I. Les Constitutionnels
jusqu'à Toctave de la Pentecôte le temps consacré par les catholiques à l'accomplissement du précepte de la communion pascale (23 avril) et qui devait être affiché à la porte de toutes les églises. Le protocole en était ainsi formulé : « Dominique Pondérons, par la miséricorde de Dieu et dans la communion du Saint-Siège apostolique, Evêque du Département de l'Hérault, à tous les fidèles confiés à notre vigilance, salut et bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est le Prince des Pasteurs ».
Ce premier document oflSciel, remarquable par sa brièveté tout autant que par son contenu, souleva des tempêtes parmi les fidèles et plus encore dans les rangs du clergé. Une multitude de pièces imprimées ou manuscrites parurent à cette occasion. Dans notre Histoire religieuse du département de V Hérault pendant la Kévolution^ nous avons donné deux lettres écrites à l'évêque constitutionel. Tune par un curé de l'ancien diocèse de Saint-Pons, l'autre par l'abbé Poujol, curé de Saint-Pierre, à Montpellier. Leurs signataires relèvent la plupart des assertions de ce Mandement, les réfutent et mettent en lumière ce qu'elles ont de contraire à la doctrine catholique.
Cependant celui qu'on appelait l'évêquedes baïonnettes ne se pressait pas de donner son vrai Mandement de prise de possession ; chose de rigueur attendu que voulant imiter l'exemple des autres constitutionnels mitres, il devait faire suivre cette pièce officielle d'une autre non moins officielle (sa lettre de communion avec le Pape).
Bravant donc le danger certain de voir sa prose critiquée et réduite à sa juste valeur, il publia, le 22 mai, le Mandement attendu dans lequel il pose ces questions brûlantes : « Qui a déterminé le territoire de notre juridiction épiscopale ? — A qui succédons-nous ? — Où est l'influence du Souverain Pontife sur notre établissement ? — Où sont les liens de communion qui nous unissent à lui ?» A toutes ces questions, il répond prenant son point d'appui sur Tautorité civile, sur la loi civile, sur le peuple souverain. Le dispositif prescrit la lecture de ce
Mandement d'un nouveau genre et des prières publiques à faire dans toutes les églises et accordant des indulgences aux fidèles.
Vient ensuite le curieux document donné en preuve de la catholicité de son auteur. Il a pour titre « Lettre de Communion de Monsieur VEvêque du département de l'Hérault à Notre Saint-Père le Pape » et peut être ainsi résumé :
Très Saint-Père, appelé au gouvernement de l'Eglise, il ne me reste qu'à me jeter entre vos bras. Je veux vous être uni jusqu'à mon dernier soupir, comme au centre de l'unité catholique. En vain, on affecte de nier de toutes parts que les décrets de l'Assemblée nationale donnent atteinte à la discipline de TEglise ; mais ces décrets déracinent des abus innombrables, introduisent dans le Clergé une réforme que l'Eglise n'avait jamais cessé de désirer et que les saints Conciles avaient souvent tenté d'introduire. Ces décrets laissent le dépôt de la foi entier et intact. J'ai cédé à ces raisons puissantes, j'ai accepté quoique tremblant, le ministèrequi m'est confiéet, pour surmonter toutes les difficultés, j'implore le puissant secours de vos conseils paternels, de vos ferventes prières et votre bénédiction apostolique.
Tel était le catholicisme de Tévêque du département de l'Hérault. Voilà comment il comprenait son union avec le Saint-Siège.
Il avait à peine quitté la plume qu'il la reprend et rédige une Instruction pastorale, à propos des processions des Rogations (27 mai 1791). Dans ce nouvel écrit il insiste sur la nécessité de l'unité religieuse, dont il sent le besoin ; sans toutefois oublier sa chère Constitution : « C'est aujourd'hui surtout que le cultivateur citoyen et chrétien peut recommander à Dieu avec une ferveur animée de confiance le fruit de ses labeurs. La terre les respecte, ô mon Dieu ! Une Constitution paternelle, dans laquelle nous reconnaissons votre ouvrage, les affranchit enfin d'une multitude de charges, qui ne laissaient presque au malheureux que le désespoir d'être assimilé à l'utile et laborieux animal, compagnon de ses travaux, et d'être plus maltraité
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