‹ L'ancien clergé de France [microform]Chapitre 99 sur 354 · Charpentier, op. cit., p · texte numérisé non relu

Charpentier, op. cit., p

2. Deramecourt, op ciï.,129. — L'évêque de La Rochelle fait comparaître les maîtres et maîtresses d'école, les sages-femmes. Il s'informe « s'il n'y a point de désordres publics et scandaleux, si les paroissiens vivent en paix et en bonne intelligence, s'il y a des inimitiés, des haines, des procès, des séparations de maris d'avec leur femme; si on ne fréquente point le cabaret, particulièrement pendant le service divin; si l'on est exact à assister aux saints offices, si tout le monde s'est acquitté avec édification du devoir pascal; si les pères et les mères envoient leurs enfants aux catéchismes, les maîtres leurs domestiques ; si l'on profane les dimanches et fêtes par des travaux défendus ; si l'on est exact dans tous les ménages et familles à faire en commun les prières du matin et du soir, etc. » Ordonnances et règlements synodaux du diocèse de La Rochelle, publiés par Crussol d'UzÈs, 1580, p. 325-334.

3. Dans la visite faite, au xviie siècle, dans le diocèse de Besançon par Pierre de Gramont,la cour épiscopale siégeant à Mornay reçoit les plaintes

dangereux que ces attaques ouvertes, c'était l'enquête secrète à laquelle on conviait les populations en certains pays. Dans la visite du diocèse de Nîmes, faite par Fléchier en 1694,, le prélat ordonna aux fidèles de venir lui exposer leurs désirs et, au besoin, leurs doléances. Il leur adressa d'avance, à cet effet, trente « interrogats », auxquels ils devaient répondre en public, et dix autres qui demandaient une réponse privée*. Nous voyons se perpétuer jusqu'à la Révolution cet usage, qu'on pourrait ne croire possible que dans wa. grand siècle de foi comme le xvii^. Dans le diocèse de Dol, le conseil de fabrique choisissait encore en 1789 ce qu'on appelait deux « députés synodaux » qui, à l'issue de la confirmation, allaient à la sacristie conférer avec le prélat. Ils étaient chargés de le renseigner sur la conduite du recteur et des autres ecclésiastiques de la paroisse. C'était là une mission très délicate, pouvant donner lieu à bien des abus. Les évêques usaient de ces dénonciations avec d'autant plus de prudence qu'ils avaient comme sanction contre les curés délinquants un long séjour au séminaire ou même les prisons de l'of&cialité *.

Cette enquête secrète, qui heurterait aujourd'hui nos idées, donnait un nouvel élément d'information et une nouvelle force au redoutable visiteur qui arrivait armé, au besoin, de toutes les foudres spirituelles et temporelles. On voulait que l'effet de son passage ne se bornât point à la correction des manquements extérieurs et des

des curés et habitants des villages voisins. Messire Pierre Benoist, curé de Mottey, se plaint des « beuveries » de son vicaire et de certains ennuis que lui causent les paroissiens. Ceux-ci appelés à leur tour reprochent à leur curé son inexactitude à célébrer la messe, de rester trop en chaire. Quand le chirurgien Claude Bernard sort impatienté au milieu du sermon, le curé lui crie du haut de la chaire : «Va, Dieu te conduise. » Annale» franc-comtoises, 1869. Le diocèse de Besançon aa xvii» siècle.

1. Le procès-verbal de cette visite, rédigé par l'abbé Begault, est conservé à l'évêché de Nîmes. Dans le mandement envoyé aux curés à cet eflFet, Fléchier disait : « Nous ordonnons de la publier (la présente ordonnance) au prône... de faire sonner les cloches extraordinairement la veUle du jour, afin que vos paroissiens, en étant avertis, s'y trouvent et exposent sincèrement et charitablement ce qu'ils croiront nécessaire pour le bien de la paroisse. » Delacroix, op. cit., p. 6, 7, 142, i5o.

