‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 93 sur 354 · Mémoires de l'abbé Baston, t. II, p. 38q · texte numérisé non relu

Mémoires de l'abbé Baston, t. II, p. 38q

3. Ordonnances et rèfçlemenls synodaux du diocèse de La Rochelle, inSo, p. 33o,33i.

RAPPORTS DE l'ÉVÊQUE AVEC SON CLERGÉ 345

1er et bien agir. Un tel langage n'était pas rare. Nous le trouvons dans la bouche de bien d'autres prélats.

Comme la réception de ces grands seigneiirs et de leur suite aurait pu être onéreuse à un pauvre curé de campagne, Vauréal, évêquede Rennes, se faisait accompagner par un fourgon chargé de vivres. Dulau, archevêque d'Arles, si bon pour ses prêtres qu'il ne manque jamais d'inviter lorsqu'ils viennent le voir, si attentif au moindre vicaire qu'il a reçu à sa table, a soin de faire porter dans ses tournées tout ce qui est nécessaire pour ses repas et pour sa maison ^ M. de Juigné agit de même à Châlons. Dans un mandement relatif à ses visites pastorales, il prie ses curés de mettre des bornes à leur générosité. «Nous vous demandons seulement un asUe, etnous vous invitons dès ce moment à venir vous y asseoir à la table de votre évê que. Ne faites donc plus aucun préparatif pour nous recevoir. Cessez aussi de nous préparer des harangues. Si quelque éloge peut nous toucher, c'est le témoignage avantageux que vous nous rendrez de vos peuples. Leurs vertus, voilà le cortège avec lequel nous désirons paraître au milieu de vous. » Un tel éyêque devait se faire aimer, et on comprend qu'en 1776, à la nouvelle que M. de Juigné venait de refuser l'archevêché d'Auch, un des plus riches bénéfices du royaume, le chapitre ait fait chanter un Te Denm d'actions de grâces, auquel toute la ville et le clergé s'associèrent avec enthousiasme.

Ces exemples prouvent que de nombreux évêques témoignèrent une véritable affection à leurs prêtres. Il y avait chez les plus grands seigneurs ecclésiastiques un véritable effort pour se rapprocher de leurs curés. Leur cœur, leur devoir les y portaient. L'histoire n'a pas dédaigné de nous transmettre ce trait du cardinal La Rochefoucauld, archevêque de Rourges, le plus grand person-

I. Cf. Eloge de Vauréal par d'Alembert. — Bérengier, Notice sur Mgr Dulau, p. i3, 14, 17. — Nous lisons dans le procès-verbal des visites de Bossuet qu'étant en tournée à Nanteuil-Le-Haudouin, il « prit son logement dans le château qui lui lut offert par M. le duc cl'Estrées... 11 dîna au presbytère ; son maître d'hôtel avait apporté ce qu'il fallait pour ce dîner »,

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nage de l'Eglise de France au milieu du xviii^ siècle. Un vicaire de campagne, « tout couvert de poussière, et de sueur », vint le demander pour affaire de ministère au moment où il allait se mettre à table avec une compagnie nombreuse et très clioisie. Le prélat la quitte un instant, va recevoir l'hund^le abbé et, après l'avoir entendu, le prend par la main et le place à table à côté de lui en disant : «Messieurs, je vous xDrésente M. le vicaire, je ne saurais vous donner une meilleure compagnie que mes prêtres *. » C'était se conduire en bon évêque. Mais le soin que prend le grand cardinal d'expliquer à ses brillants convives la présence à sa table de ce j)etit vicaire indique que le prélat allait contre l'usage. Il est à croire que le petit vicaire, couvert de poussière et de sueur, ne dut pas se trouver à l'aise en pareille société. Espérons que, s'il commit quelque contravention aux usages du monde, son noble amphytrion se montra moins sévère qu'un prélat de bien plus i^etit rang, M. de Hercé, dernier évêque de Dol. Ce dernier était très accueillant pour ses prêtres, allant volontiers dîner chez eux, tenait table ouverte, et elle était d'ordinaire bien occupée. Le prélat amena un jour la conversation sur l'histoire naturelle. Sur ce, uii curé de campagne, voulant placer son mot, s'avisa de dire qu'à 'a dernière foire de sa localité, les cochons s'étaient vendus bon marché. Ce propos, qui pourtant n'était pas malséant, blessai' évêque qui manifesta sa désapprobation par un long silence ".

Cette anecdote prouve les difficultés de relations cordiales entre des ministres d'une même religion mais non du même monde. Dans une correspondance, qui a été publiée, entre le digne évêqne du Puy, M. de Galard, et le curé de Tence, le prélat lui écrit : « Mon cher curé.

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