‹ L'ancien clergé du diocèse de MontpellierChapitre 10 sur 324 · I. Les Constitutionnels · texte numérisé non relu

I. Les Constitutionnels

tionnaires. Malgré le refus de Tabbé Poujol, curé de la paroisse, de concourir à cette cérémonie, l'installation eut lieu au jour convenu, IS avril, vendredi de Passion. Les corps administratifs, la garde nationale, la gendarmerie, ainsi qu'une députation de « dames patriotes » allèrent l'attendre au faubourg de Nimes et l'accompagnèrent chez M. Barthélémy, rm de V Ancien Courrier y où il devait descendre. Toutefois ce concours fut insuffisant pour le faire accepter par la population qui, dans son rude langage, disait et répétait ce jour-là, et plus tard dans toutes les occasions, de manière à être entendue de lui .

Pouderous, Pouderous!

<Aben un Ebesque N'en boulen pas dous!

Brisé de fatigue et sans doute aussi d'émotion et de remords, le prélat jureur se retira chez son ami M. Bartliélemy. Pendant la nuit qui suivit son arrivée, la police et la garde urbaine ne purent empêcher des inconnus d'attacher aux barreaux d'une fenêtre du rez-de-chaussée de la maison où il reposait une potence à laquelle ils fixèrent un carton. Pouderous y était représenté pendu par le cou, avec tricorne, soutane, rabbat, rochet, camail, croix épiscopale et ces inscriptions !

L'Ebesqué de las Bayounettas, Per tus coumensan et sic de aliis, Tout passan en efHchie te penchan Et à Béziès t'estranglaran Ça ira, foutre !

Le verso du carton était aussi gravé d'inscriptions, écrites en grosses lettres.

Cy pend de l'autre côté, Un vieux coquin de curé, Que l'ambition pure domine ; Vous qu'un tel dessein illumine,

Jureurs, d*un tel avis profites ; Tout serment cito rétractés, Amen.

Don pleus on en sacrera, Don pleus on en pendra. "

Dès le lendemain, i6, Pouderoas se mit en route pour Béziers dont

la puissance civile avait fait le siège épiscopal du département de l'Hérault et où il arriva le même jour sur le soir. Il était attendu par la société des Amis de la Constitution et de la Liberté, les députés du peuple, le régiment de Médoc, la garde nationale et la gendarmerie. A la vue de ce cortège, vous n'eussiez pas imaginé qu'il venait recevoir un successeur des apôtres, « ministre d'un Dieu de Paix » ; mais un général d'armée, marchant en pays conquis et sur le qui-vive, environné d'un nombreux état-major et suivi d'un train militaire formidable. Froidement accueilli par le nombreux clergé de cette ville et par les fidèles eux-mêmes qui fuyaient son approche, il prit possession du palais épiscopal, d'où venait d'être expulsé l'évêque légitime Mgr de Nicolay.

« Le lendemain 17, jour des Rameaux, je pris possession actuelle et et corporelle de ma place, avec les cérémonies requises, » écrit Pouderous dans son livre de Raison. « Je chantai la grand'messe, après avoir fait la bénédiction des Rameaux et, après la messe, je prêtai en présence de la municipalité et de tous les corps administratifs et judiciaires et d'une foule de fidèles mon serment civique. Quelques jours après, j'allai à Toulouse pour coopérer au sacre de Mgr de Besaucèle, qui devait être fait par les citoyens Sermet et l'évêque de Pamicrs. »

En sa qualité de protégé de la Société des Amis de la Constitution et de la Liberté, Pouderous lui devait une visite officielle; il ne la fit pas attendre longtemps et peu de jours après son arrivée à Béziers, il se rendit au siège de ses réunions (28 avril), se fit recevoir membre de cette Société, renouvelant à cette occasion son serment civique et apposa sa signature sur le registre qu'on lui présenta.

A peine installé il avait publié un Mandement qui prorogeait

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