2. L'abbé Dumaine, op. cit., p. 2i5-26o, cite quelques exemples de ces punitions. — Ch. Robert {Urbain de Hercé, p. 45-5i) cite des exemples de la prudence des évêques devant les dénonciations. Ce fut le cas de Mgr de Hercé, dernier évêque de Dol, qui rappela à son devoir un député synodal, qui dénonçait à tort son curé pour avoir refusé l'absolution, à sa fille.

irrégularités apjDarentes. Dans ce but, l'évêque conviait par un mandement les populations à se préparer à sa venue par le jeûne, la pénitence, la réception des sacrements. Le plus souvent des missionnaires ', devançant sa venue ou arrivant avec lui, préparaient par leur chaude éloquence les âmes à la confession que des prêtres étrangers étaient appelés a recevoir. C'était donc pour la paroisse, avec le redressement de tous les abus, une rénovation complète qui pénétrait jusqu'aux consciences, qui communiquait à tous, prêtres et fidèles, la résolution et la force de marcher avec une ardeur toute nouvelle dans la pratique du bien.

Avec un tel pouvoir, les évêques d'ancien régime, armés de volonté et de zèle, faisaient des prodiges. C'est dans le premier tiers du xvii^ siècle, quand on sort des troubles du xvi« et que tout rentre peu à peu dans l'ordre, que l'épiscopat s'applique vraiment à suivre les prescriptions du Concile de Trente sur la visite du diocèse. A Bordeaux, le cardinal François de Sourdis donne le branle dès son arrivée et organise tout un plan de tournées pastorales. Lui-même paie largement de sa personne. Dans chaque paroisse de son itinéraire, dit une relation, «il faisait tenir aussitost les confesseurs, en l'église, pour oûyr les confessions, et lui-même s'employait à cet office en plusieurs endroits. Sa vigilance reluysait en ce que de grand matin du jour de la visite, il venait à l'église, pourvoyait à ce quelles confesseurs y fussent, et comme il voyait que le pauvre peuple, par une honte rustique, n'osait aborder les confesseurs, il conduisait lui-même les personnes ^ ». Bordeaux aura le bonheur de compter dans le cours du xvii^ et du xviii^ siècles des hommes qui tiendront à

1. La plupart des mandements relatifs aux visites pastorales annoncent l'envoi de missionnaires.

2. Allain, Organisation d''un grand diocèse sous Vancien rég"ime. Compte rendu du troisième congrès des catholiques, aSgS.

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hoimeur d'imiter le zèle apostolique du cardinal de Sourdis, tels que les Béthune, les Manibaii, les Lussan,

il suffit à Richelieu, contemporain des deux cardinaux de Sourdis, d'une résidence vigilante de sept années à Luçon pour transformer son diocèse*. Dans le dernier tiers du xvii« siècle, nous voyons à l'œuvre un homme de haute inteUigence, qui menait de front ses obligations d'homme de cour avec ses devoirs épiscopaux : c'est Maurice Le TeUier, archevêque de Reims, dont Saint-Simon dit « qu'il était grand aumônier, assez résidant chaque année, gouvernant et visitant lui-même son diocèse, qui était le mieux réglé du royaume et le mieux pourvu des plus excellents sujets en tous genres, qu'il savait choisir, s'attacher, employer et bien récompenser». Les procèsverbaux de ces visites nous ont été conservés \ On y admire le zèle, la fermeté, la prudence d'un grand prélat, en qui les hautes relations et l'usage du monde avaient encore développé l'esprit de gouvernement.

La même époque nous présente en Le Camus, évêque de Grenoble, un homme plus ardent encore à la réforme de son clergé et de son peuple, ^n arrivant dans son diocèse, il y trouve « mille désordres » que la non résidence a autorisés. « On ne peut, dit-il, visiter une paroisse, sans être en danger d'être abîmé. Il y a quarante ans qu'on n'a visité, et quand on a visité, on ne s'est point mis en peine de rien. » Le Camus afiii^me ailleurs que son diocèse « est en friche » dej)uis deux ou trois cents ans « qu'aucun évêque n'y avait fait une visite générale ». Il est enfin temps d'agir. L'intrépide prélat ne s'attarde pas à faire des ordonnances. Ce qui importe avant. tout, c'est de se porter dans chaque paroisse, « d'y courir comme au feu, quand il y a du désordre, et prêcher hautement contre

I. a II ne fut pas plus tôt arrivé dans son diocèse qu'il y donna toute son application, pour le purger des erreurs et des vices qui s'y étaient

t lissés depuis plus de soixante ans qu'aucun évêque n'y avait fait résience. Il en fit la visite entière, y rétablit quelques églises qui avaient été détruites par les huguenots, il en ramena plusieurs par ses savantes prédications au giron de l'Eglise. » Vie manuscrite du cardinal de Richelieu. Arsenal, ï86, f» 6. — Hanotaux, Histoire du cardinal de Richelieu. L'évêché de Luçon, p. 91-110.

