traitement bien différent » l'attendait à Noyon.

Ce bon abbé Ledieu est tout fier d'avoir dîné avec un grand archevêque. L'étrange étiquette, qui faisait ainsi dresser plusieurs tables dans certains palais épiscopaux, tombe peu à peu à mesure qu'on avance vers la Révolution. La ': morgue d'un Le Tellier ou d'un Noailles n'est plus guère de saison sur la fin de l'ancien régime. Cependant plusieurs prélats, tels que M. de Puységur, évêque de Carcassonne, j)uis archevêque de Bourges, gardent cette réserve un peu froide et un peu réMgérante qui est parfois l'accompagnement de la distinction. Quelquesuns s'avisent encore d'assaisonner cette retenue d'un peu de dureté. Tel se montra, dit-on, M. de Jumilhac, archevêque d'Arles (1746-1775), à l'égard du bas clergé. Celui-ci, par resjiect, ne s'avisa pas de lui remontrer qu'il n'observait guère le devoir de la résidence en passant presque tout son temps à Paris. Ces hauteurs, ce dédain, avaient amassé dans bien des cœurs un fonds d'amertume qui s'exhalera çà et là en véritables cris de rage * à la veiUe de la Révolution.

I. Une lettre signée du curé de Marolles et de treize autres, représente le pauvre homme « obligé de se jeter à tâtons le long d'un talus pour se

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Soulavie, qui accuse Ghristoplie de Beaumont; archevêque de Paris, d'avoir dépensé cent mille écus pour prouver en deux volumes in-folio qu'il était d'une naissance distinguée, ajoute que ce prélat « se croyait si au-dessus du clergé qu'il n'admit jamais à sa table aucun curé de son diocèse, et se refusa d'en faire les visites d'usage pour éviter de se trouver à celle de ses curés ». Il ne faut point accepter sans contrôle les assertions de Soulavie ; mais cet écrivain rend par ailleurs témoignage aux vertus de Beaumont. Le fait est confirmé par les Nouçèlles ecclésiastiques *.

M. de Thémines, évêque de Blois, que nous avons vu si empressé pour les grands seigneurs, était moins accueillant pour ses. prêtres. « Toutes ses belles qualités, dit un témoin de sa vie, étaient ternies par une hauteur de caractère qiii avait aliéné tout son^ clergé ; il leur donnait des audiences très laconiques; souvent il les éconduisait en passant la tête entre sa porte, et il ne les j)riait jamais à dîner. Il appelait seulement à sa table deux grands vicaires connus par leurs mœurs et un Père capucin, son confesseur en titre. » Il est vrai, nous dit le même auteur, que Thémines « conduisait son diocèse avec toute la capacité possible », et « faisait son métier en prélat consommé ». On répéta à son sujet le mot de Tallemant des Beaux sur le cardinal de Sourdis : « Il le portait haut, mais il réglait fort bien son diocèse. » On devine qiie « le porter haut » n'était pas le moyen de se faire aimer. Le clergé de Blois eut l'occasion de montrer

garantir des pieds et des éclaboussures de leurs chevaux, comme aussi des roues et peut-être du fouet d'un cocher insolent », puis « tout crotté, son chétif bâton d'une main et son chapeau tel cpiel de l'autre, de saluer humblement et rapidement, à travers la portière du char clos et doré, le hiérarque postiche ronflant sur la laine du troupeau que le pauvre curé va paissant, et dont on ne lui laisse que la crotte et le suint ». Un pamphlet de 1989 {Essai sur la réforme du clergé, par l'abbé Laurent) lait dire à un prélat qui secoue sa robe violette au retour d'une confirmation : « N'approchez pas de moi, Mesdames, je pue le curé d'une lieue à la ronde. » Ce propos, qui peut-être n'a jamais été tenu, montre quel souvenir amer la morgue hautaine de quelques prélats avait laissé dans les esprits.

I. Soulavie, Mémoires du maréchal de Richelieu, VIII, p. 212. « Feu M. de Beaumont, gui est tant prôné par le parti jésuitique, n'en a pas fait une seule (visite) pendant les trente-cinq années qu'il a occupe le siège de Paris. » Nouvelles ecclésiastiques, aS décembre 1389, p. 203-208, et 1782, p. 61-64. — Le Père Regnault, op. cit., est muet sur la question des visites pastorales.

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à Théraînes ses sentiments. Non content, en 1789, de lui refuser ses voix pour la députation, il inséra dans son caliier l'article suivant : « L'oubli des vrais principes du gouvernement ecclésiastique, qiii, contre les préceptes de l'Evangile, est devenu aujourd'hui trop arbitraire et presque absolu, faisant tous les jours de nouveaux progrès, nous supplions S. M. de prendre les moyens que sa sagesse lui inspirera pour que nous voyions reparaître dans les diocèses un conseil digne de la confiance du clergé, qui soit consulté dans les affaires importantes ^ . » L'épiscopat de cette époque ne paraît pas avoir conquis le cœur des Lorrains. M. de La Galaizière avait été surnommé Mgr de la Grosse. Quand M. de Fontanges quitta Nancy, Cliatrian lui signifia dans son journal son congé en ces termes : « Il ne s'est point soucié de plaire à ses curés, ses curés peuvent lui souhaiter bon voyage et lui dire en vers latins :

« Nobîlis autistes, non curât clerus ubi stes. Dum non in nabis, stes nbicumqiie çelis ^ »

Cependant il n'eût point été difficile à ces prélats de se faire aimer de leurs prêtres. Ils n'avaient qu'à leur témoigner de la bonté et à les aimer eux-mêmes. Ceux qui (ils furent nombreux) voulurent employer ce moyen, trouvèrent le chemin de leur cœur. Voyez le portrait qii'un contemporain traçait de M. de Saint-Sauveur, évêque de Tulle : « La portion de son troupeau qu'il chérit le plus et qui paraît lui être la plus attachée, c'est son clergé. Sa maison, sa table, sa bourse, lui furent ouvertes, avec ces manières qui ajoutent tant de prix au bienfait.

I. Cahier du clergé de Blois> Arch. parlem., t. II, p. SjS. — Mémoires de DvKPOTLi. — Les Nouvelles ecclésiastiques (i'j83, p, 142) accusent Malide, évêque de Montpellier, de parler à ses prêtres « assis sans leur ofifrir un siège », de les « recevoir et de les congédier avec hauteur ».

a. Abbé Martin, op. cit., t. III, p. 53,65. — En revanche, Ghatrian dit de M. de la Tour du Pin, prédécesseur de M. de Fontanges à Nancy : « Il aimait tous ses prêtres" et était très attaché à ses séminaristes. »

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Aucun des ecclésiastiques de son diocèse qui ne fût entièrement convaincu que sou évêque était son père, et qui ne dût être assuré qu'il en serait toujours reçu comme un fils. Je me rappelle ces courses pastorales qu'il faisait si exactement dans les paroisses les. plus éloignées et où, malgré la fatigue des cérémonies, le danger des routes, il paraissait si enchanté de se retrouver avec nous, parmi ses enfants. Les curés se disputaient à l'envi le bonheur dé l'avoir cliez eux; c'était à qui lui témoignerait le plus d'empressement*. » Mgr de Fumel, évêque de Lodève, fait mieux encore; il visite fréquemment les paroisses, encourage ses curés. «Souvent, nous dit son historien, on le vit, au milieu des neiges et des froids de l'hiver, aller les surprendre dans la plaine ou sur le Larzac, afin de les consoler de leur solitude par la douceur de sa présence. Il ne les quittait point sans leur laisser d'abondantes aumônes pour leurs pauvres ^ » A Venee, Pisani delà Gaude, par sa bonté, sa douceur, sa noble simplicité, la prédilection marquée qu'il témoigne à ses prêtres, gagne leur cœur; ils l'affectionnent comme un tendre père. Lefranc de Pompignan, dans sa longue et paternelle administration, au Puy et à Vienne, correspond lui-même avec son clergé et ne cesse pas de jouir de son affectueuse confiance. M. de Durfort, archevêque de Besançon, joint à une bonté sans bornes une exquise simphcité. Il vit en famille avec les employés ecclésiastiques et laïques de sa maison et partage avec eux sa table.

Tout prélat marquant de la sympathie est assuré d'en obtenir. A Viviers, La Font de Savine, malgré sa vanité, son esprit déséquilibré, est aimé des prêtres parce qu'il est vraiment bon. La bonté, en cette fin de siècle, prend une pointe de sentimentaUté. Un prélat doux et aimant, M. d'Agay, tient à montrer le cœur plutôt que la volonté

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