, 2. Bibliothèque nationale, manuscrits français, n» 6o25-6o34. Le Tellier fait prendre des notes et en prend lui-même. Il écrit d'un curé : « C'est un Normand, il faut le surveiller 0.

les scandales et péchés connus. Personne n'aime à être tympanisé de la bouche de son évêque. » Le Camus parcourt tous les ans le tiers de son diocèse. Parfois même on le voit en inspection pendant dix-huit mois sans discontinuer. Lui aussi se fait j)récéder dans chaque paroisse, où il passe au moins un jour, par des missionnaires qui préparent le terrain. Relâchements, désordres, libertinages, adultères, inimitiés, procès, il s'informe de tout, corrige tout, concilie tout. Les résultats sont immédiats. Le Camus peut écrire après ime première visite pastorale : « Quand j'y arrive, tout plie... Les scandales sont levés de ce diocèse,» la discipline est «rétablie dans le clergé», les villages «sont entièrement changés». Mais pour la durée de ses réformes, il juge sa présence nécessaire. Il ne peut, dit-il, s'absenter sans que « le peuple et le clergé ne retombent dans leur premier état, mes visites continuelles les tenant en crainte * ». Quel plus beau spectacle que celui d'un évêque faisant ainsi rayonner la vertu et le devoir autour de lui, relevant, purifiant, soutenant, intimidant au besoin, agent supérieur de morahté pour tout un peuple, remj)Kssant par sa présence, dans les limites de son diocèse, en quelque sorte et toute proportion gardée, le rôle que la présence de Dieu exerce dans le monde.

On aime à voir attentifs aux tournées pastorales et à l'évangélisation de leurs diocèses les évêques qui, au xvii^ siècle et au commencement du xviii^, sont restés par leurs écrits ou leur éloquence, l'honneur de l'Eglise de France. Tels se montrèrent Bossuet, Fénelon, Fléchier, Mascaron, Massillon.

Nous avons les procès-verbaux des visites de Bossuet dans le diocèse de Meaux. Jamais ce grand homme, si absorbé par les intérêts généraux de l'Eghse, ses écrits et

I. Lettres, p. 63, 88, ii5, 129, i53, igS, 207, 620, 621. On voit encore sur le haut d'une montagne du canton de la Mure, appelé Brame-Farine, une grande borne en pierre qui, d'après la tradition, avait été placée par le cardinal en personne pour servir de limite entre les pâturages que plusieurs communes se disputaient depuis bien des années. L'intervention de Pévêque avait eu pour résultat de pacifier ces querelles héréditaires. Ibid. p. 620-621. — Henri Pignot, Un évêque réjonnatear sons Lonvi XIV, Gabriel de la Roquette, évêque d'Autun, 1836, 2 vol. in-8, 1. 1, p. i58-35i, examine les importantes réformes opérées par cet évêque au xvii= siècle i

ses vastes polémiques, ne se crut dispensé de la soUieitude particulière qn'il devait à son troupeau. Il fait avec un soin minutieux ses tournées pastorales. On aime à voir l'aigle de Meaux interrompre son volpour condescendre aux moindres détails. Bossuet déclare, lui aussi, qu'il ne se contentera point de réformer les aîus apparents et d'opérer une correction de surface, mais qu'il veut remuer les âmes. Gomme il le disait aux paroissiens de La Ferté-au-Gol, « ce n'était point les murailles, les fonds, les autels, la sacristie, ni ce temple matériel qu'il venait visiter, quoique la visite de ces choses extérieures fût une partie de son ministère, mais que la fin principale de sa visite était de mettre en bon état les cœurs qui sont les vrais temples du Dieu vivant ». Pour atteindre les âmes, les cœurs, il faisait entendre dans la plus humble campagne, les procès-verbaux en font foi, cette voix à laquelle l'oraison funèbre de Gondé venait d'inspirer encore des accents si sublimes sous les voûtes de Notre- Dame. Et il n'était pas seul à parler ; il amenait avec lui 'des missionnaires, parmi lesquels Fénelon, Fleury, Langeron, etc. Quels échosnousrenverrait l'Eglise de Meaux, si elle pouvait nous redire le langage qui fut tenu dans son enceinte, la semaine de la Passion 1684, dans l'ordre de ce procès-verbal : «Le dimanche de la passion, M. l'évêque (Bossuet) prêcha au soir et fit la prière. Le lundi, M. de Fénelon; le mardi, l'abbé Fleury; le mercredi, M. de Fénelon; le jeudi, M. l'évêque; le vendredi, M. de Fénelon; le samedi, M. l'évêque*. » Y a-t-il une église au monde qui ait ainsi entendu dans la même semaine la

I. Fénelon prêcha aussi dans les campag^nes du diocèse de Meaux. Le procès-verbal porte, en i68d, pour la paroisse d'Etrepilly : « Mon dit Seigneur (Bossuet)... a dit la messe après laquelle M. l'abbé de Fénelon a prêché, et après le dîner et vêpres, M. de Langeron a fait le catéchisme où Monseigneur a assisté et interrogé lui-même plusieurs enfants. » Nous constatons aussi la présence de Fénelon au prieuré de Sainte-Foy, où il parle sur l'aumône. Le nombre des confirmants est assez considérable et atteint parfois le chiffre de 600. En cours de visite, le prieur de l'Eçlise abbatiale de Saint-Pierre de Rebois ayant harangué Bossuet en latin, celui-ci lui répond dans la même langue. — Le curé de Saint- Jean -lesdeux-Jumeaux, Raveneau, dit dans son journal que Bossuet, en visite dans sa paroisse, ofit entrer adroitement dans son discours tous les sujets que je luiavais indiqués, comme par exemple, les superstitions de la campagne, la profanation des dimanches et fêtes, la négligence des parents à envoyer leurs enfants à l'école et au catéchisme, les vengeances dans les tailles, les injustices qu'on se fait aux uns et aux autres, la liberté qu'on

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Yoix d'mi Bossuet et d'un Fénelon ? Dans ces circonstances., Bossuet parlait, an besoin, pendant une heure, une heui'e et demie, faisant, dit le procès-verbal, « à son ordinaiiee, c'est-à-dire merveille ». Malheureusement ces discours prononcés alors par ces deux improvisateurs de génie, qui s'appelaient Bossuet et Fénelon, sont perdus pour la postérité.

Fénelon, qui a fait ainsi, sous la direction de Bossuet, des tournées pastorales comme missionnaire, ira les reprendre à Cambrai comme archevêque. Quel zèle il emploie à évangéliser son diocèse ! Ni la guerre, ni la fatigue, ni la maladie, ne peuvent l'arrêter à chaque printemps et à chaque automne. « Je suis accablé de confirmations, » écrit-il à son neveu; mais il continue à se dépenser sans consulter ses forces. Il part sans appareil, s'arrête dans les moindres villages, entre à l'église de grand matin, y confesse lui-même ceux qui viennent à lui, et puis monté en chaire pour exhorter les populations des campagnes. On le voit retournera Cambrai avec une complète extinctionde voix. Son secrétaire essayait del'exhor-' ter à se ménager. Il répondait « que quand il aurait donné son âme pour ses ouailles, il aurait alors remph l'idée du vrai pasteur; jusque là je n'aurai rien fait de trop*.»

donne aux frères et aux sœurs déjà grands de coucher ensemble, nonobstant les dangers auxquels on les expose de se corrompre, ce qu'il poussa avec assez de chaleur; l'abus que l'on fait des sacrements lorsqu'on croit que c'est assez de se confesser du tort que l'on fait sans le réparer». — Au besoin, Bossuet menaçait de l'autorité temporelle. A EtrepUly, dit le procès-verbal, « mon dit Seigneur a parlé au peuple et leur a fait connaître que de tout temps ils étaient accusés de n'être pas assidus aux offices divins, de ne. pas fréquenter les sacrements, au contraire, de passer les festes et les dimanches au jeu de cartes et dans les cabarets. .,' et les a derechef exhortés à changer de vie, et leur a déclaré qu'autrement il se servira de l'autorité temporelle et spirituelle que Dieu a mise entre ses mains pour les faire venir à résipiscence, et a enjoint à Lebeuve procureur fiscal, de tenir la main à l'exécution des ordonnances, de police ». M. LÉvESQUE, bibliothécaire de Saint-Sulpice, a publié en entier les procès-verbaux des visites pastorales de Bossuet, Reçue de Bossuet, années igoo-1904. On y voit avec quel enthousiasme il était reçu par les populations, comment les cavaliers se rendaient au-devant de lui.

I. « Je viens de passer quinze jours en visites dans un canton de ce diocèse, écrivait-il le 3o juillet 1699, et je pars aujourd'hui pour aller visiter les environs d'Avesnes jusque sur les frontières du diocèse de Liège. Quoique je fasse tous les jours un grand travail par rapport à mes forces, ma santé est. Dieu merci, assez bonne, et meilleure que quand j'étais autrefois dans une vie si tranquille et dans un régime si précautionné. » En octobre, il écrit à M. Tronson à Saint-Sulpice : « Ma santé ne fait que croître dans ce travail, et j'ai soutenu depuis trois mois en visites des fatigues dont je me croyais très incapable. Dieu donne la robe selon le froid. » Cor/', g-era., II, jo, 384.

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Fléchier fait scrupuleusement ses visites, soit à Lavaur, soit à Nîmes. Massillon, comme évêqiie de Glermont, n'est pas moins fidèle à son devoir. Son zèle faillit un jour lui être fatal. On vénérait à Riom les reliques de saint Amable. Le prélat fît ouvrir la châsse pour les inspecter. Le bruit se répandit qu'il voulait les enlever. La foule accourt. H est insulté, frappé. Il se réfugie à la sacristie et gagne à grand'peine sa voiture que la multitude furieuse poursuit à coups de pierre. Cet incident aurait dû le rendre circonspect. Il n'en eut pas moins à Riom même une autre aventure du même genre, pour avoir voulu proscrire la vénération publique de cailloux qu'on prétendait avoir servi à lapider saint Etienne. Massillon, voulant faire cesser cet abus, souleva une telle exaspération qu'il échappa avec peine au sort du prender martyr K Un autre Oratorien et prédicateur célèbre, Mascaron, évêque de TuUe et d'Ageû au xvii® siècle, fat aussi fidèle à parcourir régulièrement son diocèse.

Nombreux sont, dans l'âge, suivant, les prélats attentifs aux tournées pastorales. En plein xviii® siècle, un très grand seigneur,le cardinal La Rochefoucaidd, archevêque de Bourges, donne l'exemple, visitant son diocèse paroisse par paroisse, corrigeant les abus, déployant partout un zèle, une sagesse et un ascendant dont les témoignages sont conservés dans les archives de l'évêché. Ce prélat remphssait ce devoir de sa charge pastorale malgré les grandes afîaires auxquelles il était mêlé et son ministère de la feuille. Desévêques qui n'oubhent ni Paris ni Versailles ne veulent point négliger leiœtroupeau. M. de Boisgehn, écrit d'Aix : « Je vais avoir des occupations bien diiïerentes. Je serai tout au Jubilé, aux processions, aux visites des paroisses. J'y emploierai six semaines, et après Pâques je compte encore six semaines aux courses dans la montagne, et pxiis je combinerai mon chemin vers Paris ^ »

1. Cf. Blampigkoiv, op. cit. On a les procès-verbatix des visites de Mas- ■sillon. Les résultats des visites de Fléchier sont consignés dans les actes "épiscopanx, aux Archives de l'évêché de Nîmes, en 4 vol.,in-4°.

2. Lettre médite de M. de Boisgelin, Nous lisons dans une autre lettre de Boisgelin : « Je vous écris une troisième lettre, et vous voyez que

Les prélats qui regardaient moins vers Paris que vers leur diocèse, trouvaient encore plus de temps et de soins à lui consacrer. Un très grand seigneur, M. de Grussol d'Uzès, évêque de La Roclielle, affirmait en ces termes ses devoirs et ses intentions : « La visite j)astorale est un des principaux moyens pour mettre le bon ordre dans un diocèse, et y faire fleurir la sainteté du christianisme. Nous sommes résolu à continuer de visiter toutes les églises de notre diocèse tant que nos forces, notre santé, le permettront^. » Beaucoup de ces prélats tiennent un langage qui respire le plus ardent amour de leur peuple. M. de Bonal écrit à ses diocésains de Clermont que, dej)uis le jour où il est devenu leur évêque, « son cœur leur a été livré; leurs intérêts sont devenus les siens, il leur a consacré sans réserve et sans retour ses travaux, ses veilles, sa vie ». M. de La Ferronays est plus tendre encore pour ses fidèles de Lisieux. « Peignez-leur, dit-il à ses curés, la vive impatience où nous sommes de nous transporter au milieu d'eux. Parlez-leur de nous comme d'un père qui, les ayant engendrés en Jésus-Christ, les aime déjà comme les fruits de sa tendresse, les porte dans son sein et sera toujours prêt à leur consacrer ses veilles, sa force, sa vie même, s'il le faut, pour assurer le salut de leurs âmes. Invitez-les à se présenter devant nous avec la confiance des enfants qui se jettent entre les bras paternels. Ne cessez de leur répéter qu.e notis voulons être leur père, leur frère, leur ami, car c'est par l'amour et la persuasion que nous voulons les gouverner et non par la crainte \ » Le plus souvent les actes suivent les paroles. On a l'embarras du choix parini les prélats

ne font pas tort à ma correspondance. » Nous voyons par ce prélat qu'il envoyait lui aussi des mandements de visite.

mes tournées

les lettres de ce

1. Op. cit., p. 325. Pour les visites diocésaines de BourdeiUes, évêqpie de Soissons, voir Pkgheur, op. cit. VII, 348.

2. Nouvelles ecclésiastiques, 1777, p. loi ; 1786, p. 67, 68. L'exemple de Belsunce et d'autres prélats prouve que ces protestations de dévouement jusqu'au sacrifice de sa ■\ie n'étaient pas un vain mot. Cependant les IVouvelles ecclésiastiques, 1786, p. 67, 68, accusent peut-être à tort La Ferronnays de tarder à faire la connaissance de ses diocésains de Lisieux. a II est allé seulement dans un petit nombre de paroisses, et il sera longtemps à faire le tour du diocèse, s'il continue de même. M. de LaFerronnays, alors évêque de Bayonne, avait fait, en 1778, dans une saison très rigide, en toutes les paroisses du littoral, une tournée qui fit sensation.

RAPPORTS DES l^VÊQUES AVEC LEUR PEUPLE 363

fidèles aux visites pastorales *. On remarqua, en particulier, que M. de Saulx-Tavannes était passé dans les moindres villages de CMlons-sur-Marne, s'occupant dans le détail des plus petites églises rurales. M. de Gonssans, évêque du Mans, est signalé pour avoir été confirmer un vieillard au péril de sa vie. M. de Rochebonne, évêque de Carcassonne, ne se laissait arrêter dans ses courses par aucun obstacle. On le voyait tantôt couvert de poussière et de sueur, tantôt essuyant la pluie et les orages dans les chemins difficiles et au milieu des montagnes. Lorsqu'on lui faisait observer le danger qu'il courait pour sa santé et sa vie : « Bon, bon, répondait-il, nous sommes à notre devoir ^. » M. Pavée de Villevieille. évêque de Bayonne, faisait encore ses visites en 1790.

Les évêques fidèles aux tournées pastorales étaient dédommagés de leurs fatigues par les bénédictions qu'ils recueillaient sur leur route. Plus ils étaient siinples et bons, plus ils attiraient et charmaient les populations.

Le temps n'était plus où le prédécesseur de Bossuet à Gondom, Charles-Louis de Lorraine, s'avisait de faire la visite de son diocèse avec une suite de vingt chevaux et de six moines. Il avait oublié l'ordonnance du concile de Trente, prescrivant aux évêques « qu'ils prennent garde, pendant leur tournée de n'être incommodes ni à charge à personne par des dépenses inutiles». Sans doute, les prélats d'ancien régime continuèrent jusqu'à la Révolution à se montrer à leurs ouailles entourés d'un certain appa-

I. Par exemple. Hachette des Portes, évêque de Glandève ; de Saint- Sauveur, évêqu&de Tulle; Bourdeilles, évêque de Soissons;Diilau, archevêque d'Arles; M. de Beauvais, évêque de Senez, lequel n'avait du reste que 32 paroisses dans son diocèse, mais à travers dès montagnes et des j-ochers ; M. de Villeneuve et Laibnt de Savine lui-même, à Viviers ; Hardouin de Châlons, qui visite plusieurs l'ois le diocèse de Lescar; M. de la Marche, qui visite chaque année son diocèse de Léon. M. de la Royère. dernier évêque de Castres, avait partagé son diocèse en quatre districts, il en visitait un tous les ans.

a. Mahul, Cartnlaire de Carcassonne, in-40, V, 5io, 5ii. Les frères La Rochefoucauld, évêques de Beauvais et de Saintes, faisaient régulièrement les visites. A Saintes, elles avaient été négligées par le prédécesseur. AuDiAT, op. cit. p. 22, o5, 56. On cite encore parmi les prélats attentifs aux visites pastorales le cardinal La Rochefoucauld, archevêque de Rouen, M. de Saint-Simon de Sandricourt, dernier- évêque d'Agde, etc. (Loth, Saurel, op. cit.) — Le résultat des visites de M. de Chanterac dans son diocèse d'^Alet, de 1780 à 1189, est consigné dans un volume in-folio, resté en héritage dans sa famille. 11 y fait admirer un zèle qui veut s'informer des moindres détails, la sûreté de son coup d'œil et la sagesse de ses réponses.

rat. On peut dire qii'en général, avec leurs grands noms, leurs manières, leurmagniiicence, ils planaient au-dessus du peuple plutôt qu'ils ne se mêlaient à lui. Heureusement que l'EgKse, avec ses curés, plongeait dans la foule, atteignait les plus humbles campagnes et les dernières ramifications de la société chrétienne.

Plusieurs prélats savaient aussi se faire tout à tous, et supprimer la représentation qui eût écarté d'eux les ]3etits et les humbles. Un contemporain nous présente M. de Leyssin, dans ses tournées pastorales du diocèse d'Embrun, « bon, affable... Il reçoit tous les fidèles avec ime bonté paternelle ; il les écoute, il leur parle connue un père à ses enfants, il s'informe s'il y a des contestations et des procès dans la contrée, fait ensuite appeler les parties intéressées et termine lui-même leurs différends * ». Tel se montra Lefranc de Pompignan dans ses courses à travers les paroisses montagneuses du Velay qu'il visita au moins jusqu'à trois fois. Aussi, quand il fut -transféré sur le siège de Yienne, l'abbé Emery atteste que « la consternation fat générale ».

Plus simple encore, plus ami du peuple apparut toujours duTiUet, évêque d'Orange. Il parcourait son diocèse tous les deux ans, et comme il savait se faire aimer dans ses tournées pastorales ! On le voyait arriver à l'improviste dans les chaumières, s'asseoir sur une pauvre chaise, sur un banc malpropre, et là caresser, instruire, récompenser les enfants, prodiguer les conseils aux parents, s'entretenir avec eux de l'état des récoltes, de leur santé, de tout ce qui pouvait les intéresser et leur faire du bien. L'historien de M. du Tillet nous le décrit bienfaisant, modeste, partant seul d'Orange avec son bâton et son petit chien, pour faire ses promenades dans la campagne. Un jour qu'il passait dans un pauvre village, il entendit un enfant au berceau qui poussait des cris perçants. Il s'arrête, frappe à la porte. Gomme on ne répond j)as, il ouvre, il entre, et ne trouvant personne, il se met à bercer le marmot qui ne tarda pas à se calmer. Bientôt arriva la mère

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